Discus - ... tot licht !

21/03/2004

Par Aleksandr Lézy

Label: Musea

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On sait qu’en ce monde peuplé d’« êtres pensants », beaucoup pensent effectivement, mais personne n’utilise la totalité de ses capacités intellectuelles. Si ce n’était que cela ! Pour certains artistes, les choses vont plus loin : ils ne cessent de développer des connaissances, fussent-elles simplement musicales, et de nombreuses influences liées à un patrimoine culturel, en l’occurrence originel autant qu’original. En effet, lorsque l’on vient d’Indonésie, on ne pense pas la musique de la même façon qu’en Europe ou ailleurs… C’est ce que fait Discus avec un second disque pour le moins créatif…

Lorsqu’un groupe est composé de huit musiciens jouant chacun au minimum de deux instruments et lorsque leurs cultures musicales sont nourries d’autant d’influences, on obtient, à moins d’une erreur dans l’équation, un patchwork musical ingénieusement brodé. Les structures complexes n’ont à priori aucun rapport entre elles mais se mêlant très bien, non pas en termes de texture et de couleurs sonores, mais sur le plan des enchaînements mélodico – harmoniques, donnent une véritable cohérence à chacun des morceaux… ce qui à première écoute n’est pas évident.
Les six morceaux de … tot licht ! sont relativement longs (jusqu’à vingt minutes) et font tous preuve d’une richesse exceptionnelle, tant en termes de qualités instrumentales que de la façon de composer. Les morceaux se suivent mais ne se ressemblent pas tant les variations des genres sont fréquentes, de même que l’alternance des langues, entre indonésien et anglais (et quelques dialectes ?), et le partage du chant entre voix féminines et masculines, oscillant entre le calme et l’agressivité… Le dépaysement ne serait pas total sans l’utilisation d’instruments peu familiers : rindink balinais, guitare harpe à vingt-et-une cordes mais aussi violon, différents types de flûtes et clarinettes, sans parler des percussions…
Discus nous proposant un melting-pot toujours subtil et aussi foisonnant d’idées qu’il est possible, il n’aurait aucun sens d’énumérer en une longue litanie les différents styles abordés dans ce disque, tant la surprise de chaque instant est agréable à découvrir.

La musique ne se résume pas à un style, à une identité, et certains groupes en ont conscience. Ainsi, chez Discus, on se rend compte que tout motif musical a un rapport avec celui qui le précède ou lui succède, même si les sonorités peuvent être différentes, parfois mystérieuses pour certains d’entre nous, choquantes pour d’autres. Ce disque n’est donc pas destiné à n’importe quel public, mais représente une occasion plus qu’alléchante de s’ouvrir à des formes expressives inouïes.