Guapo - Five Suns

26/02/2004

Par Djul

Label: Cuneiform Records / Orkhestra

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Nous évoquions Guapo en juin dernier, lors de l’apparition du trio anglais d’avant-garde lors du festival des Tritonales . Tout juste signé sur Cuneiform, le groupe avait alors assené au public une méchante claque avec « Five Suns », nouvelle composition de trois quarts d’heure qui sort aujourd’hui sur un disque attendu avec impatience et curiosité.

Précédé d’une réputation sulfureuse de bête de scène autant que de groupe pour autistes, bénéficiant aussi de certains articles élogieux dans la presse musicale londonienne (The Wire, entre autres), Guapo n’en reste pas moins un parfait inconnu de la scène progressive, puisqu’issu du hardcore et du rock indépendant. Pourtant, son dernier album en date, Great Sage, Equal Heaven, et ses références à Zorn et Magma, auraient mérité une plus grande attention. Aujourd’hui, avec Five Suns sous le bras, Guapo a désormais toute la crédibilité nécessaire pour rentrer dans le cercle fermé du progressif, et plus précisément des musiques « zeuhl ».

Répétitive, hypnotique et stridente, la musique générée par les Anglais rappelle en bien des points celle de Magma ou d’Univers Zero, références revendiquées. Dans la forme même, « Five Suns » – le morceau – est un exercice de style à la « De Futura », cette montée en puissance incroyable composée par Jannick Top pour le groupe de Christian Vander. Guapo garde néanmoins certaines spécificités, comme ces claviers vieille école omniprésents (Hammond, Rhodes…) et un goût pour la distorsion extrême. Pour le reste, de la batterie épileptique aux atmosphères torturées, la marque des auteurs de « MDK » s’impose, trop peut-être !
Il n’empêche que « Five Suns » est une réussite tant ses ambiances sont marquantes : une simple écoute en concert, puis une seule écoute du disque suffisent pour que les thèmes récurrents de ce pavé restent en tête en l’absence quasi-totale de réelle mélodie, preuve indéniable du talent du groupe. Durant quarante six minutes, l’auditeur – averti, c’est nécessaire – sera ballotté entre murs du son et ambiances glauques, sans qu’aucune voix ne vienne le distraire. Guapo a par ailleurs composé deux autres titres, l’un puissant, l’autre plus atmosphérique, moins essentiels certes mais qui permettent de s’oxygéner un peu après la plongée en apnée qui les a précédés.

Répétons-le : ce disque est réservé à un public averti, qui succombera sûrement à l’impressionnante débauche d’énergie du groupe. Restera pour Guapo à confirmer son talent par la suite, et il semble que cela passera par un changement de formule tant il paraît difficile de se renouveler dans ce cadre si monolithique qu’il s’est lui-même créé.