Inquire - Melancholia

19/02/2004

Par Dan Tordjman

Label: Musea

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Surprenant ! C’est ce qu’on se dit lorsqu’on découvre le propos deMelancholia double album d’Inquire. La formation germanique n’a pas fait les choses à moitié puisque – cocorico – c’est de la littérature française, La Nausée de Jean-Paul Sartre plus précisément, dont les Allemands se sont inspirés pour élaborer la trame de leur album concept.

L’histoire met en scène Antoine, un personnage sujet à des nausées dont il cherche l’origine. L’auditeur suit l’évolution de sa quête, car s’en est une, notamment lors des introductions narratives de la majorité des titres, dont l’expression française pimentée d’un discret accent s’avère très correcte. La musique rappelle le rock néo progressif de l’école anglaise (IQ et Marillion principalement) matiné de Pink Floyd.
Sans les égaler, Inquire se montre digne de ces références : les ambiances attirent l’attention et contribuent à un ensemble qui se veut très théâtral comme en témoigne “Nausea“, particulièrement trouble. Quelques interludes viennent de temps à autre enrichir le déroulement musical et témoignent du talent des musiciens, contrairement à la production très perfectible, avec une batterie nettement sous-mixée. Deux points culminants contribuent au relief de cet album, les épiques “The Museum“ et le morceau titre “Melancholia“ où le coté symphonique est dominant.

Autre curiosité, le deuxième disque,Welcome to my Rock’n’Roll est une adaptation rock de la Deuxième Symphonie de Louis Vierne, le compositeur malvoyant élève de César Franck, organiste de Notre-Dame de Paris (1870 – 1937). Il est cette fois difficile de déceler où Inquire a voulu en venir. Chacun se fera une opinion sur cette œuvre décalée, hommage pour le moins personnel à un compositeur un peu délaissé, qui vécut pour l’émotion musicale et mourut en plein récital public sur son orgue de Notre-Dame, conformément et avant l’heure, il faut l’admettre, à une certaine imagerie portée par le rock.

Il n’en reste pas moins que Melancholia, véhicule culturel chargé, mérite un détour car cette « quasi-bande originale de film », très évocatrice, donne presque autant à voir qu’à entendre.