Daïmonji - Improg

31/01/2004

Par Greg Filibert

Label: Musea

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Le Japon continue de nous envoyer ses représentants en progressif, et à Daïmonji de passer sur la balance. Improg est le premier album de ce trio composé de Hoppy Kamiyama (claviers, vocaux), Nasuno Mitsunu (basse) et de Tatsuya Yoshida (batterie, vocaux), musiciens expérimentés venant de formations de progressif avant-gardiste réputées mais au succès d’estime, telles que Ruins, Ground Zero ou Altered States. Comme le laisse supposer le titre du disque, le groupe évolue entre progressif et improvisation, un exercice notamment illustré par Gong et son guitariste Daevid Allen et souvent périlleux, même pour des musiciens aguerris.

« Déjanté » est l’adjectif qualificatif qui conviendrait le mieux à Daïmonji. La musique de ce trio de choc est un mélange de jazz rock, de psychédélique et une bonne dose de Magma, notamment pour ses vocaux délirants dans une langue imaginaire. Sur de très longues plages pré-structurées (dont deux jouées en live) oscillants entre le quart d’heure et vingt minutes, les Japonais s’amusent à improviser et expérimenter comme bon leur semble. Kamiyama explore à cœur joie les sonorités de ses claviers, envoyant fréquemment soli et arrangements atonaux pas toujours d’un goût évident (« Glimpse », « Mongo Lian Bandits »), alors que le batteur fait preuve d’une impressionnante maîtrise, enchaînant breaks de batterie spectaculaires et variant les rythmes complexes, que son compère bassiste soutient au mieux de son groove trépidant. Par-dessus ce maelström sonore, Kamiyama et Yoshida laissent éclater leur folie en dispensant des vocaux dans la pure tradition de la zeuhl, sans toutefois bénéficier de la même richesse que le groupe de Christian Vander. Si, au début, certaines de leurs facéties prêtent à sourire, cet excès d’extravagance peut finir par éreinter l’auditeur (le final de « Glimpse »). Il semble difficile également de tenir la distance sur des titres interminables où les artistes cherchent à broder des thèmes souvent difficiles d’accès, et dont les acrobaties improvisées n’intéresseront véritablement qu’un public musicien.

La production est bonne dans l’ensemble, malgré une basse légèrement sous-mixée à quelques endroits, et le peu de différences entre les prises concert et studio rend l’album plus homogène qu’on ne l’aurait attendu. Malgré cela, Daïmonji reste un groupe vraiment difficile d’accès et n’est pas à mettre entre toutes les oreilles. Les familiers de Magma et des musiques « avant-gardistes » y trouveront peut-être leur compte, sans toutefois être à l’abri d’un assoupissement ou d’une méningite !