Psicotropia - Psicotropia

16/11/2003

Par Pierre Graffin

Label: Luna Negra

Site:

Qu’on se le dise : la scène musicale espagnole est aussi florissante que méconnue. Si quelques groupes (Celtas Cortos, Heroes Del Silencio…) ont réussi à traverser la frontière, leur renommée est pourtant restée assez confidentielle. Si on ajoute à cela un genre musical devenu presque underground, il y a fort à parier que la réputation de Psicotropia ne dépasse pas le seuil d’un groupuscule d’amateurs éclairés et c’est bien dommage car le trio madrilène a plus d’un tour dans sa poche…

Psicotropia commence par un instrumental aux claviers, « Negro », encore plus sombre que le suggère son titre, à la fois minimaliste, angoissant et à la limite du macabre. Une « mise en oreille » somme toute peu avenante pour la suite mais qui laisse la place à un « Madre Tierra », qui rappellerait inévitablement le Crimson période Starless… s’il n’était pas chanté dans un Anglais approximatif. Psicotropia alterne des morceaux chantés en espagnol et dans la langue de Shakespeare, avec des plages instrumentales assez planantes et plutôt réussies .
A l’instar du groupe de Robert Fripp, et c’est certainement là leur plus grande force, les Espagnols réussissent à créer de jolies atmosphères avec beaucoup de sobriété. En effet, mis à part quelques incursions de claviers très discrètes, de flûte traversière très « jethrotullienne » (le final, de « Madre Tierra », « Oiga Voces ») ou plus rarement de cordes, l’essentiel du travail est réalisé par la basse de Jaime Mariscal et la guitare de Pablo Tato, encore une fois très empreinte du jeu de Fripp. La démonstration présentée par Psicotropia n’est certes jamais aussi impressionnante que celle de leur principal inspirateur, mais l’intention est authentique et le résultat parfois bluffant techniquement. L’album se termine sur un véritable OVNI, « Delicada Sal Titanica », un poème lu sur des arpèges de piano, et qui tranche complètement avec les titres précédents, beaucoup plus fondés sur la musique que sur les paroles.

Inutile de s’étendre sur la production dont la qualité est clairement en retrait (le traitement de la batterie est déplorable), comme c’est souvent le cas sur un premier album. Contentons-nous ici de louer les qualités musicales de cette jeune formation qui éprouve encore des difficultés à s’affranchir de ses influences passées. Une erreur de jeunesse assez classique dont les Espagnols ont d’ailleurs certainement pris conscience puisque King Crimson figure jusque dans les crédits du livret ! Psicotropia est donc un groupe en devenir et fait preuve ici d’un intéressant potentiel. A suivre…