Dream Theater - Train of Thought - 1

14/11/2003

Par Djul

Label: Warner Music France

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Qu’il est difficile de chroniquer ce nouvel album si attendu… Alors qu’au sein de la rédaction le débat fait rage, il est nécessaire d’indiquer au lecteur que l’avis qui suit ne fait pas l’unanimité et qu’il sera nécessaire de lire son complément pour être informé de tous les points de vue.

Ce qui marque le plus brutalement à la première écoute, c’est l’agressivité et la (relative) simplicité qui se dégagent de Train of Thought, malgré des titres qui n’ont jamais été aussi longs. Voilà donc un album résolument metal, et moderne également. Mais c’est aussi un album glacial et clinique, soient deux tendances qui pourraient faire de ce disque ce que Saint Anger est à Metallica. Autant dire que ce premier constat enterre déjà bien des espoirs pour le public « vieille école » du groupe. Il lui faudra en effet une très grande tolérance pour accepter de tels changements et beaucoup d’indulgence (l’album n’est pas sans défaut, comme on le verra plus loin). Mais si l’auditeur accepte d’être dans de telles dispositions, il découvrira un vrai disque de metal, avec quelques enluminures aux claviers et des passages épiques comme les New-Yorkais n’en ont pas composés depuis des années.

Trois titres se détachent nettement. « This Dying Soul », pendant de « The Glass Prison », est excellent, avec des passages mélodiques qui font mouche, un pont intéressant et un final certes violent mais, soyons honnêtes, jouissif. « In the Name of God » est un autre pavé, de près d’un quart d’heure, sur lequel James Labrie fait merveille, mais dont le break central bêtement technique gâche le potentiel. « Honor Thy Father » et sa voix doublée est un exemple réussi de la mutation du groupe, excepté un atroce passage rappé, avec des rythmiques dynamiques et travaillées, comme si le Dream Theater d’Awake fusionnait avec Tool. Pour le reste, « Endless Sacrifice », titre mi-calme mi-heavy – mais cette dualité n’est hélas pas exploitée – est sauvé par ses quatre dernières minutes, tandis que « Stream of Consciouness » est un instrumental qui souffle le chaud et le froid, entre moments réellement inspirés – belle seconde moitié – et descente aux enfers : la partie comprise entre les deuxième et septième minute est un supplice de vide d’inspiration.
Il ne manque plus que l’introductif « As I Am », composition qui a permis aux « forumeurs » de tout bord de clamer un peu précipitamment la fin du groupe : une fois l’étonnement passé, on redécouvre ce titre avec un relatif plaisir. Le tout est évidemment produit avec une guitare et une batterie très en avant, et une basse toujours sacrifiée, même si l’on notera des efforts pour s’éloigner de l’aspect « mur du son » de Six Degrees of Inner Turbulence.

Passons aux points qui fâchent : Train Of Thought est marquant par le nombre de solos totalement abscons qui parsèment ce disque, entre un John Petrucci ne jouant plus que sur sa vitesse d’exécution et un Jordan Rudess dont les interventions sont parfois sidérantes d’indigence. Bref, les deux musiciens apparaissent ici bien nombrilistes. Pire, les influences du groupe pour ce disque sont si évidentes qu’elles confinent au plagiat, Metallica s’étant fait littéralement piller (« Fade to Black » sur « Vacant », « Orion » sur « Stream of Consciousness », « Damage Inc » sur « Honor Thy Father », et on en passe). Enfin, des longueurs véritablement inexplicables pour un groupe aussi fécond que Dream Theater, notamment sur les passages les plus typés neo metal, entachent le tout d’une dose d’amertume: certains disent déjà qu’un producteur, point de vue extérieur, serait désormais salvateur pour la formation.

Voici donc un disque qui séduira immédiatement les inconditionnels du groupe qui refusent toute remise en question, autant que les néophytes, nombreux après Six Degrees Of Inner Turbulence, qui n’ont pas de réel passé avec celui-ci. Les autres devront impérativement passer à l’écoute avant l’achat, en particulier les amateurs de progressif pur et dur, qui très vraisemblablement quitteront le navire.