Elend - Winds Devouring Men

22/04/2003

Par Djul

Label: Holy Records

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Après avoir bouleversé la scène dark internationale dans les années 90 avec sa trilogie (dont Les ténèbres du dehors constituait sans doute l’apothéose), le duo franco-autrichien revient après des années d’absence depuis The Umbersun, sorti en 1998 chez Music For Nations. Ce retour se fait via son nouvel-ancien label Holy Records.

Avec Winds devouring men, Elend devient enfin accessible au grand public, tout en gardant un talent confondant pour créer des ambiances uniques. Adieu donc les cris déchirés et les passages minimalistes, presque décharnés de The Umbersun et ceux, grandiloquents et complexes des Ténèbres du dehors : le duo Hasnaoui-Tirschner a opté pour une musique plus lente, plus mélodique aussi, sans jamais néanmoins oublier d’y mettre une pointe de tension, une gravité quasi-constante.

Une seule référence vient à l’esprit, mais quelle référence : le Dead Can Dance de Within the realms of a dying sun, une musique symphonique grave mais populaire, où les thèmes baroques et les percussions orientales se mêlent avec génie. La voix profonde et intense de Brendan Perry semble d’ailleurs parfois ressusciter, comme sur Charis, et surtout War broken-trees, portée par de nombreux mais discrets chœurs féminins. Les mélodies sont ciselées et ne se révèlent parfois à l’auditeur qu’après plusieurs écoutes, tout comme les subtils arrangements qui parsèment le disque (effets sur les sons, légères percussions, superposition de pistes). Par ailleurs, la démarche entamée sur The Umbersun, consistant à inclure des sons plus industriels, est ici reprise et développée. Les passages oppressants sont moins nombreux, le groupe préférant inclure des sons urbains mêlés à une trame classique (Away from barren stars et Winds devouring men). La production est d’ailleurs remarquable, bien supérieure à ce qu’Elend a proposé jusque là. Le reste du disque, et notamment les quatre premiers titres valent à eux seuls l’écoute attentive de toute personne un tant soit peu sensible à la musique sombre ou à la musique classique, telle qu’incarnée par des compositeurs comme Gabriel Fauré.

Que dire, sinon qu’Elend, avec ce disque, peut non seulement reconquérir ceux qui, depuis près de dix ans, s’acharnent à convaincre leur entourage de la magie du groupe, mais pourrait tout simplement devenir ce que Dead Can Dance fut pendant quinze années : un groupe inclassable, respecté de tous, et à l’influence considérable.