Proto-Kaw - Early Rec. from Kansas 1971-73

17/02/2003

Par Djul

Label: Cuneiform Records / Orkhestra

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Certaines surprises mettent longtemps à se dévoiler. Pour Proto Kaw, autrement plus connu sous le nom de Kansas, il fallut attendre près de trente ans, puisque ce n’est qu’aujourd’hui que ces enregistrements paraissent. Ce genre d’initiative a en général un intérêt historique indéniable, et offre aux fans un éclairage de grande valeur. Mais dans le cas présent, il s’agit de dépasser cet aspect documentaire : une grande partie du matériel est totalement inédit et d’une qualité telle que l’on ne découvre pas de simples démos de Kansas, mais un groupe à part entière et une musique originale.

On retrouve chez Proto Kaw tous les éléments caractéristiques du mouvement : une instrumentation riche et propre à l’époque (de l’orgue Hammond, des sax et flûtes) et des thèmes lyriques et épiques, égrainés sur de longs morceaux. Il faut cependant bien distinguer les trois premiers titres du disque, enregistrés en 1971, du reste du disque, qui date de 1972, le groupe ayant considérablement évolué entre temps. Les trois premiers titres étonnent par leur parenté avec la musique de Van Der Graaf Generator et de King Crimson. Sur « Hegemonium », la voix de Lynn Meredith rappelle les intonations de Peter Hammill, et des parties à moitié barrées jazz-rock s’enchaînent à de longues plages mélodieuses où flûtes et orgues se distinguent. Déjà, l’un des points forts de Kansas apparaît : « Reunion in the Mountains of Sarne » et sa superbe envolée au chant annoncent le côté épique que l’on retrouvera plus tard sur « Leftoverture ».
Sur les autres titres du disque, on se rend compte que le groupe a évolué vers une tendance plus basique et efficace. « Totus Nemesis », long de treize minutes, balance entre un thème très Emerson Lake and Palmer et des passages jazzy à la Soft Machine première période, « Greek Structure Sunbeam » semble sorti d’un break de Yes, tandis que sur « Belexes », résolument rock, et «Incomudro » (que l’on retrouvera sur Song for America quelques années plus tard) c’est véritablement à Kansas que l’on a affaire.

Bref, pour l’amateur de prog, ces soixante-dix-neuf minutes sont un régal, une sorte de cadeau un peu inespéré. De plus, ces enregistrements réparent l’injustice que certains amateurs de l’époque avaient fait à Kansas, lui reprochant d’avoir tout pris à des groupes existants bien avant lui, du fait qu’il arriva tardivement sur la scène progressive. Cette querelle stérile est certes aujourd’hui enterrée depuis, mais ce disque est la preuve de la maturité et du talent du groupe, dès l’enregistrement de son premier disque.