KC - Les Chants de Maldoror

12/02/2003

Par Djul

Label: Musea

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Quel étrange disque que voici. Œuvre solitaire de Pierrick Garreau, Les Chants de Maldoror ont pour ambition d’être la transposition musicale de l’œuvre du même nom de Lautréamont, livre qui sent encore le soufre aujourd’hui. Le Comte bouleversa à l’époque les standards de la littérature, en usant d’un style heurté, mais aussi en versant dans une noirceur peu commune, et il semble que lorsque Pierrick s’est mis en tête de s’en inspirer, c’est le King Crimson de Discipline qui lui est venu tout naturellement à l’esprit, ce qui, une fois le disque entre les mains, s’avère un choix pertinent (NdRC: d’où le nom du groupe, KC en hommage à King Crimson ?).

Il n’en reste pas moins que l’écoute de cette longue heure de mélodies concassées s’avère très ardue, et on reste encore après de nombreuses écoutes, assez perplexe sur la possibilité pour KC de toucher un autre public que les archi-fanatiques du Krim. En effet, rares sont les moments pendant lesquels l’intensité de la musique baisse et permet à l’auditeur de souffler, asphyxié qu’il est sous le déluge de notes, de contre-temps, le tout au sein de morceaux instrumentaux dépassant tous les dix minutes. Alors que l’on aurait pu s’attendre à des transitions, des changements de rythmes, KC ne relâche jamais la pression, avec comme meilleure preuve une guitare en solo quasi-permanent. On peut dire que le rigorisme de l’élève dépasse ici celui du maître, ce qui n’est pas, hélas, toujours heureux.

Difficile de ne pas se perdre dans ce dédale de stridences et d’harmonies distordues, et surtout de retenir quelque chose des deux premiers titres. « Le Crabe de la Débauche », qui démarre sur des bases plus raisonnables, et prend le temps de se développer, arrive néanmoins à retenir l’attention tout du long de ses onze minutes. Plus encore, « Déviation Anormale » s’évade enfin du schéma frippien pour proposer une mélodie sans chercher à la défaire dans la minute, et démontre que KC peut aussi proposer une musique un peu plus épique, avec des arpèges moins torturés.

Pour ce qui est de la production, la batterie est programmée, mais on s’en accommode. En revanche, le traitement des guitares en son clair ou saturé est exemplaire, comme celui de la basse, ce qui est plutôt surprenant pour une auto-production. On se doit pourtant d’indiquer que seuls des amateurs éclairés de Crimson pourront suivre KC dans ses pérégrinations. Et c’est bien dommage car il aurait suffit de structures un peu plus simples, d’une instrumentation un peu plus riche (des claviers notamment) et de quelques thèmes accessibles pour ouvrir l’œuvre à un public plus large.