Pink Floyd (Tribute) - Pigs and Pyramids

10/10/2002

Par Florian Gonfreville

Label: San Juan

Site: www.pinkfloyd.co.uk

Les « Tribute Albums », à la mode ces derniers temps, sont un dur exercice : convaincre un fan rodé à la version originale signifie souvent copier l’œuvre à la note près ou en donner un éclairage vraiment différent (voir « Shining Star » de Earth Wind and Fire dans sa version Stryper, ou les reprises des Beatles par Aerosmith). Ici, aucun parti pris ne se dégage, et c’est peut-être le souci : des copies note pour note alternent avec des reprises hésitantes et le résultat n’est pas heureux, laissant l’impression d’un travail bâclé. Pourtant, on pouvait aspirer à un grand moment. Explication. 

Prenez (outre une grande respiration) Mike Porcaro, Greg Bissonette, Doug Pinnick, Derek Sherinian, Billy Sherwood, Alan White, Chris Squire, Steve Lukather, Vinnie Colaiuta, Jeff Scott Soto, Pat Torpey, Glenn Hughes, Elliot Easton, Tony Franklin, Dweezil Zappa, Robben Ford, Steve Porcaro, Tommy Shaw, Ritchie Kotzen, Bobby Kimball, B et B Kulick, Eric Singer, pour ne citer qu’eux. Il ne s’agit pas d’un prochain Témoin Perdu n° 1 ni de la guest-list du Père-Lachaise (j’en entends certains d’ici : « ho hé, là, ça va, oui ?! » !) mais bien des intervenants lors de cet hommage. Bref, que du Monstre Sacré, au moins de la Chimère Bénie… 
A quoi mène une telle réunion de talents ? Soyons clairs : de ce « Pigs and Pyramids » n’a été retenue, hélas, que la cochonaille. Alors que le son est plutôt bon, les guitares saccagent tout par leur anorexie. Or, un « Run Like Hell » ou un « Comfortably Numb » sans gros son de 6-cordes, même avec un chant, des harmonies vocales et des claviers superbes ou une section rythmique d’assaut, ce n’est rien d’autre qu’un fruit en plastique : c’est beau, ça brille, mais c’est immangeable.

Passons sur les approximations guitaristiques, qui nous gratifient de soli improvisés (« Comformtably Numb » encore ! Hérésie ! Abattez-moi Billy Sherwood !), voire de riffs mythiques modifiés en dépit du bon sens (les fameuses quatre notes d’intro guitare de « Shine on You Crazy Diamond » sur l’arrivée de la batterie : pourquoi Lukather a-t-il eu l’étrange fantaisie de modifier UNE note ?!), et il ne reste rien à dire d’un album enregistré trop vite, pas répété… Heureusement, l’honneur est sauvé par un superbe « Have a Cigar », bien rafraîchi par Kimball, les frères Kulick, Porcaro et Bissonette et, au rang de l’honorable, « Comfortably Numb » en taisant les guitares, « Us and Them » et « Breathe »… 

Le label Musea, dont le catalogue est généralement de haute tenue, semble avoir été abusé par la guest list de cet hommage à P.F. On l’eut été à moins. Mais cet album, visiblement à visée commerciale (uniquement 3 albums, meilleures ventes du Floyd, avec un « Another Brick… p.2 » qui n’a jamais été d’aucun intérêt) tient plus de la bauge que de la merveille du monde.