Matching Mole - Matching Mole

01/10/2002

Par Pierre Graffin

Label: CBS

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Fatigué et sans doute frustré par ses aventures expérimentales au sein de Soft Machine, Robert Wyatt se lance dans le projet Matching Mole peu de temps après la sortie de Fourth, aussi complexe et passionnant pour les uns qu’alambiqué et répulsif pour les autres. Le nom du groupe est un jeu de mots : « Soft Machine » signifiant littéralement « machine molle » en français, et est proche phonétiquement de « Matching Mole ». À l’écoute de ce qui sera le point de départ d’une carrière solo pour Robert Wyatt, on constate que la ressemblance n’est pas seulement phonétique et que Matching Mole est encore empreint d’influences… « SM», surtout sur ce qui était alors la deuxième face du 33 tours…

Si la grande majorité des compositions est signée par Robert Wyatt, seul le premier morceau, « O Caroline », co-écrit par David Sinclair (ex/futur Caravan, futur Camel et viré avant la fin de l’enregistrement de cet album), surprend par sa joyeuse candeur malgré la mélancolie de son texte – il est dédié à la petite amie de Wyatt qui venait de le quitter – et fait un peu figure d’OVNI dans cet album.
La première face, tour à tour inquiétante (« Signed Curtain ») et enjouée (« Instant Pussy »), puise encore parfois dans les influences passées, même si les compositions semblent plus spontanées et moins sérieuses. Robert Wyatt exprime même ici tout ce qu’il n’a pu faire au sein du groupe qu’il vient de quitter, particulièrement sur le dernier album où il n’était « que » batteur, et s’exprime plus précisément au travers d’un « Dedicated To Hugh But You Weren’t Listening », petit clin d’œil acide à l’intention d’un Hugh Hopper apparemment peu enclin à le laisser s’exprimer au sein de Soft Machine (NdRC : Hugh se prononçant « you » dans la langue de Shakespeare, les amateurs de Soft Machine apprécieront le rapprochement avec l’album homophone Dedicated to You but You Weren’t Listening de Keith Tippett avec… Robert Wyatt).

La deuxième face laisse pourtant libre cours à des expérimentations sonores et musicales très proches de la « machine molle » et le disque s’englue parfois dans des élucubrations pénibles. Le deuxième album, très engagé politiquement, sera moins réussi et mettra un terme à l’expérience de ce groupe éphémère.
Pourtant, Matching Mole reste aujourd’hui un projet aussi transitoire qu’attachant, survolé par la voix plaintive et incomparable de Robert Wyatt. Ce dernier tombera peu de temps après du troisième étage d’un immeuble après une soirée un peu trop arrosée et restera cloué sur un fauteuil roulant. On connaît la suite : un album solo magnifique et complètement incontournable Rock Bottom, et une carrière musicale aussi clairsemée que constante en qualité. Matching Mole est l’une des trop rares pierres angulaires de cette carrière exceptionnelle et atypique…