Trent Gardner - Leonardo, the Absolute Man

01/10/2002

Par Fanny Layani

Label: Magna Carta

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Enfin ! Le projet tant attendu de Trent Gardner s’est concrétisé dans les rayons de vos disquaires… ou plutôt, de certains seulement, puisqu’il n’est actuellement disponible qu’en import, la distribution de Magna Carta étant de plus en plus disparate. Mais Progressia n’a pu s’empêcher de se jeter sur The Absolute Man, pour en revenir avec des impressions étrangement mitigées. Quel ovni Trent Gardner a-t-il encore pondu ! Le projet avait des allures de tarte à la crème : un concept-album autour de la vie (romanesque et fort romancée par Gardner et Morticelli) de Léonard de Vinci, réunissant un parterre de grands noms du metal progressif américain, les frères Gardner et le traditionnel Robert Berry… Voilà qui laissait présager du pire comme du meilleur, connaissant l’absence de limites de ce bougre de Trent. Soulagement, le meilleur l’emporte de loin, mais laisse surnager de temps à autre l’ombre du pire.

La plus grosse surprise se situe au plan musical : en effet, à part quelques passages « magellanesques » au dernier degré, l’essentiel des dix-huit titres du disque évolue dans un registre légèrement progressif et très mélodique, presque saturé d’harmonies vocales parfois proches des comédies musicales savonneuses (Lisa Bouchelle, dans le rôle de Mona Lisa, n’y dépareillerait pas). Mais l’ensemble est aussi par moments plus exotique (cf. les chœurs typés soul années 60 sur « Mona Lisa »). Du coup, et c’est un paradoxe, le Gardner pur jus en arrive à faire tâche au milieu du reste, et parfois même à donner une impression d’incohérence, au niveau des lignes de voix ou de certaines parties de claviers principalement, sans compter quelques passages sans queue ni tête (l’introduction de « Heart Of France »)…
Cependant, la grande perdante de tout cela reste l’histoire : si elle est respectée dans ses grandes lignes (l’enfance à Vinci, l’apprentissage chez Verrocchio à Florence, une société renaissante plombée favorisant l’immobilité sociale et l’apparence, bouchant du même coup les perspectives d’avenir des jeunes, la carrière d’ingénieur hydraulicien et militaire à Milan auprès de Sforza, le tyran du duché, puis la recherche de la gloire auprès de l’absolutisme naissant à la cour de François Ier où il trouve la mort), elle est bien malmenée dans les détails : trop d’insistance sur l’illégitimité de Leonardo, sur son rôle de peintre, bien moins important à l’époque que sa fonction d’ingénieur. Le « mystère Mona Lisa » est romancé à outrance et, plus grave, le tout part d’un faux préalable. En effet, la paire Gardner / Morticelli fait de Léonard de Vinci l’accoucheur d’une modernité historique et scientifique, alors que, dans sa recherche du savoir universel, dans son ambition d’être lui-même l’homme universel (d’où son parcours politique, de la République de Florence à l’absolutisme de la cour d’Amboise), il fut peut-être le dernier – et génial – avatar de la pensée médiévale.

Après cette parenthèse historique un peu longue, que reste-t-il ? Un beau disque, parfois un peu sucré, certes, comme souvent dans cet exercice, avec quelques bonnes surprises et l’occasion de trouver des artistes, comme James LaBrie dans le rôle titre ou encore Steve Walsh, hors de leur contexte habituel.