Angra - Rebirth

01/10/2002

Par Fanny Layani

Label: NTS

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Faisant fi de toute inquiétude, Angra est de retour et… pas à moitié ! Amputée des trois cinquièmes de la géniale formation qui avait osé pondre, en lieu et place d’un deuxième album, un Holy Land rare, quasi parfait, on ne donnait pas forcément cher de la phalange guitaristique restante. Comment Kiko Loureiro et Rafael Bittencourt allaient-ils pouvoir s’en relever ? Un an plus tard, Rebirth, qui éclate aux oreilles dès la première écoute, est la preuve qu’il en fallait plus pour entamer les deux gaillards.

Une première constatation s’impose : la nouvelle équipe fonctionne comme une machine bien huilée. Edu Falaschi (chant), dans un registre plus corsé qu’Andre Matos, s’approche de l’irréprochable : puissant, juste dans ses intentions et moins maniéré que son honorable prédécesseur. Felipe Andreoli (basse), le jeunot du groupe à peine âgé de 20 ans, assure solidement son rôle sans chercher à trop en faire ; mais lorsqu’il a l’occasion de s’amuser un peu, il ne s’en prive pas (« Unholy Wars » ou « Judgement Day », de loin les meilleurs titres de l’album). Aquiles Priester (batterie) souffre davantage de la comparaison, avec sa frappe plus lourde et moins précise que celle de Ricardo Confessori dans les passages les plus tendus. Bref, les Brésiliens ont de quoi poursuivre la dynamique de succès qui avait été la leur jusque là.

Rebirth est, dans une volonté de continuité incontestable, un concentré de Angels Cry et de quelques bons éléments de Fireworks (qui apparaît aujourd’hui comme une parenthèse stylistique), le tout saupoudré d’un peu (trop peu) de Holy Land, tout en restant résolument « autre chose ». Plus orienté « grosses guitares », avec un son plus cru et plus brut – la responsabilité en incombe pour beaucoup à la production de Dennis Ward – ce concept album fait la part belle aux soli endiablés et aux rythmiques bondissantes, tout en gardant un sens mélodique et une intuition certaine du « refrain qui tue », marque de fabrique de nombre de titres d’Angra.

Toutefois, on regrettera un net manque de folie, de ce « lâcher-prise » et de cette volonté de repousser toutes les limites stylistiques, qui faisait l’identité du groupe, en gestation sur Angels Cry, éclatant au grand jour sur Holy Land, bridée sur Fireworks, et qui n’apparaît plus ici que par moments fugaces, sur « Unholy Wars » entre autres. Ainsi, Angra a survécu, certes, mais au prix de ce qui faisait son principal intérêt et, du coup, d’une impression de redite… De quoi donner un goût très incertain à cet album de la renaissance.