PyT – Galaad réincarné


Avec un album qui vole bien au-dessus de ce que nous proposent en moyenne les mornes bacs des disquaires, PyT, alias Pierre-Yves Theurillat, tient entre les mains de quoi enthousiasmer l’amateur de rock, de chanson raffinée, ou de bonne musique tout simplement. L’envie était trop forte de questionner à nouveau, trois ans après son dernier disque, celui qui, avec le groupe suisse Galaad, avait un temps porté les espoirs du progressif francophone.

Chromatique : Bonjour Pierre-Yves Theurillat. En 2009, feu Progressia, via Christophe Gigon, avait réalisé une entrevue et passé une journée en studio en ta compagnie, à l’époque où tu enregistrais Confidences de mouches avec l’Escouade. Avec un peu de recul, quel bilan dresses-tu de cette expérience, de ce disque?
Pierre-Yves Theurillat :
Renouer avec la musique puis avec l’enregistrement d’un album a été une étape essentielle pour en arriver à la situation présente. Peut-être voulais-je plus d’intimisme avec l’Escouade, pour faire contraste avec Galaad, montrer le temps passé et les attitudes changeantes. L’Escouade, groupe un peu mal nommé, a été une bonne école, avec de très belles personnes. Mais il m’y manquait des éléments de projets structurés, que m’apportait par contre la collaboration suivie avec Sébastien Froidevaux, autre grand lien à la musique en dehors de l’Escouade.

L’Escouade est-elle en stand-by, ou PyT l’a-t-il définitivement remplacée dans tes projets ?
En stand-by.

Qu’est-ce qui a mené à cette nouvelle collaboration avec Sébastien Froidevaux ? Etait-il impossible d’utiliser le nom Galaad ou ne le souhaitiez-vous simplement pas ?
Nous nous sommes laissés guider par l’envie en produisant une quinzaine de titres ensemble. Nous avons d’abord cherché à refonder Galaad, en invitant ses anciens membres aux côtés de nouveaux, à créer un projet neuf, mais cela n’a pas pris. On a parlé de manque de temps et de motivation, et c’était dommage. Mais ça n’a pas réussi à ternir notre envie, à Sébastien et moi, d’aller au bout du projet, renommé pour l’occasion, puisqu’il prenait plutôt la forme d’un recueil de chansons que de titres élaborés à tiroirs et autres instrumentaux torchés. Nous disposions du nom assez librement, mais cela ne représentait plus rien, compte-tenu également des fans dans l’expectative, qui en étaient restés aux déhanchements heavy prog fusion de Vae Victis.

Carnet d’un visage de pluie évoque beaucoup l’amitié, l’amour, les rapports humains. Ce sont là semble-t-il tes thèmes de prédilection. Quelles sont les chansons qui datent de l’époque Galaad ?
On baigne dans la relation humaine, et ce sont des sujets de motifs tous crachés. Je pourrais cependant repartir vers quelque chose de plus conceptuel, à l’avenir, cela n’est pas dit. « Comme c’est beau » faisait partie du répertoire de Galaad en 1994. Les autres titres sont issues d’idées (des notes, des mots, les deux) issues de jams en 1996, voire de structurations en chanson en 1997 (« Tôt ou tard ») et 1999 (« My little death »). C’est un peu la préhistoire, pour certaines de ces chansons, et puis des années de silences où les mots restent coincés dans le rien. La vraie histoire de ces titres, leur choix, leur sculpture et le peaufinage de l’ensemble remonte à il y a quatre ans.

D’une façon indéfinissable, je rapprocherais Carnet d’un visage de pluie d’une certaine idée de la chanson francophone, qu’incarnent Thiéfaine, Bashung, voire Eicher lorsque Djian écrit les textes. Penses-tu que cette comparaison est pertinente ? De quels artistes actuels te sens-tu le plus proche ?
Je suis assez d’accord avec ce profil, l’individu démarqué qui signe un tracé, une parole assez unique au milieu de groupes ou de concepts plus uniformisés. La trace musicale, pop ou rock aux guitares planantes, grâce au Mellotron, dote le tout d’une déco et d’une trame assez originale si l’on y rajoute mes phrases et mon grain. Les artistes dont je me sens le plus proche sont plutôt ceux que je côtoie, ce qui limite déjà le sillage. Des gens dont j’apprends beaucoup comme Fox Kijango (un auteur et chanteur qui a une vraie vision du monde musical), Nathan Baumann et son projet The Fawn (du songwriting très aéré) et Steve Fari, chanteur de This Misery Garden, avec qui nous avons beaucoup à partager. Ce ne sont pas des êtres projetés sur la grande scène, bien sûr. Autrement, je pourrais parler de Bashung, en effet, d’Eicher pour certains de ses titres et sa condition d’helvète comme moi. Moins de Thiéfaine mais c’est égal. On me placera sans doute plutôt dans ce créneau-là.

Une atmosphère de nostalgie plane à certains moments sur le disque. Regrettes-tu le « temps passé », les années « insouciantes » de Galaad?
Quand on sait que bien des choses refoulées dans le passé devront ressurgir dans l’avenir parce qu’elles sont amenées à retrouver la surface de notre présent, on essaie de faire le tri des choses, d’avoir une plus juste vision de ce qui fut. Au départ, la nostalgie est créée de toutes pièces, un manque lié à une situation aimée. Je fais des croix dans ce qui a été, pour distinguer ce qui fatalement, devra revenir. La nostalgie elle-même d’ailleurs. Et puis, il y a de vrais moments où l’on pense à des trucs qui nous remuent encore des siècles après. Je ne peux pas dire que Galaad n’a rien été, alors je dis plutôt que nous avons vécu des événements sacrément forts ! « In this tribe », évoque plutôt la vie de groupe, celle de chanteur, sous la forme de flashes, de clichés brefs. Elle est issue d’un rêve où j’avais convié à une grande table de repas et de fête tous les chanteurs aimés, de Fish à Yacoub, de Bowie à Collins, de Gabriel à Hammill, de Geoff Mann à Gilmour en passant par Décamps. Tous autour d’une table à vivre des échanges et un scénario dont je ne me rappelle plus.

Dans ce que j’ai pu lire sur l’album, il semble qu’il y ait une unanimité autour de la relation symbiotique entre les textes et la musique. De quelle façon l’album a-t-il été composé ?
Je m’inspire souvent d’abord des vibrations de la guitare et de ses mélodies et accords avant de sortir quelques premiers jets de mots, d’idées, de paroles. De fait, je n’impose jamais un langage qui serait comme une masse sur un gâteau, et je cherche à suivre les méandres du propos, au moment du travail. Le présent compte énormément, les mots rendent compte d’un état d’esprit qui parfois peut-être volatil, mais j’ai plus travaillé la musicalité globale que développé des conceptions à mettre en musique. Pour la composition, nous avons échangé des centaines d’e-mails, de mp3 et nous nous sommes passés l’affaire jusqu’à satisfaction. Certains titres ont connu une quinzaine de moutures différentes avant de prendre leur format « définitif ». Mais chaque chanson a sa propre histoire de création.

Ange poursuit son bonhomme de chemin, et continue de sortir de très bons albums de rock théâtral, « à l’ancienne ». Marillion est plus que jamais en vie, au prix d’une mutation réussie de son modèle économique. Est-il possible selon toi qu’un jeune groupe de ce genre qui débuterait aujourd’hui puisse connaître le succès ?
Je ne suis qu’indirectement attaché à l’idée, d’autant que j’ai déjà un certain succès. Il faut simplement aller vers d’autres réussites, faire le constat de temps en temps d’où on en est, avancer, persévérer, profiter, entre autres choses, prendre un rythme de vie dans ces activités, qu’elles soient scéniques ou en vue d’un prochain album.

Envisages-tu encore aujourd’hui de faire de la musique de façon professionnelle ou as-tu définitivement écarté cette idée ?
Je n’envisage pas la satisfaction matérielle via la musique. Je ne me mets aucune pression qui consisterait à gagner ma vie par elle. En revanche, nous travaillons – en toute modestie – assez professionnellement, selon des critères, des méthodes, et pas anarchiquement en faisant le recueil de coups de génie !

Peux-tu nous décrire le paysage musical suisse ? Y a-t-il des labels susceptibles de produire des artistes comme toi ? Est-ce un milieu où il est facile d’évoluer?
Il faut voir comment sera balayé le territoire sur le plan des concerts, voir si un réseau se forge autour du travail de notre booker, avec médiatisation et pourquoi pas établissement d’un public, aussi spécifique soit-il. Le paysage helvétique a ses différences, mais ressemble à tous les marchés musicaux du monde. Rien ne s’est présenté côté label, je pallie un peu ça avec quelques activités administratrices (Pebirecords). On évolue autant que possible sur tout le territoire, avec quelques facilités régionales, il est vrai. Sortir peut être plus dur, nous verrons.

Je suppose que l’expérience Musea n’a pas été des plus satisfaisantes pour Galaad. As-tu cherché un label pour produire et distribuer ton disque ou l’auto-production/auto-distribution a-t-elle été l’option retenue dès le début de l’aventure ?
Le disque a été volontairement sorti sans distributeur officiel, hormis Built by France et l’auteur. Produire est toujours un grand mot concernant ces labels, qui généralement s’en tiennent au paiement du pressage et laissent bien sûr aux musiciens (auto-)producteurs le soin du paiement le plus cher, le studio, l’artwork. Vu l’instabilité qui règne autour du cd actuellement, nous le proposons sans grande couverture, en rayonnant du plus proche de nous jusqu’au lointain, et en faisant résonner si possible le tout pour nous promouvoir. Et idéalement vendre bien sûr, mais ce n’est qu’un aspect de nos activités, celui qui est censé aider à pérenniser nos démarches artistiques.

Les nouvelles technologies, plus abordables, permettent plus facilement d’enregistrer des disques, et Internet permet une promotion et une diffusion plus aisées. Le revers de la médaille, c’est la prolifération des groupes, qui compromet la visibilité des artistes qui n’ont pas de soutien de la part d’un label. Quels sont vos projets pour vous faire connaître davantage ? Compter sur le bouche à oreille, les sites musicaux spécialisés ? Avez-vous envoyé votre disque à de grands médias, journaux, radios ?
Nous empruntons les canaux habituels : les médias, la scène, la production d’albums et leur promotion. En fait, permettre une suite aux choses est toujours intéressant. On en est encore à voir comment est accueillie notre musique auprès des acquéreurs, et bientôt des spectateurs, puisqu’une série de concerts est en cours de programmation. Le bouche à oreille est assez efficace. Pour Galaad, il l’avait franchement été, lorsqu’un public avait commencé de se former à Lausanne, soit en dehors d’une région, le Jura, qui a l’époque nous portait. Je constate cependant que les chroniques ne font pas augmenter les ventes du disque. Quelques médias-clés doivent avoir l’album entre les mains, à cette heure. Et des organisateurs, des fans, des amis.

Comment se sont passés les premiers concerts de PyT ? Vas-tu te produire en-dehors de la Suisse francophone ? Des dates sont-elles prévues en France ?
Les concerts sont encore en prévision. Mais nous avons invité le public au vernissage live de mon album, et c’était un très bon, un excellent moment, avec 25 minutes de concert, où l’on a pu offrir au public un moment électro-acoustique de bonne qualité. Nous serons en résidence artistique en juin prochain au SAS, Delémont, un club rock qui nous accueille pour la préparation scénique, la création d’un DVD, la déco, les lumières, puis en concert au Lake Festival de Lausanne en novembre. L’agenda des concerts grossit à vue d’œil !

Un dernier mot pour les lecteurs de Chromatique ?
Que celui qui vient sucer ces quelques infos comme un précieux carburant et qui donc participe à sa façon à cette splendide aventure en soit remercié. Après tout, c’est cela que nous attendons aussi, toi et moi, le journaliste et l’interviewé. Merci à toi pour cette couverture.


Avec un album qui vole bien au-dessus de ce que nous proposent en moyenne les mornes bacs des disquaires, PyT, alias Pierre-Yves Theurillat, tient entre les mains de quoi enthousiasmer l’amateur de rock, de chanson raffinée, ou de bonne musique tout simplement. L’envie était trop forte de questionner à nouveau, trois ans après son dernier disque, celui qui, avec le groupe suisse Galaad, avait un temps porté les espoirs du progressif francophone.

Chromatique : Bonjour Pierre-Yves Theurillat. En 2009, feu Progressia, via Christophe Gigon, avait réalisé une entrevue et passé une journée en studio en ta compagnie, à l’époque où tu enregistrais Confidences de mouches avec l’Escouade. Avec un peu de recul, quel bilan dresses-tu de cette expérience, de ce disque?
Pierre-Yves Theurillat :
Renouer avec la musique puis avec l’enregistrement d’un album a été une étape essentielle pour en arriver à la situation présente. Peut-être voulais-je plus d’intimisme avec l’Escouade, pour faire contraste avec Galaad, montrer le temps passé et les attitudes changeantes. L’Escouade, groupe un peu mal nommé, a été une bonne école, avec de très belles personnes. Mais il m’y manquait des éléments de projets structurés, que m’apportait par contre la collaboration suivie avec Sébastien Froidevaux, autre grand lien à la musique en dehors de l’Escouade.

L’Escouade est-elle en stand-by, ou PyT l’a-t-il définitivement remplacée dans tes projets ?
En stand-by.

Qu’est-ce qui a mené à cette nouvelle collaboration avec Sébastien Froidevaux ? Etait-il impossible d’utiliser le nom Galaad ou ne le souhaitiez-vous simplement pas ?
Nous nous sommes laissés guider par l’envie en produisant une quinzaine de titres ensemble. Nous avons d’abord cherché à refonder Galaad, en invitant ses anciens membres aux côtés de nouveaux, à créer un projet neuf, mais cela n’a pas pris. On a parlé de manque de temps et de motivation, et c’était dommage. Mais ça n’a pas réussi à ternir notre envie, à Sébastien et moi, d’aller au bout du projet, renommé pour l’occasion, puisqu’il prenait plutôt la forme d’un recueil de chansons que de titres élaborés à tiroirs et autres instrumentaux torchés. Nous disposions du nom assez librement, mais cela ne représentait plus rien, compte-tenu également des fans dans l’expectative, qui en étaient restés aux déhanchements heavy prog fusion de Vae Victis.

Carnet d’un visage de pluie évoque beaucoup l’amitié, l’amour, les rapports humains. Ce sont là semble-t-il tes thèmes de prédilection. Quelles sont les chansons qui datent de l’époque Galaad ?
On baigne dans la relation humaine, et ce sont des sujets de motifs tous crachés. Je pourrais cependant repartir vers quelque chose de plus conceptuel, à l’avenir, cela n’est pas dit. « Comme c’est beau » faisait partie du répertoire de Galaad en 1994. Les autres titres sont issues d’idées (des notes, des mots, les deux) issues de jams en 1996, voire de structurations en chanson en 1997 (« Tôt ou tard ») et 1999 (« My little death »). C’est un peu la préhistoire, pour certaines de ces chansons, et puis des années de silences où les mots restent coincés dans le rien. La vraie histoire de ces titres, leur choix, leur sculpture et le peaufinage de l’ensemble remonte à il y a quatre ans.

D’une façon indéfinissable, je rapprocherais Carnet d’un visage de pluie d’une certaine idée de la chanson francophone, qu’incarnent Thiéfaine, Bashung, voire Eicher lorsque Djian écrit les textes. Penses-tu que cette comparaison est pertinente ? De quels artistes actuels te sens-tu le plus proche ?
Je suis assez d’accord avec ce profil, l’individu démarqué qui signe un tracé, une parole assez unique au milieu de groupes ou de concepts plus uniformisés. La trace musicale, pop ou rock aux guitares planantes, grâce au Mellotron, dote le tout d’une déco et d’une trame assez originale si l’on y rajoute mes phrases et mon grain. Les artistes dont je me sens le plus proche sont plutôt ceux que je côtoie, ce qui limite déjà le sillage. Des gens dont j’apprends beaucoup comme Fox Kijango (un auteur et chanteur qui a une vraie vision du monde musical), Nathan Baumann et son projet The Fawn (du songwriting très aéré) et Steve Fari, chanteur de This Misery Garden, avec qui nous avons beaucoup à partager. Ce ne sont pas des êtres projetés sur la grande scène, bien sûr. Autrement, je pourrais parler de Bashung, en effet, d’Eicher pour certains de ses titres et sa condition d’helvète comme moi. Moins de Thiéfaine mais c’est égal. On me placera sans doute plutôt dans ce créneau-là.

Une atmosphère de nostalgie plane à certains moments sur le disque. Regrettes-tu le « temps passé », les années « insouciantes » de Galaad?
Quand on sait que bien des choses refoulées dans le passé devront ressurgir dans l’avenir parce qu’elles sont amenées à retrouver la surface de notre présent, on essaie de faire le tri des choses, d’avoir une plus juste vision de ce qui fut. Au départ, la nostalgie est créée de toutes pièces, un manque lié à une situation aimée. Je fais des croix dans ce qui a été, pour distinguer ce qui fatalement, devra revenir. La nostalgie elle-même d’ailleurs. Et puis, il y a de vrais moments où l’on pense à des trucs qui nous remuent encore des siècles après. Je ne peux pas dire que Galaad n’a rien été, alors je dis plutôt que nous avons vécu des événements sacrément forts ! « In this tribe », évoque plutôt la vie de groupe, celle de chanteur, sous la forme de flashes, de clichés brefs. Elle est issue d’un rêve où j’avais convié à une grande table de repas et de fête tous les chanteurs aimés, de Fish à Yacoub, de Bowie à Collins, de Gabriel à Hammill, de Geoff Mann à Gilmour en passant par Décamps. Tous autour d’une table à vivre des échanges et un scénario dont je ne me rappelle plus.

Dans ce que j’ai pu lire sur l’album, il semble qu’il y ait une unanimité autour de la relation symbiotique entre les textes et la musique. De quelle façon l’album a-t-il été composé ?
Je m’inspire souvent d’abord des vibrations de la guitare et de ses mélodies et accords avant de sortir quelques premiers jets de mots, d’idées, de paroles. De fait, je n’impose jamais un langage qui serait comme une masse sur un gâteau, et je cherche à suivre les méandres du propos, au moment du travail. Le présent compte énormément, les mots rendent compte d’un état d’esprit qui parfois peut-être volatil, mais j’ai plus travaillé la musicalité globale que développé des conceptions à mettre en musique. Pour la composition, nous avons échangé des centaines d’e-mails, de mp3 et nous nous sommes passés l’affaire jusqu’à satisfaction. Certains titres ont connu une quinzaine de moutures différentes avant de prendre leur format « définitif ». Mais chaque chanson a sa propre histoire de création.

Ange poursuit son bonhomme de chemin, et continue de sortir de très bons albums de rock théâtral, « à l’ancienne ». Marillion est plus que jamais en vie, au prix d’une mutation réussie de son modèle économique. Est-il possible selon toi qu’un jeune groupe de ce genre qui débuterait aujourd’hui puisse connaître le succès ?
Je ne suis qu’indirectement attaché à l’idée, d’autant que j’ai déjà un certain succès. Il faut simplement aller vers d’autres réussites, faire le constat de temps en temps d’où on en est, avancer, persévérer, profiter, entre autres choses, prendre un rythme de vie dans ces activités, qu’elles soient scéniques ou en vue d’un prochain album.

Envisages-tu encore aujourd’hui de faire de la musique de façon professionnelle ou as-tu définitivement écarté cette idée ?
Je n’envisage pas la satisfaction matérielle via la musique. Je ne me mets aucune pression qui consisterait à gagner ma vie par elle. En revanche, nous travaillons – en toute modestie – assez professionnellement, selon des critères, des méthodes, et pas anarchiquement en faisant le recueil de coups de génie !

Peux-tu nous décrire le paysage musical suisse ? Y a-t-il des labels susceptibles de produire des artistes comme toi ? Est-ce un milieu où il est facile d’évoluer?
Il faut voir comment sera balayé le territoire sur le plan des concerts, voir si un réseau se forge autour du travail de notre booker, avec médiatisation et pourquoi pas établissement d’un public, aussi spécifique soit-il. Le paysage helvétique a ses différences, mais ressemble à tous les marchés musicaux du monde. Rien ne s’est présenté côté label, je pallie un peu ça avec quelques activités administratrices (Pebirecords). On évolue autant que possible sur tout le territoire, avec quelques facilités régionales, il est vrai. Sortir peut être plus dur, nous verrons.

Je suppose que l’expérience Musea n’a pas été des plus satisfaisantes pour Galaad. As-tu cherché un label pour produire et distribuer ton disque ou l’auto-production/auto-distribution a-t-elle été l’option retenue dès le début de l’aventure ?
Le disque a été volontairement sorti sans distributeur officiel, hormis Built by France et l’auteur. Produire est toujours un grand mot concernant ces labels, qui généralement s’en tiennent au paiement du pressage et laissent bien sûr aux musiciens (auto-)producteurs le soin du paiement le plus cher, le studio, l’artwork. Vu l’instabilité qui règne autour du cd actuellement, nous le proposons sans grande couverture, en rayonnant du plus proche de nous jusqu’au lointain, et en faisant résonner si possible le tout pour nous promouvoir. Et idéalement vendre bien sûr, mais ce n’est qu’un aspect de nos activités, celui qui est censé aider à pérenniser nos démarches artistiques.

Les nouvelles technologies, plus abordables, permettent plus facilement d’enregistrer des disques, et Internet permet une promotion et une diffusion plus aisées. Le revers de la médaille, c’est la prolifération des groupes, qui compromet la visibilité des artistes qui n’ont pas de soutien de la part d’un label. Quels sont vos projets pour vous faire connaître davantage ? Compter sur le bouche à oreille, les sites musicaux spécialisés ? Avez-vous envoyé votre disque à de grands médias, journaux, radios ?
Nous empruntons les canaux habituels : les médias, la scène, la production d’albums et leur promotion. En fait, permettre une suite aux choses est toujours intéressant. On en est encore à voir comment est accueillie notre musique auprès des acquéreurs, et bientôt des spectateurs, puisqu’une série de concerts est en cours de programmation. Le bouche à oreille est assez efficace. Pour Galaad, il l’avait franchement été, lorsqu’un public avait commencé de se former à Lausanne, soit en dehors d’une région, le Jura, qui a l’époque nous portait. Je constate cependant que les chroniques ne font pas augmenter les ventes du disque. Quelques médias-clés doivent avoir l’album entre les mains, à cette heure. Et des organisateurs, des fans, des amis.

Comment se sont passés les premiers concerts de PyT ? Vas-tu te produire en-dehors de la Suisse francophone ? Des dates sont-elles prévues en France ?
Les concerts sont encore en prévision. Mais nous avons invité le public au vernissage live de mon album, et c’était un très bon, un excellent moment, avec 25 minutes de concert, où l’on a pu offrir au public un moment électro-acoustique de bonne qualité. Nous serons en résidence artistique en juin prochain au SAS, Delémont, un club rock qui nous accueille pour la préparation scénique, la création d’un DVD, la déco, les lumières, puis en concert au Lake Festival de Lausanne en novembre. L’agenda des concerts grossit à vue d’œil !

Un dernier mot pour les lecteurs de Chromatique ?
Que celui qui vient sucer ces quelques infos comme un précieux carburant et qui donc participe à sa façon à cette splendide aventure en soit remercié. Après tout, c’est cela que nous attendons aussi, toi et moi, le journaliste et l’interviewé. Merci à toi pour cette couverture.