Steve Hackett – Steve Hackett

ENTRETIEN : STEVE HACKETT

 

Origine : Angleterre
Style : Rock progressif
Formé en : 1975
Line-up :
Steve Hackett – chant, guitare
Roger King – claviers, guitare
John Hackett – Flute
Rob Townsend – Sax, flûte, vlarinette
Gary O’Toole – batterie et chœurs
Nick Magnus – Claviers
Dernier album sorti :
Wild Orchids (2006)

Steve Hackett dans la capitale ? Impossible de rater ça ! L’illustre guitariste est de passage en France pour nous parler de son nouveau bébé, Wild Orchids et d’une éventuelle possibilité de venir tourner dans notre beau pays. Un moment rare que vous, membres de notre forum avez su enrichir grâce à vos questions fort à propos sur lesquelles le sieur Hackett s’est exprimé sans compter avec ce flegme so british qui le rend particulièrement gentleman… le tout bien entendu autour d’une tasse de thé, dear !

Progressia : Pourriez-vous nous décrire le processus d’élaboration de Wild Orchids ?
Steve Hackett
: Bien sûr. Vous savez, chaque disque fait figure de pari. On ne sait jamais, quand on commence à travailler sur une composition, combien de temps il va nous falloir ni quelle tournure elle va prendre, si les gens vont l’aimer, si elle va accrocher, vendre ou je-ne-sais-quoi. Quand les gens sont fans, ils sont à l’affût et de fait vous êtes exposés à une certaine forme de pression médiatique. Et dès les premières séances d’écriture, par je ne sais quel moyen, il se produit une sorte d’alchimie entre un son et une technique d’enregistrement ou de production…

Je me permets une parenthèse car l’idée que vous soulevez ici est très intéressante. Un membre de notre forum souhaite savoir, à ce sujet précisément, si vous utilisez les nouvelles techniques d’enregistrement comme la MAO ou si, à l’inverse, vous êtes resté fidèle à la «vieille école » ?
Oui je m’intéresse effectivement aux technologies nouvelles, notamment à cause de cette facilité de pouvoir corriger, compresser et enrichir dans un certain sens la musique. Pouvoir garder ou effacer ce que l’on veut sur le moment sans avoir à trier des tonnes de bandes et de fait être perdu entre des centaines de prises. Je dirais qu’aujourd’hui, les possibilités offertes par les différentes techniques d’enregistrement sont telles qu’on pourrait presque les comparer à des œuvres d’architecture moderne. Je me permets de refermer cette parenthèse pour mieux revenir à votre question de départ et ne pas dévier du sujet. Concernant l’écriture et l’élaboration, je dirais que n’importe quelle situation est bonne et stimulante pour aider la composition, que ce soit faire une randonnée à vélo, se baigner dans un lac, une rivière ou aller du nord jusqu’au sud de l’Angleterre, tout est bon et si ça peut aider, je suis preneur. Mais je pense sans vouloir me vanter avoir tout essayé pour cela et je pense que la meilleure manière d’avoir des idées est de posséder un carnet de notes sur sa table chevet près du lit. Ainsi, de très bonnes idées me sont venues en plein milieu de la nuit. Si je n’ai pas de carnet ? Qu’à cela ne tienne, je prends un dictaphone. Je dirais donc que la marque de fabrique de Steve Hackett est constituée de plusieurs méthodes, le meilleur des deux mondes en somme ! J’utilise les ordinateurs pour créer des éléments qui feront par la suite partie de morceaux. Sur To Watch The Storms, il y a par exemple cette intro enregistrée avec un jouet : seule, elle n’a aucun sens. Mais elle prend toute sa dimension dans le portrait final. Ainsi, petit à petit, le portrait prend forme grâce à tous ces petits rajouts. Que serions-nous et surtout, que ferions-nous aujourd’hui sans la pédale de distorsion ? Sans dénigrer ce qui se fait aujourd’hui, qu’utiliserions-nous sans les amplis à lampes créés par Jim Marshall ? Ces inventeurs font partie de l’Histoire de la musique. Aujourd’hui, pour beaucoup, la musique se fait avec des logiciels, on parle de mises à jour, de cartes son. Ce n’est pas aussi intéressant qu’à l’époque où « il te fallait faire l’amour pour concevoir l’enfant. » Cela ressemble plus à de la fécondation in vitro qu’à autre chose. Il n’y a plus cette interaction. De nos jours, le producteur est un type qui appuie sur le bouton « enregistrer ».

Quels ont été, à ce jour, les retours concernant ce nouvel album ?
J’ai parlé à peu de journalistes encore (NdDan : interview réalisée le 5 septembre dernier) donc il est donc trop tôt pour prétendre dire que l’album marche bien. Pour l’instant, peu de personnes peuvent se faire une opinion à moins d’avoir transgressé les règles de la sortie d’un disque (NDDan : belle allusion ici au téléchargement). Néanmoins, j’ai le sentiment fort que ce disque va trouver un public ouvert et réceptif. Je sens un buzz autour de lui, de la même manière que je sentais un buzz autour de Selling England By The Pound il y a de nombreuses années, ou plus récemment autour de Mornings. J’ai peut-être tort, mais j’aime penser qu’il va frapper un grand coup. Soyons honnêtes : je n’ai pas le soutien d’une grosse structure donc je ne dispose pas d’une grosse promotion. Pire, je ne fais pas de vidéos réalisées par Martin Scorsese. Je fais de la musique disponible dans les bons endroits, mais le fait est que les magasins de musique privilégient aujourd’hui plus les DVD que les disques et tous les artistes en souffrent. De ce fait, nous faisons une grosse partie de nos affaires en ligne via le Net en vendant directement aux clients. La vente en ligne marche fort, ne le nions pas ! Mais en ce qui me concerne, il n’y a rien de plus sympa que d’aller dans un magasin de disques et de fouiller dans les bacs. Mais il est affligeant de constater que de très bons disques n’arrivent pas à se faire une place dans lesdits bacs. Je ne me plains pas là de ma situation, mais je pense à des compositeurs comme Ernesto Ginastera dont je recommande vivement commence avec sa sortie. J’ai maintenant hâte de le faire découvrir en concert.
Stan-W : Question délicate. Je pense que nous avons besoin de recul pour digérer tout ça. Nous sommes fiers du résultat de notre travail, de notre acharnement pour l’instant.
Nach : Il n’y aurait qu’à coups de baguette magique qu’on pourrait refaire des choses. Moi je commencerais par introduire plus de goût pour le metal dans la tête des Français. L’ensemble du circuit se porterait mieux et fort de tout ça, on aurait sans doute pu s’offrir davantage de jours de studio et corriger des « scories ».Heureusement que les prises de batterie n’ont été faites qu’en une fois car ça nous a permis d’économiser du temps. Mais bon, même sans baguette magique, on s’efforce de faire de mieux en mieux avec l’appui d’Alain (Ricard, de Brennus) et de l’underground du metal dont vous faites partie. Merci Progressia !

Quel est l’avenir d’Awacks maintenant que l’album est sorti?
Crock : Le planning des concerts va se mettre en place. Pour le moment, nous n’avons pas planifié de véritable tournée, mais nous serions ravi de pouvoir en faire une très prochainement… Et bien sûr, nous commençons déjà en parallèle à travailler sur le quatrième album ; en tout cas nous ferons tout pour poursuivre l’aventure.
Stan-W : Le quatrième album est déjà en chantier et quelques bases de morceaux sont composées sans savoir encore si le style évoluera vers de nouveaux horizons musicaux, ce qui était jusqu’à lors une constante des albums du groupe.

Un dernier mot pour les lecteurs de Progressia ?
Crock : Merci d’abord à toute l’équipe de Progressia, pour le travail que vous faites, et un petit mot aux lecteurs : j’espère que notre nouvel album vous séduira, et vous permettra de découvrir notre univers musical. N’hésitez pas à nous faire part de vos critiques tant positives que négatives. A bientôt en concert j’espère ! Je souhaite aussi souligner que sans le public, un groupe ne peut pas exister, alors à ce titre, je remercie tout ceux qui permettent à notre musique de vivre dans un pays qui ne nous offre pourtant pas les conditions idéales pour son développement…
Nach : Moi j’aimerais répéter que le metal est vraiment un genre populaire qui réunit tout un tas de gens différents tous passionnés, c’est sûr. J’aimerais donc remercier pour leur curiosité tous ceux-là, et bien sûr encore davantage ceux qui prendront le soin de jeter une oreille à The Third Way . Merci aussi aux acteurs de cette scène underground qui rendent la musique vivante et libre du carcan dans laquelle on essaye de l’enfermer.
Stan-W : La musique est une invitation au voyage et le progressif est le moyen de transport le plus approprié pour faire le tour du monde. C’est comme ceci que je conçois ce style.

Propos recueillis par Julien Damotte

site web : http://www.awacks.com

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