{"id":8281,"date":"2019-12-03T00:00:00","date_gmt":"2019-12-02T23:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/chromatique.net\/index.php\/2020\/04\/01\/8281"},"modified":"2020-10-14T21:07:24","modified_gmt":"2020-10-14T19:07:24","slug":"8281","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/2019\/12\/03\/8281\/","title":{"rendered":"King Crimson &#8211; Lizard"},"content":{"rendered":"\n<p>Comment envisager sereinement la suite d&rsquo;une carri\u00e8re quand on l&rsquo;a d\u00e9but\u00e9e par un coup de ma\u00eetre un an plus t\u00f4t, qu&rsquo;entre-temps plusieurs de ses musiciens ont d\u00e9sert\u00e9 et que la tourn\u00e9e cens\u00e9e suivre un second album ti\u00e8de est annul\u00e9e ? Le bin\u00f4me Robert Fripp-Peter Sinfield, soud\u00e9 par l&rsquo;adversit\u00e9 plut\u00f4t que par des convergences artistiques, n&rsquo;a qu&rsquo;une option s&rsquo;il ne veut pas voir la fragile entit\u00e9 King Crimson voler en \u00e9clat : composer un nouveau disque, qui ne sera ni comme <a href=\"chroniques\/item\/17223-in-the-court-of-the-crimson-king\" target=\"\u201d_blank\u201d\" rel=\"noopener noreferrer\"><em>In The Court of The Crimson King<\/em><\/a> ni comme <a href=\"chroniques\/item\/17239-in-the-wake-of-poseidon\" target=\"\u201d_blank\u201d\" rel=\"noopener noreferrer\"><em>In The Wake of Poseidon<\/em><\/a>. <br \/><br \/> Et en effet, <em>Lizard<\/em> s&rsquo;\u00e9loigne consid\u00e9rablement des deux albums pr\u00e9c\u00e9dents, par la volont\u00e9 de s&rsquo;affranchir encore plus compl\u00e8tement des fronti\u00e8res entre les chapelles musicales que cela n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 fait jusque l\u00e0. La rupture est graphique, pour commencer : le nom du groupe s&rsquo;affiche en grand sur la pochette, sous forme de lettres enlumin\u00e9es fa\u00e7on \u00ab\u00a0Moyen-\u00e2ge\u00a0\u00bb apportant une aide \u00e0 la compr\u00e9hension des textes pas toujours limpides de Sinfield. Pour autant, ce n&rsquo;est pas la surprise d&#8217;embl\u00e9e car \u00ab\u00a0Cirkus\u00a0\u00bb, d\u00e9non\u00e7ant les travers de la soci\u00e9t\u00e9 du spectacle, ne joue pas le d\u00e9paysement. Ce titre d&rsquo;ouverture repr\u00e9sente une certaine id\u00e9e de King Crimson, celle d&rsquo;<em>In The Court&#8230;<\/em> dans son \u00e9quilibre parfait entre exp\u00e9rimentations et accessibilit\u00e9. Si Gordon Haskell, d\u00e9j\u00e0 entendu sur le pr\u00e9c\u00e9dent album (\u00ab\u00a0Cadence And Cascade\u00a0\u00bb) n&rsquo;est pas Greg Lake, loin s&rsquo;en faut, il remplit son r\u00f4le (de bassiste chanteur) avec conviction et suffisamment d&#8217;emphase, tout comme Andy McCulloch, qui fait peu ou prou du Michael Giles. Les multiples couches des parties instrumentales sont un r\u00e9gal o\u00f9 s&rsquo;ins\u00e8rent tour \u00e0 tour diff\u00e9rents claviers (plus vari\u00e9s qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;accoutum\u00e9e), une guitare acoustique, une guitare \u00e9lectrique (Fripp s&rsquo;en donne \u00e0 c\u0153ur joie) et le saxophone de Mel Collins.<br \/><br \/> Plus l\u00e9ger, \u00ab\u00a0Indoor Games\u00a0\u00bb repr\u00e9sente le versant pop du groupe, bien que ce terme, appliqu\u00e9 \u00e0 King Crimson, ne rev\u00eat pas le sens qu&rsquo;on lui attribue habituellement ; on peut s&rsquo;en apercevoir sur la section centrale, qui laisse libre cours \u00e0 quelques  improvisations. Dans le m\u00eame esprit, \u00ab\u00a0Happy Family\u00a0\u00bb  &#8211; allusion \u00e0 la s\u00e9paration r\u00e9cente des Beatles qu&rsquo;on retrouve  sur la pochette dans le \u00ab\u00a0i\u00a0\u00bb de Crimson &#8211;  dispose d&rsquo;une structure assez similaire ; l&rsquo;utilisation d&rsquo;effets vocaux, et l\u00e0 encore d&rsquo;une certaine dose d&rsquo;improvisation lorsque tout ce beau monde se met \u00e0 jouer dans son coin, laisse l&rsquo;impression d&rsquo;une cacophonie savamment organis\u00e9e o\u00f9 tout le monde retombe finalement sur ses pieds. Deux exercices de style, donc, loin d&rsquo;\u00eatre inint\u00e9ressants mais tellement en-de\u00e7\u00e0 des ambitions que peut d\u00e9cemment avoir une telle formation. La premi\u00e8re face s\u2019ach\u00e8ve sur une note bucolique, \u00e0 la Genesis, avec le tr\u00e8s d\u00e9licat \u00ab\u00a0Lady of The Dancing Water\u00a0\u00bb qui confirme que ce style de chansons n&rsquo;est pas le domaine de pr\u00e9dilection de Gordon Haskell.<br \/><br \/> Est-ce pour donner plus de contenance aux parties chant\u00e9es que Jon Anderson a \u00e9t\u00e9 engag\u00e9 sur \u00ab\u00a0Lizard\u00a0\u00bb, mastodonte de plus de vingt-trois minutes qui occupe toute la seconde face ? Quoi qu&rsquo;il en soit, l&rsquo;ouverture interpr\u00e9t\u00e9e par le vocaliste de Yes est majestueuse et suit une progression m\u00e9lodique imparable cal\u00e9e sur un bol\u00e9ro. L&rsquo;arriv\u00e9e d&rsquo;instruments classiques et du piano de Keith Tipett se fait de la mani\u00e8re la plus naturelle qui soit (peut-\u00eatre gr\u00e2ce aux accointances que poss\u00e8de le prog avec la musique classique?), contrairement \u00e0 la partie jazz qui suit, amen\u00e9e de fa\u00e7on quelque peu artificielle par le trombone et un piano qui change son fusil d&rsquo;\u00e9paule. Mais soit, on se laisse facilement convaincre par ce collage jusqu&rsquo;au <em>climax<\/em> de mi-parcours. Pass\u00e9e son introduction, la deuxi\u00e8me moiti\u00e9 retombe assez largement dans l&rsquo;exercice de style o\u00f9 de savantes broderies instrumentales enrobent des th\u00e8mes r\u00e9p\u00e9titifs, o\u00f9 de semi-improvisations c\u00f4toient des passages d\u00e9pouill\u00e9s voire atmosph\u00e9riques, o\u00f9 on s&rsquo;essaie \u00e0 diverses exp\u00e9rimentations sonores. Rien de neuf sous le soleil, donc, ici, malgr\u00e9 une ex\u00e9cution talentueuse.<br \/> Fripp et Sinfield ont sans doute \u00e9t\u00e9 un poil trop ambitieux dans leur d\u00e9sir de m\u00ealer rock, jazz et classique, de produire le titre \u00ab\u00a0ultime\u00a0\u00bb. Malgr\u00e9 des efforts certains pour y parvenir, on reste sur notre faim ; \u00ab\u00a0Lizard\u00a0\u00bb ressemble par moments \u00e0 ce que le prog est destin\u00e9 \u00e0 devenir quelques ann\u00e9es plus tard : un genre enfonc\u00e9 dans un pompi\u00e9risme un peu vain. Il est vrai qu&rsquo;en mati\u00e8re de clich\u00e9 du prog rock, cette \u00ab\u00a0suite conceptuelle\u00a0\u00bb ne parvient que tr\u00e8s ponctuellement \u00e0 se hisser \u00e0 la hauteur de r\u00e9ussites compl\u00e8tes \u00e0 venir chez la concurrence : \u00ab\u00a0Close To The Edge\u00a0\u00bb de Yes, le \u00ab\u00a0Supper&rsquo;s Ready\u00a0\u00bb de Genesis , ou m\u00eame \u00ab\u00a0Tarkus\u00a0\u00bb d&rsquo;ELP. <br \/><br \/> <em>Lizard<\/em>, \u00e0 l&rsquo;image de son morceau-titre, est un album d\u00e9cousu, alternant le faste et l&rsquo;ordinaire. A sa sortie, l&rsquo;accueil est mitig\u00e9 et Fripp n&rsquo;a alors d&rsquo;autre choix que de redresser rapidement la barre, ce qu&rsquo;il fera avec <em>Islands<\/em>. Dans la mauvaise foi qui le caract\u00e9rise parfois, il reniera r\u00e9guli\u00e8rement son \u0153uvre,  m\u00eame si, plus ou moins contraint et forc\u00e9 suite au remixage r\u00e9alis\u00e9 par Steven Wilson, il lui reconna\u00eetra finalement des qualit\u00e9s.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Comment envisager sereinement la suite d&rsquo;une carri\u00e8re quand on l&rsquo;a d\u00e9but\u00e9e par un coup de&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":14,"featured_media":8282,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[2],"tags":[85,33,163],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8281"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/14"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=8281"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8281\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":23121,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8281\/revisions\/23121"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/8282"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=8281"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=8281"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=8281"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}