{"id":8263,"date":"2019-10-28T00:00:00","date_gmt":"2019-10-27T23:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/chromatique.net\/index.php\/2020\/04\/01\/8263"},"modified":"2019-10-28T00:00:00","modified_gmt":"2019-10-27T22:00:00","slug":"8263","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/2019\/10\/28\/8263\/","title":{"rendered":"King Crimson &#8211; In the Wake of Poseidon"},"content":{"rendered":"\n<p>Quelques mois seulement apr\u00e8s avoir explos\u00e9 le paysage musical de la fin des ann\u00e9es 60 avec <em><a href=\"chroniques\/item\/17223-in-the-court-of-the-crimson-king\" target=\"\u201d_blank\u201d\">In the Court of the Crimson King<\/a><\/em>, les prodiges britanniques sont d\u00e9j\u00e0 en pleine crise: les tensions s\u2019accumulent entre Ian McDonald et Michael Giles d\u2019une part, tenants d\u2019une ligne plus romantique dans la lign\u00e9e de \u00ab\u00a0The Court of the Crimson King\u00a0\u00bb et Robert Fripp souhaitant d\u00e9velopper le c\u00f4t\u00e9 schizoid et exp\u00e9rimental. Le guitariste propose d\u2019abord de quitter le groupe pour sauver ce qu\u2019il en reste mais c\u2019est bien Giles et McDonald qui s\u2019en iront. Quant \u00e0 Greg Lake, il pr\u00e9f\u00e8re lui aussi quitter le groupe en bon termes et en profitera pour former Emerson, Lake et Palmer. Robert Fripp et Peter Seinfeld auront donc la t\u00e2che de former un nouveau groupe dans l\u2019urgence. Greg Lake (chant), Michael Giles (batterie) et Peter Giles (bass) accepteront de pr\u00eater main forte sur les sessions d\u2019enregistrement du futur album. Mel Collins (saxophone et fl\u00fbte), Godron Askell (chant sur \u00ab\u00a0Cadence and Cascade\u00a0\u00bb) et Keith Tippett (piano) sont quant \u00e0 eux choisis pour incarner la future entit\u00e9 de King Crimson. Dans ce chaos de l\u2019interr\u00e8gne, sort <em>In the Wake of Poseidon<\/em>. Souvent mal aim\u00e9, consid\u00e9r\u00e9 comme une resuc\u00e9e de son pr\u00e9d\u00e9cesseur, cet album n\u2019a malheureusement jamais \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 son statut du disque venu apr\u00e8s le chef d\u2019oeuvre de 1969. Pourtant, il suffit d\u2019y pr\u00eater une plus grande attention pour constater qu\u2019il est bien plus qu\u2019une simple redite.<br \/><br \/> C\u2019est en effet sur <em>In the Wake of Poseidon<\/em> que King Crimson devient r\u00e9ellement le vaisseau de Fripp. Bien plus pr\u00e9sent que sur <em>In the Court of the Crimson King<\/em>, il va laisser \u00e9clater son jeu lancinant si particulier, \u00e0 commencer par le solo de \u00ab\u00a0Pictures of a City\u00a0\u00bb (dont la structure est assur\u00e9ment un plagiat de \u00ab\u00a021st Century Schizoid Man\u00a0\u00bb, mais la similitude s\u2019arr\u00eate l\u00e0). Le guitariste a l\u2019occasion de d\u00e9velopper aussi son registre sur le superbe morceau \u00e9ponyme avec ses parties m\u00e9lodiques \u00e0 la guitare acoustique particuli\u00e8rement m\u00e9morables (quelque chose que l\u2019on retrouvera sur \u00ab\u00a0Cirkus\u00a0\u00bb par exemple). La m\u00e9lancolie toute en subtilit\u00e9 du morceau se rapproche d\u2019ailleurs plus d\u2019\u00ab\u00a0Islands\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0The Night Watch\u00a0\u00bb ou de la premi\u00e8re partie de \u00ab\u00a0Starless\u00a0\u00bb que du pathos d\u2019\u00ab\u00a0Epitaph\u00a0\u00bb. Si on ajoute \u00e0 cela ses interventions destructur\u00e9es sur \u00ab\u00a0Cat Food\u00a0\u00bb, on peut dire que c\u2019est bien sur ce disque que Robert Fripp affirme l\u2019\u00e9tendu de son talent pour la premi\u00e8re fois.<br \/><br \/> Le disque est aussi marqu\u00e9 par une direction bien plus orient\u00e9e jazz vers laquelle les Anglais se dirigeront jusqu\u2019\u00e0 <em>Islands<\/em>. \u00ab\u00a0Pictures of a City\u00a0\u00bb en est un parfait exemple, mais c\u2019est surtout l\u2019arriv\u00e9e de Tippett au piano qui est l\u2019\u00e9l\u00e9ment d\u00e9cisif de ce changement que ce soit avec ses parties a\u00e9riennes sur \u00ab\u00a0Cadence and Cascade\u00a0\u00bb ou sa performance <em>free<\/em> sur le d\u00e9jant\u00e9 \u00ab\u00a0Cat Food\u00a0\u00bb.<br \/><br \/> Si <em>In the Court of the Crimson King<\/em> avait propuls\u00e9 le Mellotron comme l\u2019instrument phare du genre progressif, il est utilis\u00e9 avec \u00e0 la fois plus de parcimonie et de versatilit\u00e9 sur <em>In the Wake of Poseidon<\/em>. On passe de la m\u00e9lancolie (quelle introduction sublime sur le morceau titre !) \u00e0 la fureur totale (\u00ab\u00a0The Devil\u2019s Triangle\u00a0\u00bb). Cette r\u00e9interpr\u00e9tation de \u00ab\u00a0Mars\u00a0\u00bb de Gustav Holst reste d\u2019ailleurs l\u2019un des moments les plus oppressants et chaotiques de toute l\u2019oeuvre de King Crimson. Tous ces \u00e9l\u00e9ments mis ensemble dans ce contexte de transition font de l\u2019album un ensemble \u00e9videmment d\u00e9cousu (\u00e0 la personnalit\u00e9 \u00e9clat\u00e9e, comme le montre sa pochette) que les jolies virgules m\u00e9lodiques \u00ab\u00a0Peace &#8211; A Beginning\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Peace &#8211; A Theme\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Peace &#8211; An End\u00a0\u00bb tentent d\u2019unifier.<br \/><br \/> Naturellement, cet album n\u2019a jamais eu l\u2019impact de son pr\u00e9d\u00e9cesseur sur le milieu musical mais cela ne signifie pas qu\u2019il est moins bon, bien au contraire. <em>In the Wake of Poseidon<\/em> est effectivement \u00e0 la fois mieux produit et plus \u00e9labor\u00e9 qu\u2019 <em>In the Court of the Crimson King<\/em>. Son exploration tous azimuts du jazz, des exp\u00e9rimentations en tout genre et d\u2019une certaine m\u00e9lancolie coupl\u00e9e \u00e0 une subtilit\u00e9 dans les arrangements marquent une nouvelle voie pour les Britanniques. Avec Fripp \u00e0 la barre pour la premi\u00e8re fois, il est le disque sur lequel King Crimson d\u00e9veloppe pour de bon l\u2019identit\u00e9 musicale qui restera la sienne jusqu\u2019\u00e0 aujourd\u2019hui.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Quelques mois seulement apr\u00e8s avoir explos\u00e9 le paysage musical de la fin des ann\u00e9es 60&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":46,"featured_media":8264,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[2],"tags":[38,24],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8263"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/46"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=8263"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8263\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/8264"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=8263"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=8263"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=8263"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}