{"id":82586,"date":"2022-11-15T18:59:04","date_gmt":"2022-11-15T17:59:04","guid":{"rendered":"https:\/\/www.chromatique.net\/?p=82586"},"modified":"2022-11-15T18:59:07","modified_gmt":"2022-11-15T17:59:07","slug":"porcupine-tree-le-trait-dunion","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/2022\/11\/15\/porcupine-tree-le-trait-dunion\/","title":{"rendered":"Porcupine Tree &#8211; Le trait d&rsquo;union"},"content":{"rendered":"\n<p>Pr\u00e8s de douze ans d&rsquo;absence. Loin des regards, loin de la sc\u00e8ne, mais pas loin du coeur car Porcupine Tree a su garder sa place de choix aupr\u00e8s de ses fans et sans doute d&rsquo;une communaut\u00e9 plus large gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;amplitude de la carri\u00e8re solo de son principal instigateur. Car Porcupine Tree est prot\u00e9iforme par essence : d&rsquo;abord projet solo\/duo potache de fin d&rsquo;\u00e9cole, puis <em>band<\/em> \u00e0 part enti\u00e8re, et enfin reconstitution partielle mais tout de m\u00eame forte autour du leader d\u00e9sormais incontest\u00e9. Difficile de passer sous silence (dans tous les sens du terme) l&rsquo;absence de Colin Edwin, disparu des radars, de la promo et de la compo, mais dont l&rsquo;assise droite et groove \u00e0 la fois r\u00e9sonne encore dans tout le corps. Nate Navarro qui officie sur sc\u00e8ne fera tous ses efforts et substitue le dynamisme \u00e0 la nonchalance de son pr\u00e9d\u00e9cesseur, mais le groupe ayant atteint une alchimie particuli\u00e8re en quatuor, sa disparition n&rsquo;est pas neutre.<\/p>\n\n\n\n<p>G\u00e9n\u00e9reux et ne partageant l&rsquo;affiche qu&rsquo;avec eux-m\u00eames pour notre plus grand bonheur, les Anglais nous offriront ce soir l\u00e0 pr\u00e8s de trois heures de show, divis\u00e9es en deux parties avec un entracte en son coeur pour reprendre ses forces (ou une bi\u00e8re, selon). Le d\u00e9marrage est certes amoindri par les r\u00e9glages d&rsquo;ing\u00e9nierie sonore sur le mordant \u00ab\u00a0Blackest Eyes\u00a0\u00bb, mais rapidement la vitesse de croisi\u00e8re s&rsquo;installe sur les titres du r\u00e9cent <em><a href=\"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/2022\/06\/21\/porcupine-tree-closure-continuation\/\">Closure\/Continuation<\/a><\/em>. Une partie du public encore assez \u00e9tranger aux nouvelles compositions du groupe s&rsquo;enthousiasme rapidement pour \u00ab\u00a0Harridan\u00a0\u00bb, petit manuel de Porcupine Tree illustr\u00e9 qui passe par toutes les ambiances, m\u00ealant m\u00e9tal, tribal, pop, psych\u00e9. C&rsquo;est \u00e0 ce moment que Richard Barbieri commence \u00e0 montrer son talent de designer sonore, installant des nappes dont le versant \u00e9lectronique fait parfois penser \u00e0 Tangerine Dream. Encha\u00eenant sur le faussement pop \u00ab\u00a0Of the new day\u00a0\u00bb, Porcupine Tree prouve que les compositions studio trouvent une nouvelle saveur sur sc\u00e8ne. Il faut dire que Steven Wilson aura depuis plus de vingt ans travaill\u00e9 son assurance sur sc\u00e8ne, en tant que chanteur et performeur. Peut-on m\u00eame comparer le jeune intello timor\u00e9 des d\u00e9buts, presque cach\u00e9 derri\u00e8re sa guitare et ses cheveux, \u00e0 l&rsquo;ic\u00f4ne progressive d&rsquo;aujourd&rsquo;hui, dop\u00e9e par ses escapades solo, depuis devenues la norme. La voix plus assum\u00e9e et plus en force se passe majoritairement d&rsquo;effets (et de falsettos !) et offre un c\u00f4t\u00e9 brut et rock, les fac\u00e9ties atmosph\u00e9riques \u00e9tant r\u00e9serv\u00e9es \u00e0 Randy McStine et ses choeurs particuli\u00e8rement r\u00e9ussis, que ce soit pour doubler ou en \u00e9cho du ma\u00eetre de c\u00e9r\u00e9monie. \u00ab\u00a0Of the new day\u00a0\u00bb, ce sont aussi des riffs qui frisent avec le rock alternatif et d\u00e9ploient toute leur force avec des effets visuels hypnotiques en fond de sc\u00e8ne. <\/p>\n\n\n\n<p>On termine la (re)d\u00e9couverte du dernier album avec \u00ab\u00a0Rats Return\u00a0\u00bb, fan service plus assum\u00e9 aux amateurs de mesures compos\u00e9es. Plus assis et peut-\u00eatre un peu moins percutant que sa version sillon, le morceau a aussi le m\u00e9rite de valoriser la rythmique Gavin Harrison \/ Nate Navarro qui fonctionne plut\u00f4t tr\u00e8s bien. On embarque ensuite dans la machine \u00e0 remonter le temps avec le floydien \u00ab\u00a0Even Less\u00a0\u00bb (dans sa version un peu \u00e9court\u00e9e). Majestueuse comme \u00e0 son habitude, cette interpr\u00e9tation fait honneur aux pr\u00e9c\u00e9dentes et installe ais\u00e9ment le groupe une fois de plus dans le panth\u00e9on des musiques progressives et exp\u00e9rimentales. L&rsquo;inalt\u00e9rable \u00ab\u00a0The Sound of Musak\u00a0\u00bb enfonce le clou et le set soulignera d&rsquo;ailleurs l&rsquo;importance de la pierre angulaire que repr\u00e9sente<em> <a href=\"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/2002\/12\/11\/2467\/\">In Absentia<\/a><\/em> et ses sonorit\u00e9s plus m\u00e9tal. La majorit\u00e9 de la set list se concentre en effet sur cet album et le dernier en date, jou\u00e9 dans son int\u00e9gralit\u00e9. Pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 d&rsquo;une brit joke (et aussi vrai regard de Wilson) sur l&rsquo;\u00e9volution de la musique et sa banalisation dans l&rsquo;environnement humain, ce titre phare de la carri\u00e8re du groupe emporte l&rsquo;adh\u00e9sion d&rsquo;une salle qui commence \u00e0 r\u00e9ellement communier et sait parfaitement pourquoi elle est l\u00e0. Encore un cran plus pop (on est chez Radiohead premi\u00e8re p\u00e9riode si l&rsquo;on veut), \u00ab\u00a0Drown with me\u00a0\u00bb, morceau hyper r\u00e9ussi et m\u00e9lodique du back catalogue du groupe s&rsquo;offre une nouvelle jeunesse et fait balancer les t\u00eates et les coeurs. En regard, le r\u00e9cent \u00ab\u00a0Dignity\u00a0\u00bb s&rsquo;impose en miroir et affirme son statut de nouveau classique acoustique, dans la veine de Blackfield, le final incisif et cosmique en plus.<\/p>\n\n\n\n<p>Exit la pop et bienvenue dans l&rsquo;univers atmosph\u00e9rique. Car c&rsquo;est aussi cela la force de ce groupe unique : trouver une coh\u00e9rence (un album de Steven Wilson n&rsquo;est pas un album de PT qui a des marqueurs sp\u00e9cifiques) tout en offrant une gourmandise de styles ou d&rsquo;asp\u00e9rit\u00e9s. On se laisse ainsi porter par le trop rare \u00ab\u00a0Last chance to evacuate planet earth before it&rsquo;s recycled\u00a0\u00bb. Comme le souligne Steven \u00e0 un moment du concert, c&rsquo;est aux T-shirts des fans que l&rsquo;on reconna\u00eet l&rsquo;hagiographie d&rsquo;un groupe. Et ce soir-l\u00e0 on pouvait trouver effectivement aussi bien Bauhaus que Dream Theater. Ces plages plus a\u00e9riennes permettent de r\u00e9veiller les claviers de Monsieur Barbieri qui s&rsquo;en donne \u00e0 coeur joie (enfin&#8230; toujours tout en flegme). Le final du premier set prolonge le voyage cosmique avec \u00ab\u00a0Chimera&rsquo;s wreck\u00a0\u00bb, extrait du dernier album. Dix minutes planantes \u00e0 souhait et finalement hommage au pass\u00e9 plus \u00e9th\u00e9r\u00e9 du groupe, quand les mid tempo faisaient loi. Randy Mc Stine se montre encore solide \u00e0 la fois dans les choeurs mais aussi dans les soli. Avec son mantra \u00ab\u00a0I&rsquo;m afraid to be happy and I \/ Couldn&rsquo;t care less if I was to die\u00a0\u00bb, le morceau fleuve distille parfaitement son ambiance avec un lightshow d\u00e9mentiel. Il faut souligner d&rsquo;ailleurs cet aspect de la tourn\u00e9e qui se focalise plus sur des effets hypnotiques ou enveloppants de lumi\u00e8re (selon les ambiances) que sur des accompagnements visuels vid\u00e9o, comme ce fut le cas par le pass\u00e9, et encore chez les ma\u00eetres du genre comme Tool. Cette sobri\u00e9t\u00e9 permet de se concentrer sur le propos musical, et le pari esth\u00e9tique est r\u00e9ussi.<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est d\u00e9j\u00e0 la fin d&rsquo;un premier set tellement dense que l&rsquo;on comprend la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;un entracte (qu&rsquo;il soit psychique ou technique). Vingt petites minutes plus tard, c&rsquo;est parti pour l&rsquo;acte II qui, comme un miroir du premier set, d\u00e9marre par un titre d&rsquo;ouverture qui met tout le monde au garde \u00e0 vous  : \u00ab\u00a0Fear of a blank planet\u00a0\u00bb et sa syntaxe d\u00e9pressive qui n&rsquo;offre que peu d&rsquo;espoir aux g\u00e9n\u00e9rations futures, \u00e0 part des pilules pour faire passer la pilule. Un peu moins sauvage et r\u00e9ussi que les versions au moment de la promotion de l&rsquo;album, le titre reste n\u00e9anmoins tr\u00e8s plaisant et affirme l&rsquo;aspect m\u00e9tal progressif du groupe. Petite pause acoustique avec l&rsquo;\u00e9tonnant et rare \u00ab\u00a0Buying new soul\u00a0\u00bb (o\u00f9 l&rsquo;on per\u00e7oit les liens non explicites entre Porcupine Tree et Pinapple Thief o\u00f9 officie d\u00e9sormais Gavin Harrison). Comme sur \u00ab\u00a0Last Chance\u00a0\u00bb, Steven Wilson prend plaisir \u00e0 reprendre les claviers qu&rsquo;il snobait un peu plus sur ses pr\u00e9sences soniques solo. P\u00e9pite m\u00e9connue du catalogue, le titre en sacrifie forc\u00e9ment d&rsquo;autres qui auraient pu \u00eatre retenus, mais prend tout son sens et son envol en provoquant l&rsquo;encha\u00eenement vers l&rsquo;\u00e9lectro psych\u00e9 \u00ab\u00a0Walk the plank\u00a0\u00bb. On bascule plus chez Depeche Mode \u00e0 ce moment l\u00e0 et le son rappelle aussi <em><a href=\"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/2021\/01\/06\/steven-wilson-the-future-bites\/\">The Future bites<\/a><\/em>, dernier effort solo in\u00e9gal de Steven Wilson. Richard et Steven peuvent continuer de dialoguer et la basse de Nate Navarro se fait plus pertinente. V\u00e9ritable d\u00e9dale soundscape, le morceau est presque \u00e9tonnant pour Porcupine Tree, mais pas tant que cela lorsque l&rsquo;on repense \u00e0 l&rsquo;odyss\u00e9e Voyage 34. Le groupe aurait pu retenir \u00ab\u00a0Lazarus\u00a0\u00bb mais c&rsquo;est \u00ab\u00a0Sentimental\u00a0\u00bb qui officie comme ballade m\u00e9lancolique et stellaire. Steven, seul en sc\u00e8ne avec son Mac et son piano, est presque une photographie du jeune adolescent qu&rsquo;il devait \u00eatre, la t\u00eate remplie de m\u00e9lodies qu&rsquo;il a pu exprimer sous des formes si multiples. Changement de ton radical avec la meute de \u00ab\u00a0Herd Culling\u00a0\u00bb, brillant morceau de <em>Closure\/Continuation<\/em>, dont l&rsquo;aspect incisif est renforc\u00e9 par un petit film d&rsquo;animation en vision subjective. Un riff comme un \u00e9cho vingt ans apr\u00e8s \u00ab\u00a0The Sound of Musak\u00a0\u00bb mais aussi proche de certains traits tr\u00e8s metal de <em><a href=\"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/2009\/10\/02\/3603\/\">The Incident<\/a><\/em> (totalement absent des deux sets !) avec son criant \u00ab\u00a0Liar\u00a0\u00bb. <\/p>\n\n\n\n<p>Vous en voulez encore ? C&rsquo;est parti pour dix-huit minutes du chef d&rsquo;oeuvre \u00ab\u00a0Anesthetize\u00a0\u00bb et son passage hyper m\u00e9tal en milieu de parcours, comme le souligne Steven Wilson avant d&rsquo;attaquer cet Everest musical. Mon voisin se navre un peu que ce ne soit pas \u00ab\u00a0Arriving somewhere\u00a0\u00bb qui ait occup\u00e9 cette place mais, entre les deux, c&rsquo;est un peu le choix de Sophie. Et il faut bien dire que personne n&rsquo;a boud\u00e9 son plaisir en gigotant ardemment sur la deuxi\u00e8me partie du titre, dont la puissance m\u00e9lodique pop sous des habits rock emporte toujours tout sur son passage. On poursuit le chemin balis\u00e9 avec le frontal \u00ab\u00a0Sleep Together\u00a0\u00bb, noir comme l&rsquo;encre et sa rythmique r\u00e9p\u00e9titive et hypnotique. Ici aussi on aurait pu lui substituer un titre plus fin et surprenant du catalogue mais qu&rsquo;importe. Les rappels arrivent et tout le monde est d\u00e9j\u00e0 conquis par la d\u00e9flagration sonore et visuelle qui vient de s&rsquo;abattre sur le Z\u00e9nith, et encore incertain qu&rsquo;un tel \u00e9v\u00e9nement se reproduise de sit\u00f4t. <\/p>\n\n\n\n<p>Le magnifique \u00ab\u00a0Collapse the light into earth\u00a0\u00bb avec Steven et son piano, seuls en sc\u00e8ne, nous d\u00e9montre s&rsquo;il en \u00e9tait besoin \u00e0 quel point il est un compositeur de g\u00e9nie qui pourrait tutoyer les classiques Anglais, \u00e0 commencer par les Beatles. \u00ab\u00a0Halo\u00a0\u00bb redonne un petit coup d&rsquo;\u00e9nergie et repr\u00e9sente (enfin !) un aper\u00e7u de ce fantastique album qu&rsquo;est <em><a href=\"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/2012\/01\/03\/5945\/\">Deadwing<\/a><\/em>. Metal, groove et pop dans son refrain, ce morceau n&rsquo;est pas le meilleur du groupe mais un digne repr\u00e9sentant de tout ce qu&rsquo;il sait faire. Steven y gratte avec d\u00e9sinvolture et espi\u00e8glerie. Dans une derni\u00e8re adresse \u00e0 la foule, il se d\u00e9solera mais finalement plus trop que Porcupine Tree n&rsquo;ait jamais eu de hit single, de classic track, de ceux qui de \u00ab\u00a0Eye in the sky\u00a0\u00bb d&rsquo;Alan Parsons \u00e0 \u00ab\u00a0Creep\u00a0\u00bb de Radiohead s&rsquo;immiscent dans l&rsquo;inconscient collectif. Le Daily Telegraph qualifiait il y a peu Steven d&rsquo; \u00ab\u00a0artiste le plus couronn\u00e9 de succ\u00e8s dont vous n&rsquo;avez jamais entendu parler\u00a0\u00bb. \u00ab\u00a0Trains\u00a0\u00bb, en final assez classique, permet aux fans de clapper avec entrain et de reconna\u00eetre une derni\u00e8re fois le talent ph\u00e9nom\u00e9nal d&rsquo;\u00e9criture et de jeu du groupe, qui m\u00eame s&rsquo;il devait dispara\u00eetre compl\u00e8tement (Closure, plus que Continuation) laisse derri\u00e8re lui un h\u00e9ritage hallucinant qui est inoxydable pour plusieurs vies ou r\u00e9incarnations.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" width=\"1024\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.chromatique.net\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/313403329_677517087069238_9093732404338576519_n-1024x1024.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-82677\" 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