{"id":8153,"date":"2019-03-12T00:00:00","date_gmt":"2019-03-11T23:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/chromatique.net\/index.php\/2020\/04\/01\/8153"},"modified":"2019-03-12T00:00:00","modified_gmt":"2019-03-11T22:00:00","slug":"8153","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/2019\/03\/12\/8153\/","title":{"rendered":"Peter Gabriel &#8211; Peter Gabriel (Car)"},"content":{"rendered":"\n<p>1975, la nouvelle est fracassante : Peter Gabriel vient de quitter Genesis, au sortir de la tourn\u00e9e pharaonique de <em>The Lamb Lies Down On Broadway<\/em>, tourn\u00e9e \u00e9reintante s&rsquo;il en est (plus de cent concerts)&#8230; On sait depuis les circonstances de ce d\u00e9part; tout d&rsquo;abord la sant\u00e9 extr\u00eamement pr\u00e9occupante de son tout premier b\u00e9b\u00e9, lui valant des allers et retours incessants entre la maternit\u00e9 et le lieu d&rsquo;enregistrement du dernier album, dont toutes les parties instrumentales se feront quasiment sans sa pr\u00e9sence; ensuite il y a la pression m\u00e9diatique sur son <em>leadership<\/em>, ses prestations vocales et sc\u00e9niques (costumes, maquillages, mime, d\u00e9cors et lumi\u00e8res de sc\u00e8ne accentuant son charisme), ne laissant qu&rsquo;un place secondaire au travail musical de ses partenaires; enfin une certaine rivalit\u00e9 entre ses ambitions conceptuelles et une relative dubitativit\u00e9 de la part de Tony Banks, principal compositeur, ne go\u00fbtant que tr\u00e8s moyennement l&rsquo;omnipr\u00e9sence vocale du chanteur sur leur nouveau double album. Rien ne sera mentionn\u00e9 depuis sur le d\u00e9roul\u00e9 \u00e9motionnel de fin de tourn\u00e9e qui suivit l&rsquo;annonce de ce d\u00e9part. <br \/><br \/> Voil\u00e0 Gabriel, \u00e0 26 ans, d\u00e9sormais d\u00e9livr\u00e9 d&rsquo;un certain poids m\u00e9diatique, mais dans quelle proportions? Car il est inutile de pr\u00e9ciser qu&rsquo;il est maintenant attendu au tournant. Genesis a tr\u00e8s largement prouv\u00e9 depuis qu&rsquo;il pouvait se passer de lui, et bien avant qu&rsquo;il ne publie quoique ce soit, mais la r\u00e9ciproque est-elle vraie? Pour r\u00e9pondre \u00e0 cela, Gabriel va prendre son temps, se consacrant tout d&rsquo;abord, et c&rsquo;est bien compr\u00e9hensible, \u00e0 sa nouvelle vie de famille, fait qui contribuera \u00e0 le faire un peu oublier du public, histoire de r\u00e9appara\u00eetre neuf un temps soit peu. Et pour achever sa mue, il va choisir de s&rsquo;\u00e9loigner assez fortement de l&rsquo;univers onirique et progressif qui fit la p\u00e9riode exceptionnelle de sa premi\u00e8re carri\u00e8re. Bob Ezrin, le producteur, ayant oeuvr\u00e9 \u00e0 la fois pour Alice Cooper, Dr John et Lou Reed va lui sugg\u00e9rer leurs musiciens, donc issus de la pop et du rock. Ainsi, ses pr\u00e9occupations esth\u00e9tiques et intellectuelles abord\u00e9es dans <em>The Lamb<\/em>, \u00e0 la fois plus r\u00e9alistes et directes, vont se retrouver confirm\u00e9es dans son tout premier album. Un seul musicien cependant ne le quittera plus, ni en studio, ni sur sc\u00e8ne : le bassiste am\u00e9ricain Tony Levin, qui \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque n&rsquo;a pas encore la moustache l\u00e9gendaire qu&rsquo;on va lui conna\u00eetre, mais bien des cheveux ! Seul Robert Fripp, camarade crois\u00e9 ici et l\u00e0 notamment gr\u00e2ce \u00e0 Van Der Graaf Generator (sign\u00e9 aussi chez Charisma et ayant donc tourn\u00e9 avec Genesis), orphelin d&rsquo;un King Crimson de nouveau en sommeil, tissera le faible lien progressif qui demeure dans sa musique.<\/p>\r\n\n<p>Pour cet album, on parlera m\u00eame de minimalisme, tant plusieurs titres apparaissent d\u00e9pouill\u00e9s et ramass\u00e9s sur leur dur\u00e9e. Neuf titres en tout, pr\u00e9sentant un \u00e9ventail tr\u00e8s vari\u00e9 (dispers\u00e9 diront beaucoup), m\u00eame si assez <em>bluesy<\/em> dans l&rsquo;ensemble, entre proto-reggae (\u00ab Moribund The Burgermeister\u00a0\u00bb), folk l\u00e9ger (le <em>hit<\/em> un rien horripilant  \u00ab Solsbury Hill\u00a0\u00bb), ballade \u00e9mue et puissante (\u00ab Here Comes The Flood\u00a0\u00bb), musique <em>soul<\/em> (\u00ab Waiting For The Big One\u00a0\u00bb), titres chaloup\u00e9s, et autre jazz d\u00e9but de si\u00e8cle (\u00ab Excuse Me\u00a0\u00bb). La carte de la diversit\u00e9 est bien de mise, comme si, r\u00e9trospectivement, et de son propre aveu, le chanteur se cherchait, esp\u00e9rant que quelque chose finisse par se d\u00e9gager de tout \u00e7a. La production du disque et ses arrangements apparaissent comme un peu loup\u00e9s, ne relevant pas d&rsquo;un parti pris clair, ce qui contribuera aussi \u00e0 rendre ce d\u00e9but de carri\u00e8re solo h\u00e9sitant. Peut-\u00eatre l&rsquo;ordre d&rsquo;apparition des chansons n&rsquo;est-il pas des plus judicieux&#8230; Pourtant, la plupart des titres (tous courts) sont r\u00e9ussis, et souvent font preuve d&rsquo;un certain panache, confirmant au moins \u00e0 quel point Gabriel est un chanteur exceptionnel, au timbre de voix alliant expressivit\u00e9, \u00e9raillement et puissance, f\u00ealure et sensibilit\u00e9. La tourn\u00e9e qui s&rsquo;en suivra gagnera en \u00e9nergie, urgence et puissance, ce que le tempo de l&rsquo;album n&rsquo;arrive pas toujours \u00e0 insuffler, et dont t\u00e9moignent quelques tr\u00e8s rares enregistrements pirates. <br \/><br \/> En r\u00e9sum\u00e9, la d\u00e9couverte de ce premier effort solo n\u00e9cessite au fond d&rsquo;ignorer totalement la p\u00e9riode Genesis qui pr\u00e9c\u00e8de. Un foss\u00e9 b\u00e9ant r\u00e9side, comme pour mieux nous rappeler qu&rsquo;un artiste se doit de toujours repousser ses limites, pour mieux se r\u00e9inventer, \u00e0 l&rsquo;instar de l&rsquo;immense Bowie. Pour Gabriel, cette qu\u00eate de soi va durer encore pendant les deux albums suivant, avant de r\u00e9ellement exploser, balayant toutes les certitudes d&rsquo;une musique pop un peu \u00e0 bout de souffle, en cette toute fin des ann\u00e9es 70. <br \/><br \/> Pour l&rsquo;anecdote, la pochette, un rien cryptique et myst\u00e9rieuse (comme les deux suivantes) est sign\u00e9e Hipgnosis, qu&rsquo;on ne pr\u00e9sente plus, et le pare-brise mouill\u00e9 derri\u00e8re lequel se cache un Gabriel \u00e0 moiti\u00e9 endormi est celui de la voiture de Storm Thorgerson, photographe et co auteur du studio. Pour le visuel, Gabriel se fit fabriquer des lentilles de contact en miroir, ce qui lui donne pour l&rsquo;occasion ce regard fou et luminescent. L&rsquo;album ne sera pas un grand succ\u00e8s mais \u00ab Solsbury Hill\u00a0\u00bb sera jou\u00e9 un peu partout dans le monde, une ritournelle \u00e9voquant le besoin de s&rsquo;\u00e9manciper de son auteur. <br \/><br \/> Nous l&rsquo;aurons bien compris, son heure n&rsquo;est pas encore venue.<\/p>\n<p>1975, la nouvelle est fracassante : Peter Gabriel vient de quitter Genesis, au sortir de la tourn\u00e9e pharaonique de <em>The Lamb Lies Down On Broadway<\/em>, tourn\u00e9e \u00e9reintante s&rsquo;il en est (plus de cent concerts)&#8230; On sait depuis les circonstances de ce d\u00e9part; tout d&rsquo;abord la sant\u00e9 extr\u00eamement pr\u00e9occupante de son tout premier b\u00e9b\u00e9, lui valant des allers et retours incessants entre la maternit\u00e9 et le lieu d&rsquo;enregistrement du dernier album, dont toutes les parties instrumentales se feront quasiment sans sa pr\u00e9sence; ensuite il y a la pression m\u00e9diatique sur son <em>leadership<\/em>, ses prestations vocales et sc\u00e9niques (costumes, maquillages, mime, d\u00e9cors et lumi\u00e8res de sc\u00e8ne accentuant son charisme), ne laissant qu&rsquo;un place secondaire au travail musical de ses partenaires; enfin une certaine rivalit\u00e9 entre ses ambitions conceptuelles et une relative dubitativit\u00e9 de la part de Tony Banks, principal compositeur, ne go\u00fbtant que tr\u00e8s moyennement l&rsquo;omnipr\u00e9sence vocale du chanteur sur leur nouveau double album. Rien ne sera mentionn\u00e9 depuis sur le d\u00e9roul\u00e9 \u00e9motionnel de fin de tourn\u00e9e qui suivit l&rsquo;annonce de ce d\u00e9part. <br \/><br \/> Voil\u00e0 Gabriel, \u00e0 26 ans, d\u00e9sormais d\u00e9livr\u00e9 d&rsquo;un certain poids m\u00e9diatique, mais dans quelle proportions? Car il est inutile de pr\u00e9ciser qu&rsquo;il est maintenant attendu au tournant. Genesis a tr\u00e8s largement prouv\u00e9 depuis qu&rsquo;il pouvait se passer de lui, et bien avant qu&rsquo;il ne publie quoique ce soit, mais la r\u00e9ciproque est-elle vraie? Pour r\u00e9pondre \u00e0 cela, Gabriel va prendre son temps, se consacrant tout d&rsquo;abord, et c&rsquo;est bien compr\u00e9hensible, \u00e0 sa nouvelle vie de famille, fait qui contribuera \u00e0 le faire un peu oublier du public, histoire de r\u00e9appara\u00eetre neuf un temps soit peu. Et pour achever sa mue, il va choisir de s&rsquo;\u00e9loigner assez fortement de l&rsquo;univers onirique et progressif qui fit la p\u00e9riode exceptionnelle de sa premi\u00e8re carri\u00e8re. Bob Ezrin, le producteur, ayant oeuvr\u00e9 \u00e0 la fois pour Alice Cooper, Dr John et Lou Reed va lui sugg\u00e9rer leurs musiciens, donc issus de la pop et du rock. Ainsi, ses pr\u00e9occupations esth\u00e9tiques et intellectuelles abord\u00e9es dans <em>The Lamb<\/em>, \u00e0 la fois plus r\u00e9alistes et directes, vont se retrouver confirm\u00e9es dans son tout premier album. Un seul musicien cependant ne le quittera plus, ni en studio, ni sur sc\u00e8ne : le bassiste am\u00e9ricain Tony Levin, qui \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque n&rsquo;a pas encore la moustache l\u00e9gendaire qu&rsquo;on va lui conna\u00eetre, mais bien des cheveux ! Seul Robert Fripp, camarade crois\u00e9 ici et l\u00e0 notamment gr\u00e2ce \u00e0 Van Der Graaf Generator (sign\u00e9 aussi chez Charisma et ayant donc tourn\u00e9 avec Genesis), orphelin d&rsquo;un King Crimson de nouveau en sommeil, tissera le faible lien progressif qui demeure dans sa musique.<\/p>\r\n<!-- wp:paragraph -->\n<p>Pour cet album, on parlera m\u00eame de minimalisme, tant plusieurs titres apparaissent d\u00e9pouill\u00e9s et ramass\u00e9s sur leur dur\u00e9e. Neuf titres en tout, pr\u00e9sentant un \u00e9ventail tr\u00e8s vari\u00e9 (dispers\u00e9 diront beaucoup), m\u00eame si assez <em>bluesy<\/em> dans l&rsquo;ensemble, entre proto-reggae (\u00ab Moribund The Burgermeister\u00a0\u00bb), folk l\u00e9ger (le <em>hit<\/em> un rien horripilant  \u00ab Solsbury Hill\u00a0\u00bb), ballade \u00e9mue et puissante (\u00ab Here Comes The Flood\u00a0\u00bb), musique <em>soul<\/em> (\u00ab Waiting For The Big One\u00a0\u00bb), titres chaloup\u00e9s, et autre jazz d\u00e9but de si\u00e8cle (\u00ab Excuse Me\u00a0\u00bb). La carte de la diversit\u00e9 est bien de mise, comme si, r\u00e9trospectivement, et de son propre aveu, le chanteur se cherchait, esp\u00e9rant que quelque chose finisse par se d\u00e9gager de tout \u00e7a. La production du disque et ses arrangements apparaissent comme un peu loup\u00e9s, ne relevant pas d&rsquo;un parti pris clair, ce qui contribuera aussi \u00e0 rendre ce d\u00e9but de carri\u00e8re solo h\u00e9sitant. Peut-\u00eatre l&rsquo;ordre d&rsquo;apparition des chansons n&rsquo;est-il pas des plus judicieux&#8230; Pourtant, la plupart des titres (tous courts) sont r\u00e9ussis, et souvent font preuve d&rsquo;un certain panache, confirmant au moins \u00e0 quel point Gabriel est un chanteur exceptionnel, au timbre de voix alliant expressivit\u00e9, \u00e9raillement et puissance, f\u00ealure et sensibilit\u00e9. La tourn\u00e9e qui s&rsquo;en suivra gagnera en \u00e9nergie, urgence et puissance, ce que le tempo de l&rsquo;album n&rsquo;arrive pas toujours \u00e0 insuffler, et dont t\u00e9moignent quelques tr\u00e8s rares enregistrements pirates. <br \/><br \/> En r\u00e9sum\u00e9, la d\u00e9couverte de ce premier effort solo n\u00e9cessite au fond d&rsquo;ignorer totalement la p\u00e9riode Genesis qui pr\u00e9c\u00e8de. Un foss\u00e9 b\u00e9ant r\u00e9side, comme pour mieux nous rappeler qu&rsquo;un artiste se doit de toujours repousser ses limites, pour mieux se r\u00e9inventer, \u00e0 l&rsquo;instar de l&rsquo;immense Bowie. Pour Gabriel, cette qu\u00eate de soi va durer encore pendant les deux albums suivant, avant de r\u00e9ellement exploser, balayant toutes les certitudes d&rsquo;une musique pop un peu \u00e0 bout de souffle, en cette toute fin des ann\u00e9es 70. <br \/><br \/> Pour l&rsquo;anecdote, la pochette, un rien cryptique et myst\u00e9rieuse (comme les deux suivantes) est sign\u00e9e Hipgnosis, qu&rsquo;on ne pr\u00e9sente plus, et le pare-brise mouill\u00e9 derri\u00e8re lequel se cache un Gabriel \u00e0 moiti\u00e9 endormi est celui de la voiture de Storm Thorgerson, photographe et co auteur du studio. Pour le visuel, Gabriel se fit fabriquer des lentilles de contact en miroir, ce qui lui donne pour l&rsquo;occasion ce regard fou et luminescent. L&rsquo;album ne sera pas un grand succ\u00e8s mais \u00ab Solsbury Hill\u00a0\u00bb sera jou\u00e9 un peu partout dans le monde, une ritournelle \u00e9voquant le besoin de s&rsquo;\u00e9manciper de son auteur. <br \/><br \/> Nous l&rsquo;aurons bien compris, son heure n&rsquo;est pas encore venue.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1975, la nouvelle est fracassante : Peter Gabriel vient de quitter Genesis, au sortir de&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":51,"featured_media":8154,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[2],"tags":[25,34,23,24,148],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8153"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/51"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=8153"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8153\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/8154"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=8153"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=8153"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=8153"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}