{"id":8093,"date":"2018-12-24T00:00:00","date_gmt":"2018-12-23T23:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/chromatique.net\/index.php\/2020\/04\/01\/8093"},"modified":"2018-12-24T00:00:00","modified_gmt":"2018-12-23T22:00:00","slug":"8093","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/2018\/12\/24\/8093\/","title":{"rendered":"All Traps On Earth &#8211; A Drop Of Light"},"content":{"rendered":"\n<p>Tout le monde est pass\u00e9 \u00e0 c\u00f4t\u00e9&#8230; Comment peut-on croire \u00e0 cette nouvelle? M\u00eame le tr\u00e8s r\u00e9f\u00e9renc\u00e9 Prog Archives, v\u00e9ritable bible internationale des musiques progressives n&rsquo;a toujours pas (\u00e0 l&rsquo;heure o\u00f9 s&rsquo;\u00e9crit cette chronique du moins, car cela a \u00e9t\u00e9 fait depuis) fait mention de cette nouvelle formation, pourtant compos\u00e9e d&rsquo;une bonne moiti\u00e9 du tr\u00e8s tr\u00e8s r\u00e9v\u00e9r\u00e9 Anglagard!&#8230; Comme quoi il faut sans cesse creuser, souvent par soi-m\u00eame, et ne pas se contenter des radars principaux pour les nouvelles parutions, fanzines, blog et autres sites de rigueur compris&#8230; On sait \u00e0 quel point cette formation su\u00e9doise, \u00e0 forte tendance sombre et m\u00e9lancolique, fut en tr\u00e8s grande partie responsable du renouveau progressif des ann\u00e9es 90, renouant (enfin!) avec les sons, inspirations et niveau de jeu des ann\u00e9es 70. On sait aussi enfin la fragilit\u00e9 et la raret\u00e9 d&rsquo;Anglagard, distillant au compte-gouttes des albums tous indispensables, jusqu&rsquo;ici au nombre de trois, hors albums live (2). Celui-ci scellera-t-il d\u00e9finitivement le mythe? Il semble en tous cas annoncer que la rel\u00e8ve est prise, et de quelle mani\u00e8re!<br \/><br \/> All Traps On Earth (Tout Pi\u00e8ge Sur Terre), qu&rsquo;est-ce que c&rsquo;est? A en juger la pochette, d&rsquo;un lugubre achev\u00e9, d&rsquo;une morbidit\u00e9 franchement pesante, on imagine imm\u00e9diatement un groupe de <em>death<\/em> ou tout autre <em>hardcore grind metal<\/em> extr\u00eame&#8230; Ce qui explique peut-\u00eatre aussi pourquoi un si grand nombre d&rsquo;amateurs de rock progressif soit pass\u00e9 totalement \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de ce disque. Les codes visuels de la musique, mine de rien, sont assez rigides et d\u00e9rogent rarement aux canons de rigueur, chaque genre ou style ayant son imagerie, ses sujets, sa palette de couleurs, ses typographies etc&#8230; Pourtant, l&rsquo;effroi visuel que suscite <em>A Drop Of Light<\/em> refl\u00e8te certains moments dans l&rsquo;album, qui pourtant ne sont pas si nombreux. Un certain gothique symphonique \u00e9maille ainsi les cinq compositions pr\u00e9sentes, tutoyant clairement les ambiances de films d&rsquo;\u00e9pouvante des ann\u00e9es 70, Giallo en t\u00eate (on pense r\u00e9guli\u00e8rement \u00e0 Goblin). Cependant, ce serait raccourcir consid\u00e9rablement la musique de ATOE (permettez cette abr\u00e9viation), tant elle doit avant tout au rock progressif, certes tendu et sombre, mais aussi au jazz rock, ce qui en fait d&rsquo;ailleurs sa v\u00e9ritable originalit\u00e9.<br \/><br \/> L&rsquo;album est emmen\u00e9 par une bonne partie d&rsquo;Anglagard; son bassiste, \u00e9galement le clavi\u00e9riste historique ainsi que le batteur de sa derni\u00e8re tourn\u00e9e en 2013. La fille du bassiste compl\u00e8te le quatuor, pour des vocalises op\u00e9ratiques traversant une bonne part du disque. Nous est propos\u00e9e d&rsquo;entr\u00e9e une longue pi\u00e8ce de r\u00e9sistance (18 minutes!) annon\u00e7ant toutes les couleurs \u00e0 venir. Symphonisme, rock d&rsquo;avant-garde et jazz d&rsquo;une noirceur abyssale, totalement hallucinatoires, prolongeant les convulsions d&rsquo;un Anglagard au bord de la folie, mais convoquant aussi et assez largement des moments d&rsquo;une gr\u00e2ce absolue, entre Ennio Morricone (divine trompette) et Zappa (vibraphone, marimbas et acc\u00e9l\u00e9rations syncop\u00e9es), le tout travers\u00e9 de claviers aux effets hautement krautrock et psych\u00e9. Stup\u00e9fiant. Enfin les vocalises mezzo soprano, lyriques mais justes et parcimonieuses, conf\u00e8rent une impression zeuhl du meilleur effet. Les plus r\u00e9ticents reprocheront peut-\u00eatre cette fa\u00e7on qu&rsquo;avait d\u00e9j\u00e0 la formation originelle de coller des s\u00e9quences volontairement (et un peu artificiellement) dissonantes, complexes pour le plaisir de la technique, lessivant parfois un peu l&rsquo;auditoire. Ces passages-l\u00e0 semblent avoir \u00e9t\u00e9 construits ici avec peut-\u00eatre plus de maturit\u00e9, mais ce qu&rsquo;il y a de magique, dans cette musique, c&rsquo;est son sens de l&rsquo;\u00e9quilibre, entre s\u00e9quences \u00e0 vous flanquer une trouille bleue, purs moments de magie harmonique, jazz poisseux ou sous acide, suspense claustrophobique et m\u00e9lancolie \u00e0 fendre l&rsquo;\u00e2me. Il y a ici un sens tr\u00e8s pouss\u00e9 du renouvellement et de la surprise, comme chez qui vous savez, ce qui n&rsquo; \u00e9tonnera personne. C&rsquo;est, il faut bien le dire, l&rsquo;apanage des grands, cette libert\u00e9, cette intransigeance, et ce courage de vous proposer l&rsquo;inconnu.<br \/><br \/> Le reste des morceaux d\u00e9clinera cet \u00e9ventail, et ce de la plus belle des fa\u00e7ons. Pour \u00e9toffer ce noyau sombre, un guitariste et trois instrumentistes \u00e0 vent sont de la partie, appuyant un peu plus le penchant rock de chambre ou jazz, tout en r\u00e9servant \u00e0 la fl\u00fbte ou au basson des minutes d&rsquo;une beaut\u00e9 inou\u00efe&#8230; Difficile de d\u00e9crire par le menu ce ma\u00eblstrom de sensations, promesses de nombreuses \u00e9coutes afin d&rsquo;en d\u00e9cortiquer chaque fois plus les saveurs, d&rsquo;autant que la musique, l\u00e0 aussi, se veut \u00e0 grande majorit\u00e9 instrumentale et rev\u00eat un caract\u00e8re tr\u00e8s spontan\u00e9. Retenue, nuances, on y laisse aussi agir le silence&#8230; Paradoxalement le disque s&rsquo;est r\u00e9alis\u00e9 sur 5 bonnes ann\u00e9es, ce qui se ressent quand \u00e0 la qualit\u00e9 de la production, d&rsquo;une incroyable ampleur et pr\u00e9cision, avec un souci quasi maniaque pour les effets et le travail des claviers. Proprement \u00e9poustouflant. Enfin pour revenir \u00e0 cette pochette (Santiago Caruso), la seule vraie faute de go\u00fbt peut-\u00eatre, c&rsquo;est qu&rsquo;elle ne rend au final pas vraiment justice \u00e0 <em>A Drop Of Light<\/em>, tant les visions d&rsquo;\u00e9pouvante et la violence n&rsquo;y sont que passagers.<br \/><br \/> Pour r\u00e9sumer, plus effrayant certe mais plus jazz qu&rsquo; Anglagard, voici un nouveau diamant qui va marquer les esprits en cette fin 2018, rejoignant directement le peloton de t\u00eate des classements. Pour ses adeptes du moins. Surtout n&rsquo;h\u00e9sitez pas, tombez dans ce pi\u00e8ge fascinant! En esp\u00e9rant un rythme de parution cette fois plus resserr\u00e9, r\u00e9servons un grand accueil \u00e0 ces (pas si) nouveaux venus, en leur souhaitant une longue et prolifique carri\u00e8re.<br \/><br \/> Incontournable.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Tout le monde est pass\u00e9 \u00e0 c\u00f4t\u00e9&#8230; Comment peut-on croire \u00e0 cette nouvelle? 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