{"id":8085,"date":"2018-12-17T00:00:00","date_gmt":"2018-12-16T23:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/chromatique.net\/index.php\/2020\/04\/01\/8085"},"modified":"2018-12-17T00:00:00","modified_gmt":"2018-12-16T22:00:00","slug":"8085","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/2018\/12\/17\/8085\/","title":{"rendered":"Genesis &#8211; The Lamb Lies Down On Broadway"},"content":{"rendered":"\n<p>Apr\u00e8s le point culminant qu&rsquo;a \u00e9t\u00e9 <a href=\"chroniques\/item\/16942-selling-england-by-the-pound\"><em>Selling England By The Pound<\/em><\/a>, Genesis n&rsquo;a plus d&rsquo;autre choix que de briser les fronti\u00e8res d&rsquo;un rock progressif qu&rsquo;il a contribu\u00e9 \u00e0 cr\u00e9er. Car \u00e0 cette \u00e9poque, le groupe n&rsquo;est pas encore la machine \u00e0 tubes incontournable des ann\u00e9es quatre-vingt, port\u00e9e par Phil Collins. C&rsquo;est Peter Gabriel qui tient le micro et la musique des Britanniques est tr\u00e8s \u00e9loign\u00e9e de celle qu&rsquo;ils feront seulement dix ans plus tard. Depuis <em>Trespass<\/em> (1970), ils produisent un rock tr\u00e8s \u00e9labor\u00e9 et n\u00e9anmoins tr\u00e8s m\u00e9lodique, qui raconte de petites histoires empreintes d&rsquo;un romantisme et parfois d&rsquo;un humour typiquement anglais. Gabriel invente des personnages hauts en couleurs, des histoires \u00e0 la crois\u00e9e du conte, du r\u00e9cit fantastique et de la science-fiction. Sur sc\u00e8ne, il se maquille, rev\u00eat des costumes excentriques et pr\u00e9sente ses fables pendant que les autres pr\u00e9parent leurs instruments. Avec l&rsquo;arriv\u00e9e sur <a href=\"chroniques\/item\/16920-nursery-cryme\"><em>Nursery Cryme<\/em><\/a> (1971) de Phil Collins \u00e0 la batterie et de Steve Hackett \u00e0 la guitare (rempla\u00e7ant respectivement John Mayhew et Anthony Phillips), Genesis prend de l&rsquo;ampleur et va enregistrer deux disques majeurs du rock progressif : <a href=\"chroniques\/item\/16923-foxtrot\" target=\"\u201d_blank\u201d\"><em>Foxtrot<\/em><\/a> (1972) et donc <em>Selling England By The Pound<\/em> (1973). Ce dernier est g\u00e9n\u00e9ralement consid\u00e9r\u00e9 comme un m\u00e8tre \u00e9talon du genre, au m\u00eame titre que <em>In The Court of The Crismon King<\/em> de King Crimson ou <em>Close To The Edge<\/em> de Yes. C&rsquo;est aussi l&rsquo;album qui donna au groupe son premier <em>single<\/em> class\u00e9 dans les <em>charts<\/em> anglais, \u00ab\u00a0I Know What I Like (In Your Wardrobe)\u00a0\u00bb.<br \/><br \/> En 1974, Genesis b\u00e9n\u00e9ficie donc d&rsquo;une reconnaissance sur le plan international : il a donn\u00e9 ses premiers concerts hors du Royaume-Uni en 1972 et a tourn\u00e9 aux \u00c9tats-Unis en 1973. Des tensions commencent toutefois \u00e0 se faire sentir. Peter Gabriel, dont la femme vient de conna\u00eetre un accouchement difficile, est tiraill\u00e9 entre sa vie personnelle et professionnelle. Par ailleurs, le r\u00e9alisateur William Friedkin (<em>The French Connection<\/em>, <em>The Exorcist<\/em>) s&rsquo;int\u00e9resse \u00e0 lui et voudrait l&rsquo;engager comme pourvoyeur de nouvelles id\u00e9es. Un peu \u00e9go\u00efstement, le reste du groupe lui en veut de ne pas se consacrer enti\u00e8rement \u00e0 sa musique, et le soup\u00e7onne m\u00eame de vouloir utiliser sa notori\u00e9t\u00e9 pour se lancer en solo. C&rsquo;est donc dans une ambiance parfois tendue que se d\u00e9roule la r\u00e9alisation de <em>The Lamb Lies Down On Broadway<\/em>. Gabriel effectue des allers-retours \u00e9puisants entre Londres et la campagne anglaise o\u00f9 se d\u00e9roule la composition et l&rsquo;enregistrement. Pendant que Collins, Banks, Rutherford et Hackett composent, leur chanteur \u00e9crit les paroles dans la pi\u00e8ce d&rsquo;\u00e0 c\u00f4t\u00e9. Il a \u00e9t\u00e9 d\u00e9cid\u00e9 d&rsquo;offrir plus d&rsquo;espace \u00e0 l&rsquo;improvisation, d&rsquo;o\u00f9 l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;un double album. Alors que Mike Rutherford propose un concept bas\u00e9 sur <em>Le Petit Prince<\/em> d&rsquo;Antoine de Saint-Exup\u00e9ry, Gabriel impose une histoire \u00e9crite par lui-m\u00eame : le parcours initiatique \u00e0 New-York d&rsquo;un Porto-Ricain nomm\u00e9 Rael, sorte de punk avant l&rsquo;heure. Le chanteur explique : \u00ab\u00a0<em>The Lamb Lies Down<\/em> contient des \u00e9l\u00e9ments de <em>West Side Story<\/em>, mais c&rsquo;est aussi une sorte de <em>Voyage du P\u00e8lerin<\/em>. [\u2026] Dans <em>The Lamb<\/em>, il y avait \u00e0 la fois du psych\u00e9d\u00e9lique, de la recherche spirituelle, et des sujets comme l&rsquo;ali\u00e9nation, le r\u00e9pression, l&rsquo;exclusion, avec la poursuite d&rsquo;une exp\u00e9rience transformante pouvant d\u00e9boucher finalement sur une sagesse\u00a0\u00bb. Le visuel en noir et blanc, r\u00e9alis\u00e9 par Hipgnosis (c\u00e9l\u00e8bre studio de cr\u00e9ation graphique connu notamment pour les pochettes de disques de Pink Floyd et Led Zeppelin), se d\u00e9marque de l&rsquo;imagerie habituellement tr\u00e8s color\u00e9e et faussement na\u00efve de Genesis, mettant en sc\u00e8ne Rael dans des sc\u00e8nes surr\u00e9alistes.<br \/><br \/> Deux trente-trois tours, plus d&rsquo;une heure trente de musique, un accouchement dans la douleur : on peut raisonnablement s&rsquo;attendre \u00e0 un disque bancal, in\u00e9gal, comme bon nombre de double albums. Tony Banks, qui ne garde un bon souvenir ni des s\u00e9ances de composition ni de l&rsquo;enregistrement, est de cet avis, nourrissant probablement une certaine ranc\u0153ur \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de Gabriel et des honneurs qui lui sont faits \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque. Mais \u00e9tonnamment, les atmosph\u00e8res des titres collent parfaitement aux textes de ce dernier, eux-m\u00eames tr\u00e8s diff\u00e9rents de ce qu&rsquo;il a pu \u00e9crire pr\u00e9c\u00e9demment pour Genesis. Les ambiances pastorales, le rock romantique teint\u00e9 de folk a laiss\u00e9 place \u00e0 une musique plus sombre, plus tendue, \u00e0 tel point qu&rsquo;on a du mal \u00e0 reconna\u00eetre dans un premier temps le groupe qui a produit <em>Selling England By The Pound <\/em>. Le chant lui-m\u00eame a subi une mutation qui laisse en grande partie de c\u00f4t\u00e9 l&#8217;emphase et le mani\u00e9risme des trois pr\u00e9c\u00e9dents disques. Le ton s&rsquo;est durci, la guitare de Hackett pose m\u00eame quelques riffs assez rugueux (\u00ab\u00a0Broadway Melody of 1974\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Lilywhite Lilith\u00a0\u00bb). Piqu\u00e9 au vif, Banks montre \u00e0 plus d&rsquo;une reprise ses capacit\u00e9s d&rsquo;adaptation et renouvelle sa palette, excellant autant dans les motifs r\u00e9p\u00e9titifs (\u00ab\u00a0In The Cage\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Back In N.Y.C.\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Carpet Crawlers\u00a0\u00bb) que dans les nappes enveloppantes ou les envol\u00e9es, tout en continuant \u00e0 placer judicieusement du piano (\u00ab\u00a0Cuckoo Cocoon\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Anyway\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0The Lamia\u00a0\u00bb). La section rythmique Collins \/ Rutherford d\u00e9veloppe plus que jamais des tr\u00e9sors de subtilit\u00e9 ou d&rsquo;efficacit\u00e9 dans des compositions parfois labyrinthiques. <br \/><br \/> Les deux premi\u00e8res faces s&rsquo;encha\u00eenent sans le moindre rat\u00e9, narrant les tribulations de Rael avec une rare acuit\u00e9 musicale. Les sommets sont nombreux, entre l&rsquo;introductif \u00ab\u00a0The Lamb Lies Down on Broadway\u00a0\u00bb qui pose la griffe sonore de l&rsquo;album et \u00ab\u00a0The Chamber of 32 Doors\u00a0\u00bb : le Genesis d&rsquo; \u00ab\u00a0antan\u00a0\u00bb, symphonique, champ\u00eatre (\u00ab\u00a0Cuckoo Cocoon\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Hairless Heart\u00a0\u00bb\/\u00ab\u00a0Counting Out Time\u00a0\u00bb) c\u00f4toie, au d\u00e9tour d&rsquo;une crasseuse rue new-yorkaise, un groupe plus sombre (\u00ab\u00a0In The Cage\u00a0\u00bb), plus rugueux (\u00ab\u00a0Broadway Melody of 1974\u00a0\u00bb) ou au contraire plus fragile (l&rsquo;\u00e9mouvant \u00ab\u00a0Carpet Crawlers\u00a0\u00bb). <br \/> Le second disque est sans conteste la pomme de la discorde chez les amateurs de Genesis, car nettement plus exp\u00e9rimental. Il commence dans l&rsquo;urgence avec \u00ab\u00a0Lilywhite Lilith\u00a0\u00bb mais \u00ab\u00a0The Waiting Room\u00a0\u00bb met un coup d&rsquo;arr\u00eat \u00e0 cette dynamique. D\u00e9lire psych\u00e9d\u00e9lique, exp\u00e9rience bruitiste, voire remplissage pour certains, la piste explore une facette encore peu exploit\u00e9e par le quintette : l&rsquo;improvisation. Plus \u00ab\u00a0progressif\u00a0\u00bb, contenant beaucoup plus de passages instrumentaux, cette seconde partie est pourtant, \u00e0 sa mani\u00e8re, du m\u00eame acabit que la premi\u00e8re, m\u00ealant avec la m\u00eame adresse l&rsquo;ancien et le nouveau, et ne comptant pas moins de moments forts : \u00ab\u00a0The Lamia\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0The Colony of Slippermen\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0In The Rapids\u00a0\u00bb&#8230; Et que dire du final \u00ab\u00a0It\u00a0\u00bb, que d&rsquo;aucuns dont Tony Banks trouvent un peu court, mais qui termine pourtant l&rsquo;album en beaut\u00e9, sous forme d&rsquo;une cavalcade rythm\u00e9e, presque glorieuse.<br \/><br \/> Une telle \u0153uvre se devait d&rsquo;\u00eatre suivie par une tourn\u00e9e \u00e0 la hauteur, ce qui fut le cas avec plus de cent dates en Am\u00e9rique du Nord et en Europe, entre octobre 1974 et mai 1975. Peter Gabriel quitte le groupe, \u00e0 l&rsquo;issue du concert de Saint-\u00c9tienne fin mai 1975. Sa d\u00e9cision \u00e9tait prise depuis quelques temps d\u00e9j\u00e0 et il s&rsquo;en \u00e9tait ouvert \u00e0 ses partenaires, qui poursuivront avec Phil Collins au chant et \u00e0 la batterie, avec le succ\u00e8s que l&rsquo;on sait.<br \/><br \/> <em>The Lamb Lies Down On Broadway<\/em> est une aventure musicale de haut niveau, un tourbillon de p\u00e9rip\u00e9ties contre lequel il est difficile de r\u00e9sister. D&rsquo;une classe \u00e9quivalente \u00e0 d&rsquo;autre albums conceptuels, comme <em>Tommy<\/em> ou <em>The Wall<\/em>, moins populaire peut-\u00eatre en raison de sa dimension progressive, ce double album a n\u00e9anmoins l&rsquo;immense qualit\u00e9 d&rsquo;avoir tr\u00e8s bien vieilli. On jalouserait presque l&rsquo;actuelle jeunesse qui peut encore conna\u00eetre ce plaisir ineffable de la d\u00e9couverte d&rsquo;une \u0153uvre magistrale.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Apr\u00e8s le point culminant qu&rsquo;a \u00e9t\u00e9 Selling England By The Pound, Genesis n&rsquo;a plus d&rsquo;autre&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":14,"featured_media":8086,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[2],"tags":[38,24],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8085"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/14"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=8085"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8085\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/8086"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=8085"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=8085"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=8085"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}