{"id":7971,"date":"2018-07-30T00:00:00","date_gmt":"2018-07-29T22:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/chromatique.net\/index.php\/2020\/04\/01\/7971"},"modified":"2018-07-30T00:00:00","modified_gmt":"2018-07-29T22:00:00","slug":"7971","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/2018\/07\/30\/7971\/","title":{"rendered":"Yuka and Chronoship &#8211; Ship"},"content":{"rendered":"\n<p>La culture japonaise est unique en ce sens qu\u2019elle arrive tout \u00e0 la fois se nourrir des influences ext\u00e9rieures et  conserver sa tr\u00e8s particuli\u00e8re  identit\u00e9. Ainsi, lorsque les Beatles importent le rock au Pays du soleil levant, en 1966,  les musiciens nippons ne tardent pas \u00e0 proposer une vision singuli\u00e8re de ce style, typiquement occidental, en inventant le J_rock. Ce genre, qui se d\u00e9marque  de l\u2019approche anglaise ou am\u00e9ricaine, aussi bien \u00e0 travers le comportement des musiciens, souvent anti-drogue, que par l\u2019affichage d\u2019un look tr\u00e8s particulier qui trouvera son apog\u00e9e \u00e0 la fin des ann\u00e9es 80,  dans le mouvement visual Kei, y connait un succ\u00e8s retentissant .<br \/><br \/> Ce sens du d\u00e9calage se retrouve \u00e9galement  dans le rock progressif japonais qui est le seul pays asiatique \u00e0 avoir d\u00e9velopp\u00e9 le genre dans les m\u00eames proportions que l\u2019Occident au milieu des ann\u00e9es 70 et 80. Port\u00e9 par des groupes comme Gerard ou  Ars Nova ainsi que par  des labels sp\u00e9cialis\u00e9s comme Pos\u00e9idon, le rock progressif nippon s\u2019est tr\u00e8s vite caract\u00e9ris\u00e9 par l\u2019omnipr\u00e9sence de cordes et de plages synth\u00e9tiques rappelant souvent les bandes originales de jeux vid\u00e9os. Il faut \u00e9couter l\u2019\u0153uvre de  Sakuraba Motoi, compositeur g\u00e9nial de nombreuses BO de jeux vid\u00e9os ainsi que de  chefs d\u2019\u0153uvres du rock progressif pour se rendre compte combien les deux univers sont interp\u00e9n\u00e9tr\u00e9s dans la culture nippone.  Comme en Occident, le rock progressif japonais a connu un passage \u00e0 vide dans les ann\u00e9es 90, et ceci malgr\u00e9 la parution de plusieurs albums tr\u00e8s recommandables, avant de rena\u00eetre de ses cendres au d\u00e9but des ann\u00e9es 2000 gr\u00e2ce \u00e0 des groupes contemporains comme KBB ou Nightmare (compositeur des premiers \u00e9pisodes de la s\u00e9rie d\u2019animation <em>Death Note<\/em>, autre chef d\u2019\u0153uvre incontournable de la culture japonaise).<br \/><br \/> C\u2019est donc dans ce contexte de renaissance que para\u00eet, en 2011, le premier album de  Yuka and the Chronoship. Ce   groupe form\u00e9 deux ans plus t\u00f4t,  \u00e0 l\u2019initiative de la clavi\u00e9riste Yuka FUNAKOSHI, qui s\u2019est entour\u00e9e pour l\u2019occasion de trois musiciens de studios chevronn\u00e9s, propose depuis presque dix ans, une musique exigeante aux influences plus occidentales que celle de ses pairs. On entend  en effet  dans le son et les constructions rythmiques de la formation de Yuka FUNAKOSHI la pr\u00e9cision et l\u2019inventivit\u00e9 de groupes cultes des ann\u00e9es 60 et 70 tels que King Crimson, Yes ou Genesis. Outre les influences musicales, on retrouve \u00e9galement  chez  Chronoship une tendance, h\u00e9rit\u00e9e de ces glorieux ain\u00e9s,  \u00e0 la composition  d\u2019\u0153uvres conceptuelles. Ainsi, sur le disque pr\u00e9c\u00e9dent,  <a href=\"chroniques\/item\/15658-the-3rd-planetary-chronicles\"><em>The 3rd Planetary Chronicles<\/em><\/a> , le groupe nous proposait rien de moins qu\u2019un voyage dans le temps retra\u00e7ant l\u2019\u00e9volution de notre plan\u00e8te depuis sa cr\u00e9ation jusqu\u2019\u00e0 nos jours. <br \/><br \/> Le quatri\u00e8me Opus de la formation, <em>Ship<\/em>,  reste fid\u00e8le \u00e0 cette tradition en abordant cette fois-ci le mythe de la qu\u00eate de la Toison d\u2019or. Comme pour les albums pr\u00e9c\u00e9dents, les compositions, essentiellement instrumentales, peuvent \u00eatre per\u00e7ues comme la BO imaginaire d\u2019un film restant \u00e0 tourner sur la l\u00e9gende de Jason et des Argonautes. Cette ambition se retrouve ici en particulier, dans le premier morceau de l\u2019album, \u00ab\u00a0Argo\u00a0\u00bb , d\u00e9compos\u00e9 en sept mouvements retra\u00e7ant les diff\u00e9rentes \u00e9tapes du voyage de Jason. Apr\u00e8s une ouverture vaporeuse, l&rsquo;album d\u00e9marre pied au plancher avec la composition \u00ab\u00a0 The ship argos\u00a0\u00bb, m\u00e9langeant habilit\u00e9 technique et circonvolutions rythmiques  r\u00e9jouissantes autour d&rsquo;un th\u00e8me m\u00e9lodique interpr\u00e9t\u00e9 par Yuka au synth\u00e9tiseur. Le morceau suivant \u00ab\u00a0 The landing\u00a0\u00bb ,  construit autour d&rsquo;un riff de guitare  que n&rsquo;aurait pas reni\u00e9 Robert Fripp, propose un balancement int\u00e9ressant reposant sur des accentuations rythmiques originales. Ce travail sur les syncopes et les claves rythmiques  est d&rsquo;ailleurs un des nombreux points forts du groupe. Ces fantaisies, les musiciens peuvent se les permettre gr\u00e2ce \u00e0 une symbiose parfaite entre la basse et la batterie. Le morceau \u00ab\u00a0 A dragon that never sleeps\u00a0\u00bb illustre parfaitement cette r\u00e9alit\u00e9. La basse d\u00e9marre seule avec un riff diabolique  avant d&rsquo;\u00eatre rejointe par  la batterie qui propulse la chanson, d\u00e8s le d\u00e9part, dans des sph\u00e8res stratosph\u00e9riques rappelant parfois, dans un style pourtant tr\u00e8s diff\u00e9rent, l&rsquo;univers de groupes  comme <em>Infectious groove<\/em> qui placent le travail sur la pulsation rythmique au centre de leurs pr\u00e9occupations artistiques sans pour autant oublier l&rsquo;\u00e9nergie du <em>rock and roll<\/em>.  C&rsquo;est ce m\u00e9lange entre pr\u00e9cision et \u00e9nergie qui fait la force de Yuka and the Chronoship. Cette fusion atteignant son point culminant vers 1mn40, sur le morceau \u00ab\u00a0Dragon\u00a0\u00bb, lorsque le duo rythmique  se lance dans  une succession de <em>breaks<\/em> extraterrestres pour annoncer l&rsquo;arriv\u00e9e d&rsquo;un solo de guitare remarquable, lui aussi, tant par sa composition que par son interpr\u00e9tation. Takashi Miyazawa, guitariste de la formation, apporte d&rsquo;ailleurs \u00e0 l&rsquo;ensemble  du disque une touche tr\u00e8s originale  gr\u00e2ce \u00e0 un son et des influences tr\u00e8s ancr\u00e9s dans les ann\u00e9es 80, s&rsquo;\u00e9cartant ainsi quelques peu des r\u00e9f\u00e9rences des autres musiciens du groupe.  On songe en l&rsquo;\u00e9coutant \u00e0 l&rsquo;univers de Joe Satriani ou Steve Vai sans pour autant qu&rsquo;il ne tombe jamais dans les travers trop d\u00e9monstratifs que pouvaient, et que peuvent encore avoir ces artistes. Si les musiciens qui accompagnent Yuka sur le projet sont donc tout sauf des faire valoir, c&rsquo;est pourtant bel et bien le clavier de FUNAKOSHI  qui se taille la part du lion dans l&rsquo;univers des Chronoship. C&rsquo;est autour de lui qu\u2019est construite la plupart des compositions. Il suffit d&rsquo;\u00e9couter les variations m\u00e9lodiques et sonores que propose Yuka sur des chansons comme \u00ab\u00a0 The Air Ship of Jean Giraud\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0 Visible light\u00a0\u00bb pour \u00eatre convaincu du talent hors norme de cette artiste. Outre son savoir-faire de clavi\u00e9riste, Yuka est \u00e9galement une excellente chanteuse comme elle le prouve sur la composition \u00ab\u00a0 Visible light\u00a0\u00bb       qui est, pour moi,  le sommet de ce disque tant le groupe trouve ici l&rsquo;\u00e9quilibre parfait entre inventivit\u00e9 musicale et \u00e9motion. <br \/><br \/> Apr\u00e8s avoir atteint ce pic, l&rsquo;album se cl\u00f4ture par deux chansons plus abordables, \u00ab\u00a0 Old Ship on the grass\u00a0\u00bb, un titre folk rock sympathique aux l\u00e9gers accents irlandais et une longue ballade m\u00e9taphysique \u00ab\u00a0 Did you find a star?\u00a0\u00bb. Deux chansons qui peuvent s&rsquo;entendre  comme un retour au port apr\u00e8s un voyage merveilleux durant lequel l&rsquo;auditeur curieux aura d\u00e9couvert un monde sonore sortant r\u00e9ellement de l&rsquo;ordinaire.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La culture japonaise est unique en ce sens qu\u2019elle arrive tout \u00e0 la fois se&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":59,"featured_media":7972,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[2],"tags":[38,24],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7971"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/59"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=7971"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7971\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/7972"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=7971"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=7971"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=7971"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}