{"id":7835,"date":"2017-12-04T00:00:00","date_gmt":"2017-12-03T23:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/chromatique.net\/index.php\/2020\/04\/01\/7835"},"modified":"2017-12-04T00:00:00","modified_gmt":"2017-12-03T22:00:00","slug":"7835","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/2017\/12\/04\/7835\/","title":{"rendered":"Tony Allen &#8211; The Source"},"content":{"rendered":"\n<p>Dire qu&rsquo;il a cr\u00e9\u00e9 \u00e0 lui tout seul une nouvelle approche de la musique ne serait qu&rsquo;\u00e0 peine exag\u00e9r\u00e9. Qu&rsquo;il est le parrain, si ce n&rsquo;est le dieu, de l&rsquo;<em>afrobeat<\/em> est par contre une certitude. Lui, c&rsquo;est Tony Allen. Et depuis quand les batteurs sont-ils des cr\u00e9ateurs? Depuis lui en fait ! Ou pas loin, si ce n&rsquo;est faire injure aux batteurs de jazz, \u00e9videmment. De jazz, il est \u00e9videmment question lorsqu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;<em>afrobeat<\/em>, et de Tony Allen par-dessus le march\u00e9. L&rsquo;<em>afrobeat<\/em>, qu&rsquo;est-ce que c&rsquo;est ? Une forme musicale, un style, une attitude, une culture, un genre en lui-m\u00eame, rien moins, apparu tout nouvellement aux abords de la fin des ann\u00e9es 60. On lui attribue un seul d\u00e9miurge, un personnage iconique et indispensable, une figure \u00f4 combien embl\u00e9matique de la fiert\u00e9 noire, africaine, tout droit venue du Nig\u00e9ria, via New York, le grand, l&rsquo;immense et d\u00e9mesur\u00e9 Fela. On ne d\u00e9clinera pas ses nombreux acronymes, son engagement politique, ni ses d\u00e9rives un brin sectaires, on se contentera de l&rsquo;oeuvre colossale, du point de vue de la musique au moins. A ses c\u00f4t\u00e9s, d\u00e8s le d\u00e9part, notre Tony Allen \u00e0 la batterie, avec lequel il enregistrera trente-six albums (!), et dont l&rsquo;usage immod\u00e9r\u00e9 de la caisse claire, \u00e0 la fa\u00e7on retenue mais volubile du jazz, se m\u00ealera si bien aux rythmiques funk, ethniques, jazz, en une hypnose hautement dansante et sensuelle. L&rsquo;<em>afrobeat<\/em> est une science, parfois exacte, mais en tous points irr\u00e9sistible, syncop\u00e9e et \u00e0 la fois poisseuse, car majoritairement dans un tempo m\u00e9dium, cette musique convoque corps et esprit jusqu&rsquo;\u00e0 leur paroxysme&#8230; La transe tout bonnement.Tr\u00e8s rapidement une galaxie enti\u00e8re se d\u00e9ploiera sous nos yeux et oreilles d&rsquo;occidentaux psych\u00e9d\u00e9lis\u00e9s, d\u00e9clinant la joie de vivre d&rsquo;une Afrique qu&rsquo;on a peine \u00e0 concevoir aujourd&rsquo;hui; insouciante, \u00e9galitaire, sensuelle, insolente, en un mot, libre&#8230; Mais nous ne referons pas l&rsquo;histoire ici, tant nous avons d\u00e9j\u00e0 compris que le monde entre temps aura bascul\u00e9, de bien des mani\u00e8res, nous laissant pourtant toujours aussi fascin\u00e9s pour cette \u00e9poque, et dont la musique continue \u00e0 nous narrer le succ\u00e8s inarr\u00eatable de sa r\u00e9volution.<br \/><br \/> Tony Allen, depuis, est devenu \u00e0 la fois une sorte de statue du commandeur, et \u00e0 la fois l&rsquo;homme de la modernit\u00e9 et d&rsquo;une actualit\u00e9 perp\u00e9tuelle, car il semble \u00eatre partout, avec et chez tout le monde. On l&rsquo;a vu r\u00e9guli\u00e8rement chez Damon Albarn (comme ici sur la plage 6), Flea, Gorillaz, Doctor L, S\u00e9bastien Tellier, Jean-Louis Aubert, Susheela Raman, Charlotte Gainsbourg, Theo Parrish etc&#8230; Un tel \u00e9ventail de musiciens occidentaux en dit long sur son importance, en plus de ses onze disques solos sortis entre 1975 et 2014&#8230; Comme si ce n&rsquo;\u00e9tait pas assez, le voici intronis\u00e9 chez Blue Note, panth\u00e9on absolu du jazz. La boucle est donc boucl\u00e9e? Pour une part oui, puisque on y remonte \u00e0 la m\u00eame source, en un delta imagin\u00e9 entre percussions d&rsquo;Afrique, transe funk, pop, et sophistication imaginative du jazz.<br \/><br \/> Pas moins de 10 participants (mais avec Allen, il n&rsquo;est toujours question que de famille) entourent ici notre v\u00e9n\u00e9r\u00e9 ma\u00eetre es rythmes, pour une plong\u00e9e hybride entre  <em>jazz big band<\/em> et <em>afrobeat<\/em>, dont les orchestrations ont \u00e9t\u00e9 construites avec Yann Jankielewicz (saxophone soprano), plages d&rsquo;improvisations \u00e0 l&rsquo;appui. Il se d\u00e9gage un certain classicisme d&#8217;embl\u00e9e de ce disque, quelque chose d&rsquo;\u00e0 la fois extr\u00eamement familier, voire un poil surann\u00e9 parfois, \u00e9voquant les standards de Duke Ellington ou Count Basie (rappelons le titre du disque, sans \u00e9quivoque), avec cette grande tradition des cuivres menant souvent les d\u00e9bats comme un seul homme, ou le <em>Be Bop<\/em> d\u2019un Art Blakey ou d\u2019un Mingus par exemple, tout en rappelant immanquablement les relances m\u00e9lodiques de la transe de Fela. Un certain acad\u00e9misme, r\u00e9torqueront les plus contemporains. Certes. On croit d\u00e9barquer d&rsquo;abord dans un de ces polars des ann\u00e9es 50, borsalino et imper de rigueur, mais c&rsquo;est compter sans le beat, unique, inimitable, du ma\u00eetre de c\u00e9r\u00e9monie, ce funk sous-jacent (irr\u00e9sistible et immuable, comme la rythmique de guitare de Indy Dibongue par exemple), qui vous insuffle \u00e0 tout \u00e7a un groove de tout premier ordre, nonchalant au possible, la syncope port\u00e9e en \u00e9tendard&#8230; Le disque fait preuve de modulation et de pluralisme dans ses approches, en terme d&rsquo;ambiances et de constructions rythmiques, lui conf\u00e9rant de l&rsquo;int\u00e9r\u00eat jusqu&rsquo;au bout. Alors, jazz \u00e0 papa fa\u00e7on Woody&#8230; Ou fa\u00e7on Tony? Chacun fera son choix, mais tr\u00e8s vite, si l&rsquo;on y revient, le plaisir et la profondeur du travail sauront s&rsquo;immiscer en celui (ou celle !) qui appr\u00e9ciera les remont\u00e9es de fleuve&#8230; Ici se dessine quelque chose qui vieillit merveilleusement, une patine dont le contact imm\u00e9diat vous raconte d&#8217;embl\u00e9e une histoire \u00e9tonnante, pr\u00e9cieuse et imm\u00e9moriale.<br \/><br \/> Annoncer que le tout a \u00e9t\u00e9 enregistr\u00e9 enti\u00e8rement en analogique serait inutile, car si \u00e9vident. Quand \u00e0 la qualit\u00e9 des musiciens, elle ne sera pas discut\u00e9e ici, tant c&rsquo;est la couleur collective qui l\u2019emporte, au del\u00e0 des duels et soli pour chacun.<br \/><br \/> Un classique. Mais devait-il en \u00eatre autrement?<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dire qu&rsquo;il a cr\u00e9\u00e9 \u00e0 lui tout seul une nouvelle approche de la musique ne&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":51,"featured_media":7836,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[2],"tags":[133,33],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7835"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/51"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=7835"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7835\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/7836"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=7835"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=7835"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=7835"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}