{"id":7721,"date":"2017-06-10T00:00:00","date_gmt":"2017-06-09T22:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/chromatique.net\/index.php\/2020\/04\/01\/7721"},"modified":"2017-06-10T00:00:00","modified_gmt":"2017-06-09T22:00:00","slug":"7721","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/2017\/06\/10\/7721\/","title":{"rendered":"Youn Sun Nah &#8211; She Moves On"},"content":{"rendered":"\n<p>Dans le monde de plus en plus ouvert du jazz vocal f\u00e9minin, o\u00f9 un nouveau nom appara\u00eet presque chaque semaine, il devient difficile de trouver celle qui va se d\u00e9marquer d\u2019un certain classicisme en insufflant un vent nouveau, celle qui va d\u00e9poussi\u00e9rer le recoin des habitudes pour en faire jaillir l\u2019originalit\u00e9, celle dont l\u2019\u00e9nergie va transfigurer l\u2019interpr\u00e9tation pour la faire rentrer dans une dimension nouvelle. Il y a pl\u00e9thore d\u2019artistes dont l\u2019\u00e9coute se teinte des impressions que l\u2019on vient de d\u00e9crire \u2013 mais peu d\u2019albums sont en fait travers\u00e9s d\u2019un bout \u00e0 l\u2019autre par ce frisson qui se propage le long de votre corps pour envelopper votre \u00e2me de bonnes vibrations. Youn Sun Nah, sans doute la plus fran\u00e7aise des artistes sud-cor\u00e9ennes, est l\u2019une de ces perles rares, dont le timbre de voix se cueille comme la ros\u00e9e du matin, avec po\u00e9sie, tendresse et amour. Elle vient de publier en ce mois de Mai, un nouvel album tr\u00e8s attendu, <em>She Moves On<\/em>, quatre ans apr\u00e8s <em>Lento<\/em> et sept ans apr\u00e8s le ph\u00e9nom\u00e9nal <em>Same Girl<\/em>, tous deux disques d\u2019or ! Autant dire qu\u2019il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019une sortie discographique particuli\u00e8rement attendue \u2026   <br \/><br \/> Premi\u00e8re surprise de taille : ses fid\u00e8les accompagnateurs de la p\u00e9riode ACT (les deux albums pr\u00e9cit\u00e9s, plus <em>Voyage<\/em> en 2009), en particulier Ulf Wakenius aux guitares et Lars Danielson \u00e0 la basse , n\u2019apparaissent pas au g\u00e9n\u00e9rique \u2013 remplac\u00e9s par une bande de musiciens new-yorkais dont le talentueux Marc Ribot \u2013 connu notamment pour ses contributions avec John Zorn, mais ayant aussi accompagn\u00e9 entre autres Tom Waits, Medeski, Martin &amp; Wood ou les sublimes Norah Jones, Cassandra Wilson et Madeleine Peyroux. <br \/> L\u2019album commence par une composition de Youn Sun, \u00ab\u00a0 Traveller \u00a0\u00bb, cisel\u00e9e par la basse soyeuse de Brad Jones, et caress\u00e9e par un jeu tout en subtilit\u00e9 de Dan Reiser \u00e0 la batterie. Le trio accompagnateur est compl\u00e9t\u00e9 par Jamie Saft au piano, dont les interventions mesur\u00e9es rajoutent cette touche d\u2019intimit\u00e9 qui compl\u00e8te avec bonheur ce premier titre. Jamie est \u00e9galement co-auteur avec sa femme Vanessa de \u00ab\u00a0 Too Late \u00a0\u00bb, ballade aux intonations <em>bluesy<\/em> que n\u2019aurait pas reni\u00e9e Norah Jones. D\u2019une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, <em>She Moves On<\/em> comporte plus de reprises que les albums pr\u00e9c\u00e9dents (seuls 3 titres sont au cr\u00e9dit de la chanteuse cor\u00e9enne) \u2026 mais il est difficile de parler de reprises tant la r\u00e9interpr\u00e9tation de titres pop ou folk des seventies\/eighties est sublim\u00e9e par la voix magnifique de Youn Sun, et par les arrangements \u00e0-propos du trio, aid\u00e9 en cela par les interventions c\u00e9lestes d\u2019un Marc Ribot au sommet de son art. La meilleure des preuves est sans doute \u00ab\u00a0 Teach The Gifted Children \u00a0\u00bb, dans une version plus chaude \u2013 disons-le, m\u00eame \u00ab\u00a0californienne\u00a0\u00bb \u2013 que l\u2019originelle, tr\u00e8s \u00ab\u00a0new-yorkaise\u00a0\u00bb, de Lou Reed. Version amplifi\u00e9e par la relecture magistrale d\u2019un solo de guitare de Ribot, fa\u00e7on Larry Carlton et par la voix transcend\u00e9e d\u2019une Youn Sun Nah transform\u00e9e en Carly Simon. <br \/><br \/> L\u2019album alterne ballades \u00e9pur\u00e9es et pi\u00e8ces plus rythm\u00e9es  \u2013 sur ce dernier point, le titre \u00e9ponyme est un parfait exemple du changement de prisme que la chanteuse et ses musiciens peuvent donner \u00e0 des \u0153uvres, pourtant originellement excellentes : ainsi, les percussions que Paul Simon avait utilis\u00e9 sur <em>She Moves On<\/em> sont remplac\u00e9es ici par une basse toujours velouteuse autour de laquelle se confine une guitare aux relents funk. La voix a\u00e9rienne de Youn Sun, flottant au-dessus de quelques accords d\u2019orgue, propulse un souffle de fra\u00eecheur par rapport \u00e0 la version de Paul \u2013 pourtant d\u00e9j\u00e0 parfaite en 1990. Puis la reprise de \u00ab\u00a0No Other Name\u00a0\u00bb de Peter, Paul and Mary nous ram\u00e8ne au coin du feu \u2013 la partie acoustique de Marc Ribot ajoutant ce c\u00f4t\u00e9 <em>roots<\/em> \u00e0 l\u2019ambiance \u00ab\u00a0veill\u00e9e\u00a0\u00bb dont le titre s\u2019impr\u00e8gne. Sensations de grande pl\u00e9nitude que l\u2019on retrouvera \u00e9galement sur les deux derniers titres de l\u2019album (\u00ab\u00a0Evening Star \u00a0\u00bb attirant m\u00eame l\u2019oreille par ses influences bossa-nova effleur\u00e9es).  <br \/><br \/> N\u00e9anmoins, un tr\u00e8s bon album devient un tr\u00e8s grand album quand il am\u00e8ne l\u2019auditeur en des territoires o\u00f9 le temps s\u2019arr\u00eate subitement sur la beaut\u00e9 brute d\u2019un son, d\u2019une m\u00e9lodie, d\u2019une \u00e9motion \u2026 et cet instant arrive sur deux reprises foudroyantes du patrimoine musical incontournable des ann\u00e9es 70. D\u2019abord, une version si simple et si moderne \u00e0 la fois de  \u00ab\u00a0The Dawntreader \u00a0\u00bb, de Joni Mitchell \u2026 la grande et in\u00e9gal\u00e9e Joni Mitchell ! Une version magnifique et magnifi\u00e9e de l\u2019intemporel <em>Song To A Seagull<\/em> (1968 tout de m\u00eame !), v\u00e9ritable phare d\u2019un album dont la lumi\u00e8re s\u2019\u00e9tend maintenant au-del\u00e0 des horizons. Et comme si cela ne suffisait pas, Youn Sun Nah et Marc Ribot enchainent sur du Jimi Hendrix \u2026 version calme et l\u00e9g\u00e8re de \u00ab\u00a0Drifting \u00a0\u00bb pour commencer &#8211; puis une guitare qui  s\u2019emballe pour rejoindre les fulgurances de son ma\u00eetre sous les vocalises \u00e9th\u00e9r\u00e9es de la chanteuse. Du travail d\u2019orf\u00e8vre, dans la lign\u00e9e du <em>Purple \u2013 Celebrating Jimi Hendrix<\/em> de Nguy\u00ean L\u00ea en 2002, l\u2019un de meilleurs albums hommage au grand Jimi. <br \/><br \/> Youn Sun Nah navigue dans les eaux du jazz, en revisitant rock, pop, folk et standards jazz, ce qui lui permet une reconnaissance unanime des critiques et du public. \u00ab\u00a0Black Is The Color Of My True Love\u2019s Hair\u00a0\u00bb, \u00e9crit en 1915, est un exemple parfait du titre maintes fois adapt\u00e9 : on pourra citer Glenn Miller, Tommy Dorsey &amp; Frank Sinatra sur la p\u00e9riode d\u2019apr\u00e8s-guerre \u2026 et la variante la plus connue &#8211; celle de Nina Simone en 1959. Mais  Youn Sun nous gratifie d\u2019une version diff\u00e9rente et lumineuse, qui symbolise parfaitement l\u2019orientation d\u2019un album o\u00f9 la moindre reprise se voile de la gr\u00e2ce vocale d\u2019une artiste aussi surprenante qu\u2019\u00e9blouissante.<br \/> Un album dont l\u2019incontestable beaut\u00e9 se d\u00e9voile un peu plus \u00e0 chaque \u00e9coute \u2026 et qui rejoint sans aucun contexte ses deux pr\u00e9d\u00e9cesseurs au Panth\u00e9on du jazz rafra\u00eechissant !<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans le monde de plus en plus ouvert du jazz vocal f\u00e9minin, o\u00f9 un nouveau&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":53,"featured_media":7722,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[2],"tags":[34,33,23],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7721"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/53"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=7721"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7721\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/7722"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=7721"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=7721"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=7721"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}