{"id":7681,"date":"2017-04-26T00:00:00","date_gmt":"2017-04-25T22:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/chromatique.net\/index.php\/2020\/04\/01\/7681"},"modified":"2017-04-26T00:00:00","modified_gmt":"2017-04-25T22:00:00","slug":"7681","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/2017\/04\/26\/7681\/","title":{"rendered":"Yang &#8211; The Failure of Words"},"content":{"rendered":"\n<p>Au del\u00e0 des mots\u2026<br \/> Les apparitions de Yang sont certes parcimonieuses, car avec trois albums en quinze ans ce n&rsquo;est pas ce qu&rsquo;on pourrait qualifier comme relevant de la corne d&rsquo;abondance. D&rsquo;un autre c\u00f4t\u00e9, vous avez aussi ceux, dans la musique progressive, dont le stakhanovisme fr\u00f4le soit le trouble obsessionnel, soit des intentions financi\u00e8res douteuses&#8230; On ne les citera pas, par \u00e9l\u00e9gance. Tout au plus rel\u00e8vera-t-on dans leur m\u00e9thode une r\u00e9elle dispersion, voire de s\u00e9rieux d\u00e9chets, en terme de r\u00e9sultat&#8230;  Avec le groupe qui nous pr\u00e9occupe ici, toujours conduit par Fr\u00e9d\u00e9ric L\u00e9p\u00e9e, ex Shylock, puis Philarmonie (faut-il retracer l&rsquo;histoire du rock en France ?) et une bonne partie des anciens Lord Of Mushroom (prog metal fran\u00e7ais plus r\u00e9cent, lui), on avancera sans risque l&rsquo;id\u00e9e que les tr\u00e9sors les mieux cach\u00e9s sont souvent les plus pr\u00e9cieux. Avec Yang du moins c&rsquo;est une certitude. <br \/><br \/> L\u00e9p\u00e9e, principal compositeur de ce groupe, ne cache pas ses r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 King Crimson, et si le nom n&rsquo;est pas forc\u00e9ment cit\u00e9 par celui-ci, on en reconna\u00eet bien vite le go\u00fbt pour les ambiances aux guitares tendues, les harmonies a-tonales, modales, les contrepoints incessants, les mesures rythmiques complexes et les arp\u00e8ges fractales, une certaine avant-garde, pour ainsi dire, charpent\u00e9e par la puissance \u00e9lectrique du rock. Ici le mim\u00e9tisme en devient admirable, sur certaines plages, car nullement servile, mais bel et bien r\u00e9sultant d&rsquo;une cr\u00e9ativit\u00e9 profonde et m\u00fbrement \u00e9labor\u00e9e. Fr\u00e9d\u00e9ric L\u00e9p\u00e9e, en plus de composer, enseigne la musique, et \u00e7a s&rsquo;entend. Au fur et \u00e0 mesure du temps, Yang \u00e9largit l&rsquo;espace sur un propos de plus en plus personnel, comme si finalement la plupart des morceaux s&rsquo;\u00e9taient cr\u00e9\u00e9s de mani\u00e8re collective. C&rsquo;est certainement la plus grande r\u00e9ussite de ce disque. Et l&rsquo;apport guitaristique de Laurent James y est pour beaucoup, insufflant dans ses dialogues avec L\u00e9p\u00e9e un vent de libert\u00e9 stylistique tr\u00e8s r\u00e9jouissant. On pourra aussi constater que les harmonies et s\u00e9quences pr\u00e9sent\u00e9es, en plus d&rsquo;un rock d&rsquo;ob\u00e9dience tr\u00e8s contemporaine, jettent parfois des ponts vers le <em>stoner<\/em>, ou des penchants nordiques du jazz. Le morceau d&rsquo;ouverture est tr\u00e8s embl\u00e9matique de cette tendance (\u00ab\u00a0El Diablo\u00a0\u00bb, sublime, tr\u00e8s Anekdoten), le suivant \u00e9galement&#8230; On insistera une nouvelle fois sur la qualit\u00e9 exceptionnelle, en plus des compositions, des musiciens. Ils ont choisi pour la premi\u00e8re fois d&rsquo;effectuer un v\u00e9ritable travail de studio, avec <em>overdubs<\/em>, et non pas total <em>live<\/em>, comme auparavant. L&rsquo;unit\u00e9 sonore est pourtant bien l\u00e0, et la production remarquable, pr\u00e9cise, ample mais sans emphase. Tout bonnement superbe. La palette des \u00e9motions est large ; puissance, folie, angoisse, fascination, m\u00e9lancolie, contemplation, langueur&#8230; On ne dira jamais assez combien Yang figure certainement parmi ce qui se fait de mieux dans le rock instrumental en France aujourd&rsquo;hui. Et personne ou presque n&rsquo;en parlera&#8230;<br \/><br \/> <em>The Failure Of Words<\/em>, traduisez par l&rsquo;\u00e9chec (ou la faillite) des mots, bien plus qu&rsquo;annoncer un album instrumental, semble r\u00e9sonner de fa\u00e7on presque politique, d\u00e9non\u00e7ant \u00e0 quel point le monde dans lequel nous vivons est dirig\u00e9 et contr\u00f4l\u00e9 par des discours, des plans de com, des commentaires incessants, le mot lui-m\u00eame finissant par pr\u00e9valoir sur le sens, vidant toute action ou tout engagement de sa substance.  C&rsquo;est peut-\u00eatre pr\u00eater \u00e0 ce titre des intentions que n&rsquo;avaient pas son auteur, mais en ces temps de d\u00e9sillusion politique, d&rsquo;hyper information en continu, de campagne pr\u00e9sidentielle puisqu&rsquo;il faut bien la nommer, difficile de ne pas en voir la port\u00e9e, m\u00eame si inconsciente&#8230; <br \/><br \/> Mais au del\u00e0 ce cette digression contextuelle (on l&rsquo;esp\u00e8re provisoire !), un constat \u00e9vident s&rsquo;impose : celui d&rsquo;acqu\u00e9rir imm\u00e9diatement le disque ici pr\u00e9sent. Et on ne pourra qu&rsquo;\u00e9mettre le souhait d&rsquo;une prochaine parution <em>live<\/em>, si ce n&rsquo;est celui d\u2019assister \u00e0 un des rares concerts du groupe. Vivement la suite, et plus rapproch\u00e9e si possible ! On emploie le mot chef d&rsquo;oeuvre \u00e0 tour de bras, on s&rsquo;extasie sur des albums sous le simple pr\u00e9texte qu&rsquo;ils viennent de sortir et qu&rsquo;ils sont une pierre de plus dans nos collections f\u00e9tichistes&#8230; Pour une fois, le mot aura ici trouv\u00e9 sa juste valeur. <br \/><br \/> Splendide.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Au del\u00e0 des mots\u2026 Les apparitions de Yang sont certes parcimonieuses, car avec trois albums&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":51,"featured_media":7682,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[2],"tags":[53,118,46,38,24],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7681"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/51"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=7681"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7681\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/7682"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=7681"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=7681"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=7681"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}