{"id":7659,"date":"2017-04-05T00:00:00","date_gmt":"2017-04-04T22:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/chromatique.net\/index.php\/2020\/04\/01\/7659"},"modified":"2017-04-05T00:00:00","modified_gmt":"2017-04-04T22:00:00","slug":"7659","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/2017\/04\/05\/7659\/","title":{"rendered":"Slow Joe and the Ginger accident &#8211; Let Me Be Gone"},"content":{"rendered":"\n<p>Prenez des routes que personne n&rsquo;a jamais trac\u00e9es et dites des mots que personne n&rsquo;a jamais prononc\u00e9s ! Tels sont les premiers vers de la chanson \u00ab\u00a0Swing your love\u00a0\u00bb sur le dernier album de Slow Joe and the Ginger accident. <br \/><br \/>On ne paye jamais un prix trop \u00e9lev\u00e9 pour sa libert\u00e9. Joe le lent le savait mieux que personne, lui qui a pass\u00e9 60 ans de son existence \u00e0 vivre en po\u00e8te vagabond sur l&rsquo;Ile de Goa. Durant tout  ce temps il refuse obstin\u00e9ment de faire de son art un vulgaire gagne-pain. On dit de lui qu&rsquo;il a v\u00e9cu 12 ans sous un arbre \u00e0 gagner un peu de fric en bossant comme guide touristique pour son neveu. Une vie \u00e0 la marge qui finit par trouver du sens, lorsqu\u2019en 2007, il rencontre, sur une plage de Goa, le guitariste lyonnais, C\u00e9dric de la Chapelle. Celui-ci, abasourdi par son timbre de voix, enregistre ses chansons a cappella sur un minidisc. De retour en France il fonde un groupe et compose les musiques que lui inspirent les chansons de Joe le lent. <br \/><br \/>Apr\u00e8s moultes p\u00e9rip\u00e9ties, Slow Joe finit par d\u00e9barquer en France en 2009, quelques heures \u00e0 peine avant le premier concert du groupe aux Transmusicales de Rennes. C\u00e9dric se souvient d&rsquo;avoir \u00e9t\u00e9 t\u00e9tanis\u00e9 par l&rsquo;enjeu. \u00ab\u00a0C&rsquo;\u00e9tait compl\u00e8tement dingue, on allait faire l&rsquo;ouverture d&rsquo;un des plus grands festivals en France sans avoir jamais r\u00e9p\u00e9t\u00e9 ensemble\u00a0\u00bb.<br \/><br \/>Une perspective qui n&rsquo;effrayait pas le po\u00e8te vagabond. Slow Joe d\u00e9testait r\u00e9p\u00e9ter de toute fa\u00e7on. Sa musique, il la vivait dans l&rsquo;instant. Il disait souvent que la vie n&rsquo;\u00e9tait pas une r\u00e9p\u00e9tition, pourquoi en serait-il autrement pour sa musique?  Dans la m\u00eame logique, il ne travaillait jamais sa voix, qu\u2019il consid\u00e9rait comme un don de Dieu. Il est vrai qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9coute de ce disque, on a l&rsquo;impression que Slow Joe chante en vous regardant droit dans les yeux, comme s&rsquo;il s&rsquo;adressait directement \u00e0 votre \u00e2me. Parfois, tel un chaman, il d\u00e9clame ses po\u00e8mes plus qu\u2019il ne les chante, car chez Slow Joe le texte n\u2019est jamais un pr\u00e9texte pour pousser la chansonnette. Joe \u00e9tait un po\u00e8te, il griffonnait fr\u00e9n\u00e9tiquement sur un vieux journal des phrases qui pouvaient le traverser de part en part \u00e0 n\u2019importe quel moment de son existence. \u00ab C&rsquo;est un besoin, un oxyg\u00e8ne. Je mets le stylo sur le papier et \u00e7a vient. \u00c7a vient, c&rsquo;est tout. \u00bb disait-il. <br \/><br \/> Sur ce disque, il parle de libert\u00e9, bien s\u00fbr, mais aussi du prix \u00e0 payer : la solitude et l\u2019enfer des paradis artificiels dans lesquels l\u2019homme s\u2019est perdu durant des d\u00e9cennies (\u00ab\u00a0 God Damn the Pusherman\u00a0\u00bb). Dans \u00ab\u00a0 Temple Mosque Church\u00a0\u00bb il \u00e9voque la femme d\u00e9ifi\u00e9e qui le d\u00e9tourne, par sa beaut\u00e9, du chemin de Dieu. Le rapport entre Joe et les femmes a toujours \u00e9t\u00e9 myst\u00e9rieux.  Une r\u00e9primande de ses parents, qui l\u2019auraient surpris en train d\u2019embrasser une fille \u00e0 7 ans, l\u2019aurait conduit \u00e0 \u00e9crire ses premi\u00e8res chansons quelques mois plus tard et \u00e0 s\u2019inventer peu \u00e0 peu ce personnage de clochard c\u00e9leste. Depuis ce traumatisme d\u2019enfance, on ne lui a connu aucune relation s\u00e9rieuse. A qui s\u2019adresse-t-il alors lorsqu\u2019il chante l\u2019amour sur ce disque ? Sur \u00ab\u00a0 My Sway\u00a0\u00bb il \u00e9voque cette femme myst\u00e9rieuse qui serait faite pour lui depuis la nuit des temps. Ses voisins lyonnais (Lyon \u00e9tait devenue sa ville d\u2019adoption depuis son arriv\u00e9e en France) pensent qu\u2019il s\u2019adressait  \u00e0  la pharmacienne du quartier qui a pris soin de lui durant de nombreuses ann\u00e9es. Un jour, il se serait dress\u00e9 devant le mari de cette femme pour lui dire qu\u2019il aimait Elisabeth et qu\u2019il voulait la rendre heureuse. Lorsque ce dernier lui r\u00e9torqua que leur mariage  faisait des deux \u00e9poux les personnes les plus heureuses du monde, Slow Joe baissa le regard et dans un souffle dit \u00ab  Si Elisabeth est heureuse.. alors justice est faite \u00bb . <br \/><br \/> Joe \u00e9tait d\u2019une autre \u00e9poque, d\u2019un autre monde. Il y avait quelque chose de cass\u00e9 en lui. Il l\u2019\u00e9voque dans la chanson \u00ab\u00a0 I Was A Stooge \u00a0\u00bb o\u00f9 il parle de ses r\u00eaves \u00e9vanouis.  L\u2019alcool, les drogues, la rue, les amours impossibles sont autant de f\u00ealures \u00e0 travers lesquelles Joe a r\u00e9ussi \u00e0 faire passer de la lumi\u00e8re. Cette lumi\u00e8re s\u2019est \u00e9teinte le 2 mai 2016. Joe est mort dans son sommeil, en r\u00eavant. Ce disque est donc une \u0153uvre posthume, l\u2019album d\u2019un mec qui a mis plus de 60 ans \u00e0 r\u00e9aliser son destin, mais les l\u00e9gendes ne sont pas press\u00e9es. Elles savent qu\u2019elles sont \u00e9ternelles.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Prenez des routes que personne n&rsquo;a jamais trac\u00e9es et dites des mots que personne n&rsquo;a&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":59,"featured_media":7660,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[2],"tags":[52,66],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7659"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/59"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=7659"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7659\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/7660"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=7659"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=7659"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=7659"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}