{"id":7581,"date":"2016-12-15T00:00:00","date_gmt":"2016-12-14T23:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/chromatique.net\/index.php\/2020\/04\/01\/7581"},"modified":"2016-12-15T00:00:00","modified_gmt":"2016-12-14T22:00:00","slug":"7581","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/2016\/12\/15\/7581\/","title":{"rendered":"Brieg Guerveno &#8211; Valgori"},"content":{"rendered":"\n<p>Deux albums d\u00e9j\u00e0 que ce brittophone et son puissant trio (d\u00e9sormais quatuor) faisaient parler d&rsquo;eux, s\u00e9duisant bien au del\u00e0 des amateurs de r\u00e9gionalisme et autres aimables cultivateurs de clich\u00e9s \u00ab\u00a0celtiques\u00a0\u00bb&#8230;Bretagne, histoire plurimill\u00e9naire, terre de convictions, d&rsquo;une modernit\u00e9 toujours envi\u00e9e en termes d&rsquo;accueil et d&rsquo;\u00e9ducation, \u00e0 la pointe de bien des domaines, technologie et informatique en t\u00eate. On est tr\u00e8s loin de la cornemuse et des dentelles au final&#8230; \u00ab\u00a0Bretonne\u00a0\u00bb, s&rsquo;intitulait l&rsquo;album puissamment commercial d&rsquo;une de nos vedettes de t\u00e9l\u00e9 crochets, colportant encore et toujours cette image mis\u00e9rabiliste et discriminante de carte postale, ou comment, pour la demoiselle, scier la branche sur laquelle on est assise&#8230;\u00a0\u00bbJ&rsquo;aime la musique bretonne\u00a0\u00bb&#8230; ce \u00e0 quoi Brieg r\u00e9pondrait volontiers \u00ab\u00a0gast, kae da sutal\u00a0\u00bb!&#8230; traduisez en gros: \u00ab\u00a0une baffe dans ta t\u00eate de&#8230;\u00a0\u00bb De cette Bretagne, il a choisi de conserver l&rsquo;essence-m\u00eame, sa langue, la propulsant au del\u00e0 de toute fronti\u00e8re (la meilleure des id\u00e9es), la donnant v\u00e9ritablement \u00e0 entendre, du coup, et qui plus est au sein d&rsquo;une musique r\u00e9solument contemporaine.<\/p>\r\n\n<p><em>Valgori<\/em> est un cadeau \u00e0 tous ceux qui veulent \u00eatre de ce public sans cesse grandissant, pr\u00f4nant une esth\u00e9tique m\u00e9tal, n\u00e9o romantique, parfois doom, et chapeaut\u00e9e d&rsquo;architecture prog.Tous ceux qu&rsquo; Anathema envoie au ciel, usant tout aussi bien des voiles d&rsquo;un Porcupine Tree que d&rsquo;un Motorpsycho, agen\u00e7ant ruptures sauvages et \u00e9motion, seront de la f\u00eate. Ici toute trace des origines celtes (d\u00e9j\u00e0 rares jusque-l\u00e0) a \u00e9t\u00e9 soigneusement effac\u00e9e, histoire d&rsquo;enfoncer un clou d\u00e9j\u00e0 bien plant\u00e9 dans ses guitares. Elles y sont omnipr\u00e9sentes, d&rsquo;autant doubl\u00e9es qu&rsquo;un quatri\u00e8me larron a rejoint le peloton. Une perspective tr\u00e8s excitante, soit dit en passant, en ce qui concerne le r\u00e9pertoire sc\u00e9nique \u00e0 venir. Deux guitares ! Oui, car un mur du son proprement d\u00e9coiffant occupe l&rsquo;espace, de la premi\u00e8re \u00e0 la derni\u00e8re note&#8230; tout y sera pr\u00e9texte; hymnes contagieux, larsens hypnotiques, coups de boutoirs terrassants, arp\u00e8ges extatiques, m\u00e9lop\u00e9es folk&#8230; ceci annon\u00e7ant pour certains les limites de l&rsquo;exercice, saturant presque litt\u00e9ralement le paysage, comme une guerre r\u00e9solue contre le silence&#8230; Rares sont les accalmies. Sans doute les amateurs de contrastes et de nuances resteront-ils un peu sur leur faim. De plus la musique de Brieg Guerveno ne pr\u00e9sente pas une originalit\u00e9 outre mesure, usant d&rsquo;intentions parfaitement sinc\u00e8res, souvent tr\u00e8s inspir\u00e9es, mais assez peu d\u00e9marqu\u00e9es du genre finalement. Cependant originalit\u00e9 n&rsquo;est pas forc\u00e9ment gage de qualit\u00e9, loin s&rsquo;en faut. Saluons donc son savoir-faire, et ce sens plut\u00f4t \u00e9patant de la construction, pour des morceaux dont chaque d\u00e9veloppement suscite l&rsquo;attention. L\u00e0 r\u00e9side peut-\u00eatre le vrai talent du gars&#8230;<br \/><br \/> Les musiciens font encore preuve de talent, servant toujours les compositions avec une ferveur et une efficacit\u00e9 sans faille. Le chant appara\u00eet plus juste, plus plein, en un mot plus m\u00fbr, refusant toujours toute facilit\u00e9 d&rsquo;affectation et autre mani\u00e9risme. Rappelons qu&rsquo;il y a d\u00e9j\u00e0 une voix, un style, et une langue. Le travail m\u00e9lodique est exemplaire, altern\u00e9 avec de tr\u00e8s nombreuses s\u00e9quences de puissance et de tension, plus qu&rsquo;auparavant, toute furie dehors. La mise en son a encore gagn\u00e9 en ampleur, force et majest\u00e9, laissant l&rsquo;auditeur abasourdi longtemps apr\u00e8s \u00e9coute. Un mot enfin pour la pochette absolument splendide, stoner \u00e0 souhait. <br \/><br \/> <em>Valgori<\/em> monte \u00e0 nouveau d&rsquo;un cran et saura convaincre tr\u00e8s largement un public d\u00e9j\u00e0 solide et qui ne demande que \u00e7a, pour cet album confirmant l&rsquo;\u00e9norme potentiel entrevu jusque l\u00e0. On esp\u00e8rera encore davantage de fantaisie, de nuances, et de passages instrumentaux pour le quatri\u00e8me opus, sans quoi l&rsquo;impression de recette risquera peut-\u00eatre de se faire sentir. Jusqu&rsquo;ici bravo. Belle ascension.<\/p>\n<p>Deux albums d\u00e9j\u00e0 que ce brittophone et son puissant trio (d\u00e9sormais quatuor) faisaient parler d&rsquo;eux, s\u00e9duisant bien au del\u00e0 des amateurs de r\u00e9gionalisme et autres aimables cultivateurs de clich\u00e9s \u00ab\u00a0celtiques\u00a0\u00bb&#8230;Bretagne, histoire plurimill\u00e9naire, terre de convictions, d&rsquo;une modernit\u00e9 toujours envi\u00e9e en termes d&rsquo;accueil et d&rsquo;\u00e9ducation, \u00e0 la pointe de bien des domaines, technologie et informatique en t\u00eate. On est tr\u00e8s loin de la cornemuse et des dentelles au final&#8230; \u00ab\u00a0Bretonne\u00a0\u00bb, s&rsquo;intitulait l&rsquo;album puissamment commercial d&rsquo;une de nos vedettes de t\u00e9l\u00e9 crochets, colportant encore et toujours cette image mis\u00e9rabiliste et discriminante de carte postale, ou comment, pour la demoiselle, scier la branche sur laquelle on est assise&#8230;\u00a0\u00bbJ&rsquo;aime la musique bretonne\u00a0\u00bb&#8230; ce \u00e0 quoi Brieg r\u00e9pondrait volontiers \u00ab\u00a0gast, kae da sutal\u00a0\u00bb!&#8230; traduisez en gros: \u00ab\u00a0une baffe dans ta t\u00eate de&#8230;\u00a0\u00bb De cette Bretagne, il a choisi de conserver l&rsquo;essence-m\u00eame, sa langue, la propulsant au del\u00e0 de toute fronti\u00e8re (la meilleure des id\u00e9es), la donnant v\u00e9ritablement \u00e0 entendre, du coup, et qui plus est au sein d&rsquo;une musique r\u00e9solument contemporaine.<\/p>\r\n<!-- wp:paragraph -->\n<p><em>Valgori<\/em> est un cadeau \u00e0 tous ceux qui veulent \u00eatre de ce public sans cesse grandissant, pr\u00f4nant une esth\u00e9tique m\u00e9tal, n\u00e9o romantique, parfois doom, et chapeaut\u00e9e d&rsquo;architecture prog.Tous ceux qu&rsquo; Anathema envoie au ciel, usant tout aussi bien des voiles d&rsquo;un Porcupine Tree que d&rsquo;un Motorpsycho, agen\u00e7ant ruptures sauvages et \u00e9motion, seront de la f\u00eate. Ici toute trace des origines celtes (d\u00e9j\u00e0 rares jusque-l\u00e0) a \u00e9t\u00e9 soigneusement effac\u00e9e, histoire d&rsquo;enfoncer un clou d\u00e9j\u00e0 bien plant\u00e9 dans ses guitares. Elles y sont omnipr\u00e9sentes, d&rsquo;autant doubl\u00e9es qu&rsquo;un quatri\u00e8me larron a rejoint le peloton. Une perspective tr\u00e8s excitante, soit dit en passant, en ce qui concerne le r\u00e9pertoire sc\u00e9nique \u00e0 venir. Deux guitares ! Oui, car un mur du son proprement d\u00e9coiffant occupe l&rsquo;espace, de la premi\u00e8re \u00e0 la derni\u00e8re note&#8230; tout y sera pr\u00e9texte; hymnes contagieux, larsens hypnotiques, coups de boutoirs terrassants, arp\u00e8ges extatiques, m\u00e9lop\u00e9es folk&#8230; ceci annon\u00e7ant pour certains les limites de l&rsquo;exercice, saturant presque litt\u00e9ralement le paysage, comme une guerre r\u00e9solue contre le silence&#8230; Rares sont les accalmies. Sans doute les amateurs de contrastes et de nuances resteront-ils un peu sur leur faim. De plus la musique de Brieg Guerveno ne pr\u00e9sente pas une originalit\u00e9 outre mesure, usant d&rsquo;intentions parfaitement sinc\u00e8res, souvent tr\u00e8s inspir\u00e9es, mais assez peu d\u00e9marqu\u00e9es du genre finalement. Cependant originalit\u00e9 n&rsquo;est pas forc\u00e9ment gage de qualit\u00e9, loin s&rsquo;en faut. Saluons donc son savoir-faire, et ce sens plut\u00f4t \u00e9patant de la construction, pour des morceaux dont chaque d\u00e9veloppement suscite l&rsquo;attention. L\u00e0 r\u00e9side peut-\u00eatre le vrai talent du gars&#8230;<br \/><br \/> Les musiciens font encore preuve de talent, servant toujours les compositions avec une ferveur et une efficacit\u00e9 sans faille. Le chant appara\u00eet plus juste, plus plein, en un mot plus m\u00fbr, refusant toujours toute facilit\u00e9 d&rsquo;affectation et autre mani\u00e9risme. Rappelons qu&rsquo;il y a d\u00e9j\u00e0 une voix, un style, et une langue. Le travail m\u00e9lodique est exemplaire, altern\u00e9 avec de tr\u00e8s nombreuses s\u00e9quences de puissance et de tension, plus qu&rsquo;auparavant, toute furie dehors. La mise en son a encore gagn\u00e9 en ampleur, force et majest\u00e9, laissant l&rsquo;auditeur abasourdi longtemps apr\u00e8s \u00e9coute. Un mot enfin pour la pochette absolument splendide, stoner \u00e0 souhait. <br \/><br \/> <em>Valgori<\/em> monte \u00e0 nouveau d&rsquo;un cran et saura convaincre tr\u00e8s largement un public d\u00e9j\u00e0 solide et qui ne demande que \u00e7a, pour cet album confirmant l&rsquo;\u00e9norme potentiel entrevu jusque l\u00e0. On esp\u00e8rera encore davantage de fantaisie, de nuances, et de passages instrumentaux pour le quatri\u00e8me opus, sans quoi l&rsquo;impression de recette risquera peut-\u00eatre de se faire sentir. Jusqu&rsquo;ici bravo. 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