{"id":7463,"date":"2016-07-11T00:00:00","date_gmt":"2016-07-10T22:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/chromatique.net\/index.php\/2020\/04\/01\/7463"},"modified":"2016-07-11T00:00:00","modified_gmt":"2016-07-10T22:00:00","slug":"7463","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/2016\/07\/11\/7463\/","title":{"rendered":"Philippe Cauvin &#8211; Collection 1978-2015"},"content":{"rendered":"\n<p>\u00c9crire un article sur Philippe Cauvin est assez intimidant, surtout lorsqu&rsquo;on est peu familier avec l&rsquo;artiste et que l&rsquo;on ne conna\u00eet que son travail dans le groupe de zeuhl Uppsala (qui sort un album en 1984). Quand on envisage d&rsquo;\u00e9toffer son texte en glanant \u00e7a et l\u00e0 quelques informations suppl\u00e9mentaires, on s&rsquo;aper\u00e7oit assez rapidement que la t\u00e2che n&rsquo;est pas ais\u00e9e. Car notre guitariste, si discret soit-il, poss\u00e8de un CV qui s&rsquo;\u00e9tend des ann\u00e9es soixante-dix (avec des groupes de rock comme Absinthe ou Papoose) jusqu&rsquo;aujourd&rsquo;hui, avec plusieurs albums en solo (<em>Climage<\/em> en 1982, <em>Memento<\/em> en 1984 et <em>Voie Nacr\u00e9e<\/em> en 2014). Si son fils Thibault le d\u00e9passe \u00e0 pr\u00e9sent en notori\u00e9t\u00e9, Philippe n&rsquo;en reste pas moins un artiste \u00e0 part dans le paysage musical fran\u00e7ais. Voici un survol de son \u0153uvre cach\u00e9e, que le public ne d\u00e9couvre qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui, des d\u00e9cennies parfois apr\u00e8s son enregistrement, gr\u00e2ce notamment \u00e0 Guillaume Thevenin et Thierry Payssan (Minimum Vital). Cheminons \u00e0 travers ces six disques, dans l&rsquo;ordre de leur \u00ab\u00a0num\u00e9rotation\u00a0\u00bb, celle du nom de leur compositeur, C-A-U-V-I-N\u2026 <br \/><br \/> Le premier volume de cette anthologie, sobrement intitul\u00e9 <em>Nu<\/em>, a \u00e9t\u00e9 enregistr\u00e9 en octobre 2014 au Rocher de Palmer, \u00e0 Cenon dans l&rsquo;agglom\u00e9ration bordelaise, une salle bien connue depuis son ouverture en 2010 pour sa programmation ouverte \u00e0 toutes les musiques du monde. Seul \u00e0 la guitare acoustique face au public, Philippe Cauvin s&rsquo;est inspir\u00e9 pour ce concert de trois nouvelles, reproduites dans le livret, fil rouge d&rsquo;un disque o\u00f9 se m\u00ealent d\u00e9licatesse, douceur et myst\u00e8re. La voix haut perch\u00e9e du musicien joue quelquefois avec de d\u00e9licats arp\u00e8ges qui d\u00e9fient la plupart du temps codes et normes. Cauvin se sert en effet de sa guitare non seulement comme d&rsquo;un instrument \u00e0 cordes ou \u00e0 percussion, mais fait litt\u00e9ralement corps avec cet objet presque anodin, au travers de compositions courtes et rythm\u00e9es (\u00ab\u00a0Rift Valley\u00a0\u00bb) ou longues et contrast\u00e9es (\u00ab\u00a0Le secret de la musique des sph\u00e8res\u00a0\u00bb). Deux titres enregistr\u00e9s en marge du spectacle compl\u00e8tent ce moment de gr\u00e2ce infinie, \u00e0 jamais suspendu quelque part dans le temps et dans l&rsquo;espace. <br \/><br \/> Changement complet d&rsquo;\u00e9poque, de d\u00e9cor et de genre avec le <em>Philippe Cauvin groupe<\/em>. Nous sommes en 1986, et quatre musiciens, dont notre homme, enregistrent en studio quelques demos. Les voix sont influenc\u00e9es par Magma (dont Uppsala assura des premi\u00e8res parties), mais la ressemblance s&rsquo;arr\u00eate l\u00e0. Si on reconna\u00eet la signature sonore des ann\u00e9es quatre-vingt, on reste \u00e0 des ann\u00e9es-lumi\u00e8res de ce qui se faisait alors. Le groupe ne respecte pas les formats en vogue (les morceaux s&rsquo;\u00e9tendent d&rsquo;une minute et demi \u00e0 quinze minutes) et d\u00e9fie les \u00e9tiquettes (\u00ab\u00a0Vertiges\u00a0\u00bb est aussi planante qu&rsquo;\u00ab\u00a0Automne\u00a0\u00bb est versatile). Les enregistrements ne sont pas exempts de d\u00e9fauts et certains titres semblent inachev\u00e9s, mais il faut prendre ce t\u00e9moignage pour ce qu&rsquo;il est : une tentative audacieuse, au milieu d&rsquo;une d\u00e9cennie difficile, de proposer quelque chose de diff\u00e9rent. Malheureusement, faute de perspectives, la dur\u00e9e de vie de cette formation sera courte. <br \/><br \/> Suite \u00e0 cette d\u00e9convenue, Cauvin, qui a d\u00e9j\u00e0 explor\u00e9 quantit\u00e9 de genres \u00e0 cette \u00e9poque, va se lancer dans l&rsquo;aventure d&rsquo;un album solo <em>mainstream<\/em>. Ma\u00eft\u00e9 Dallet se charge d&rsquo;\u00e9crire des paroles sur les musiques \u00e9vocatrices que le guitariste illustre d&rsquo;habitude avec des onomatop\u00e9es, des vocalises ou des mots invent\u00e9s. Le r\u00e9sultat, nettement format\u00e9, s&rsquo;appelle <em>Des mots sur des notes<\/em>. Beaucoup plus synth\u00e9tiques et dat\u00e9es, les treize chansons conservent cependant une touche d&rsquo;originalit\u00e9, ne serait-ce que par la voix chaleureuse et expressive du compositeur qui chante, une fois n&rsquo;est pas coutume, les mots qu&rsquo;on a \u00e9crits pour lui, ceux-ci bien moins creux que la moyenne de ce qui \u00e9tait commun\u00e9ment servi sur la bande FM \u00e0 cette p\u00e9riode. Malgr\u00e9 des concessions \u00e0 l&rsquo;air du temps, ces compositions n&rsquo;\u00e9taient peut-\u00eatre pas encore assez <em>radio friendly<\/em> au go\u00fbt des producteurs\u2026 Certaines d&rsquo;entre elles avaient pourtant un potentiel commercial non n\u00e9gligeable, comme \u00ab\u00a0Peau rouge\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0Attention \u00e0 toi\u00a0\u00bb. Quoiqu&rsquo;il en soit l&rsquo;album ne verra jamais le jour. <br \/><br \/> <em>Fr\u00f4lements<\/em>, le quatri\u00e8me disque de cette collection, regroupe des enregistrements \u00e9pars, capt\u00e9s en concert ou en studio, s&rsquo;\u00e9talant de 1978 \u00e0 1994. Les titres pr\u00e9sent\u00e9s ici touchent \u00e0 la quintessence de la musique de Philippe Cauvin : arp\u00e8ges limpides, boucles hypnotiques, chant presque lyrique, scand\u00e9, psalmodi\u00e9, dans divers idiomes existants ou imaginaires. Certains titres de 1980 pr\u00e9figurent <em>Climage<\/em> (1982) dans la fa\u00e7on qu&rsquo;ont la guitare et le chant \u00e0 s&rsquo;auto-suffire \u00e0 eux-m\u00eame, comme sur \u00ab\u00a0Vertiges\u00a0\u00bb et sa superbe limpidit\u00e9. Mais notre musicien n&rsquo;est pas seulement perch\u00e9 sur ses nuages personnels, il peut \u00e9galement \u00e9crire des \u00ab\u00a0chansons\u00a0\u00bb comme \u00ab\u00a0Tranche de vie\u00a0\u00bb, ou au contraire s&rsquo;aventurer sur des territoires plus exp\u00e9rimentaux (\u00ab\u00a0Fr\u00f4lements\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0\u00c9clat d&rsquo;automne\u00a0\u00bb&#8230;). Dans ce registre moins conventionnel, on retrouve aussi des r\u00e9miniscences d&rsquo;Uppsala, telle cette version alternative de \u00ab\u00a0Coste et Jukka\u00a0\u00bb enregistr\u00e9e en concert en 1993 en compagnie de Serge Korjanevski, ami et collaborateur de longue date. La production est parfois brute, l&rsquo;ensemble in\u00e9gal, mais cette compilation contient quelques perles et donne surtout une image assez fid\u00e8le de l&rsquo;\u00e9tendue du rayon d&rsquo;action de Cauvin. <br \/><br \/> Hormis le titre d&rsquo;ouverture enregistr\u00e9 en studio (\u00ab\u00a0Claire Obscure\u00a0\u00bb), <em>Except<\/em> r\u00e9v\u00e8le un concert capt\u00e9 en 2008 \u00e0 Bordeaux, par un trio form\u00e9 du batteur Philippe Bret, de Pascale Martinez au vibraphone ou marimba, et bien s\u00fbr de Philippe Cauvin. D\u00e9di\u00e9e au jazz \u00e0 l&rsquo;origine, cette formation a en r\u00e9alit\u00e9 cr\u00e9\u00e9 un univers sonore unique bien plus large,  souvent audacieux et innovant, avec toujours ces vocaux psalmodi\u00e9s caract\u00e9ristiques du guitariste. L&rsquo;improvisation fait bon m\u00e9nage avec des parties construites et la musique quoiqu&rsquo;acoustique, se rapproche parfois, dans ses moments les plus balanc\u00e9s, de l&rsquo;esprit des Mothers of Invention p\u00e9riode fusion (\u00ab\u00a0Transfert\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Tabraka\u00a0\u00bb). De la chanson recueillie et sombre (\u00ab\u00a0Oremus pour toi\u00a0\u00bb) \u00e0 des \u00e9claircies plus joyeuses et plus rythm\u00e9es (\u00ab\u00a0Muzamuzi\u00a0\u00bb), <em>Except<\/em> visite un grand spectre d&rsquo;\u00e9motions que les musiciens parviennent \u00e0 tirer de leurs instruments. Martinez troque parfois ses percussions contre une fl\u00fbte, lorsque la situation l&rsquo;exige, tandis que Cauvin, litt\u00e9ralement greff\u00e9 \u00e0 sa guitare, peint ses histoires, et que Bret, tour \u00e0 tour discret et aux avant-postes, produit le liant qui maintient debout cet \u00e9difice a\u00e9rien, perc\u00e9 de grandes baies vitr\u00e9es. <br \/><br \/> Le dernier volume de ce recueil met en avant Jordan Cauvin, le cadet, et guitariste bien \u00e9videmment, qui r\u00e9interpr\u00e8te ici \u00e0 sa mani\u00e8re quelques-unes des compositions de Philippe. Intitul\u00e9 <em>Guitarvision<\/em>, cet ensemble de relectures montre \u00e0 quel point le p\u00e8re a influenc\u00e9 le fils, mais aussi que celui-ci poss\u00e8de son style propre. Aux commandes d&rsquo;un groupe qui accueille bri\u00e8vement son grand fr\u00e8re Thibault (sur l&rsquo;\u00e9norme \u00ab\u00a0Azar de Azahar\u00a0\u00bb, tir\u00e9 du r\u00e9cent <em>Voix nacr\u00e9e<\/em>), Jordan joue de la basse et du piano en plus de son instrument de pr\u00e9dilection et endosse le r\u00f4le d&rsquo;arrangeur par-dessus le march\u00e9. Et ce sont bien de versions r\u00e9arrang\u00e9es qu&rsquo;il s&rsquo;agit, et non de simples et sages  r\u00e9interpr\u00e9tations. Le petit a du caract\u00e8re. La rel\u00e8ve est assur\u00e9e.<br \/><br \/> Cette r\u00e9trospective en six disques est une histoire de famille, d&rsquo;amiti\u00e9s, un bilan \u2013 pas d\u00e9finitif, on l&rsquo;esp\u00e8re \u2013 d&rsquo;une longue \u00ab\u00a0carri\u00e8re\u00a0\u00bb qui, si elle a \u00e9t\u00e9 en dents de scie, r\u00e9v\u00e8le les multiples facettes d&rsquo;un guitariste talentueux. Unique, original dans tous les sens du terme, Philippe Cauvin m\u00e9rite plus que largement une place au soleil.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c9crire un article sur Philippe Cauvin est assez intimidant, surtout lorsqu&rsquo;on est peu familier avec&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":14,"featured_media":7464,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[2],"tags":[56,34,84,33,23,24,66],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7463"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/14"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=7463"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7463\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/7464"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=7463"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=7463"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=7463"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}