{"id":7439,"date":"2016-06-13T00:00:00","date_gmt":"2016-06-12T22:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/chromatique.net\/index.php\/2020\/04\/01\/7439"},"modified":"2016-06-13T00:00:00","modified_gmt":"2016-06-12T22:00:00","slug":"7439","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/2016\/06\/13\/7439\/","title":{"rendered":"Radiohead &#8211; A Moon Shaped Pool"},"content":{"rendered":"\n<p>Radiohead, malgr\u00e9 sa popularit\u00e9 plan\u00e9taire, toujours pas d\u00e9mentie, demeure encore un secret bien gard\u00e9. En cela, il reste un groupe au parcours absolument unique, hors norme, et pour tout dire admirable. Chaque sortie, toujours savamment orchestr\u00e9e, est de par ce fait, et \u00e0 chaque fois, un \u00e9v\u00e8nement. Il est incroyable de susciter un tel engouement, avec l&rsquo;id\u00e9e qu&rsquo;\u00e0 chaque publication tout peut arriver. Etre aussi talentueux, aussi libre de ses choix artistiques, et avec une volont\u00e9 chevill\u00e9e au corps de r\u00e9appara\u00eetre l\u00e0 o\u00f9 personne parfois ne l&rsquo;attend, rel\u00e8ve aujourd&rsquo;hui de l&rsquo;exploit. Si peu ont emprunt\u00e9 cette voie avec une telle constance, et si peu ont tenu. On citera Bowie bien \u00e9videmment, qui pourtant en son temps a c\u00e9d\u00e9 aux sir\u00e8nes du succ\u00e8s, mais sa sortie restera grav\u00e9e dans le marbre le plus pur. En France, on peut \u00e9voquer Bashung, peut \u00eatre. Mais \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle mondiale ? Neil Young sans doute. Il n&rsquo;y en a pas tant que \u00e7a&#8230; En tous cas, pour un groupe \u00ab\u00a0r\u00e9cent\u00a0\u00bb, Radiohead fait figure d&rsquo;exception, \u00e0 tous les niveaux. Alors inutile de dire \u00e0 quel point les cinq ann\u00e9es qui s\u00e9parent  <em>A Moon Shaped Pool<\/em> de  <em>The King Of Limbs<\/em> ont \u00e9t\u00e9 longues, malgr\u00e9 l&rsquo;accueil controvers\u00e9 de leur album pr\u00e9c\u00e9dent, dont les arcanes du temps lui ont finalement rendu justice.<br \/><br \/> \u00ab\u00a0Une Piscine En Forme De Lune\u00a0\u00bb, voil\u00e0 un titre encore une fois riche de sens,  faussement \u00e9nigmatique, double du moins, entre symbole d\u00e9risoire et vulgaire du mat\u00e9rialisme ostentatoire actuel, et \u00e0 la fois sujet onirique (la lune) dans lequel on invite \u00e0 plonger corps et \u00e2me. Entre les deux, le coeur balance, comme le d\u00e9montrent les pi\u00e8ces de ce nouveau puzzle, qui aborderont tout autant gravit\u00e9 politique, \u00e9cologique (\u00ab\u00a0Full Stop\u00a0\u00bb), et pure \u00e9vasion par le r\u00eave (\u00ab\u00a0Daydreaming\u00a0\u00bb).<br \/><br \/> <em>A Moon Shaped Pool<\/em> est un album profond\u00e9ment contemplatif, d&rsquo;une apesanteur constante, renouant avec les stratosph\u00e8res d&rsquo;\u00ab\u00a0OK Computer\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0In Rainbows\u00a0\u00bb, puisqu&rsquo;il faut bien lui trouver des r\u00e9f\u00e9rences. Cette  constance, lin\u00e9arit\u00e9 diront certains, fait sa force, et peut \u00eatre aussi son d\u00e9faut, en plus du fait de ne pas y d\u00e9couvrir un mat\u00e9riel compl\u00e8tement in\u00e9dit, puisque certains morceaux ont d\u00e9j\u00e0 trouv\u00e9 vie sur sc\u00e8ne. De plus, la pulsation rock en est quasi absente, l\u00e0 o\u00f9 le quintette d&rsquo;Oxford alternait beaut\u00e9 planante pure et groove ind\u00e9 d\u00e9vastateur, de moins en moins il est vrai. Ici, luxe, faux calme (car l&rsquo;inqui\u00e9tude n&rsquo;est jamais loin avec eux), et volupt\u00e9. \u00ab\u00a0Volutes\u00a0\u00bb chantait justement Bashung, m\u00eame si le point commun s&rsquo;arr\u00eate l\u00e0, stylistiquement parlant. Quoique. Un disque un peu sage alors? D&rsquo;une certaine mani\u00e8re : oui. Peu de contrastes donc. Seuls le morceau d&rsquo;ouverture (admirable \u00ab\u00a0Burn The Witch\u00a0\u00bb, intelligemment mis en avant avant la sortie de l&rsquo;album), et \u00ab\u00a0Full Stop\u00a0\u00bb vous ferons taper du pied, ou le chaloup\u00e9 \u00ab\u00a0Tinker Taylor Soldier&#8230;\u00a0\u00bb. C&rsquo;est un peu court peut \u00eatre, car nombreux sont ceux qui appr\u00e9cient la folie \u00e9lectrique du combo, jamais tant mise en valeur que lorsqu&rsquo;elle alterne avec l\u2019\u00e9motion et le myst\u00e8re. De ce point de vue, cet album en regorge, d\u00e9cupl\u00e9s par les arrangements orchestraux sublimes de Johnny Greenwood (ses exp\u00e9riences solo dans l&rsquo;univers cin\u00e9matographique y sont pour beaucoup), et le piano magnifiquement velout\u00e9 de Yorke, v\u00e9ritable fil rouge du disque. Le chant n&rsquo;a jamais \u00e9t\u00e9 aussi d\u00e9pouill\u00e9 et feutr\u00e9, en d&rsquo;infinies caresses, pos\u00e9es, mesur\u00e9es, presque sans artifice. La guitare folk appara\u00eet, peut \u00eatre pour la premi\u00e8re fois, country blues, magnifique, nue, \u00e9tayant la palette sonore de ce disque (\u00ab\u00a0Desert Island Disk\u00a0\u00bb), un rien monolithique. La batterie de Selway fait montre d&rsquo;une grande discr\u00e9tion, avan\u00e7ant par petites touches hyper nuanc\u00e9es, quasi jazz. La basse du fr\u00e8re Greenwood et le travail multiinstrumental de Ed O&rsquo;Brian sont litt\u00e9ralement fondus dans ce maelstrom de miel, \u00e0 l&rsquo;image de la pochette. Les arrangements y sont tout aussi subtils, parcimonieux, et ajoutent ce qu&rsquo;il faut de trouble, de tension sous-jacente, comme pour d\u00e9t\u00e9riorer un minimum cette tranquilit\u00e9. L\u00e0 aussi la pochette annonce la couleur, si l&rsquo;on peut dire, avec son noir et blanc, et ce trou terrible, \u00e9voquant autant une possibilit\u00e9 de sortie que le vide et l&rsquo;absence. C&rsquo;est l\u2019une des choses merveilleuses, avec la musique de Radiohead, cette capacit\u00e9 d\u2019\u00e9voquer l&rsquo;indicible, l&rsquo;invisible, la complexit\u00e9, le refus du binaire. Comme si tout \u00e9chappait toujours \u00e0 ce qu&rsquo;on cherche \u00e0 d\u00e9finir, \u00e0 enfermer (\u00ab\u00a0Identikit\u00a0\u00bb).<br \/><br \/> La mise en son, le mixage et la production sont une fois de plus extraordinaires, un \u00e9l\u00e9ment si pr\u00e9gnant dans la discographie du groupe qu&rsquo;il agit en v\u00e9ritable sixi\u00e8me membre, avec le travail \u00f4 combien splendide de Nigel Godritch aux manettes.<br \/><br \/> Pour r\u00e9sumer, si une impression premi\u00e8re de lin\u00e9arit\u00e9 (musicalement s&rsquo;entend) s&rsquo;impose au d\u00e9part, comme vous l&rsquo;aurez compris, une chose rassure cependant : c&rsquo;est le plaisir renouvel\u00e9 de la r\u00e9\u00e9coute, comme si sa maturit\u00e9 ne devait se r\u00e9v\u00e9ler qu&rsquo;avec le temps et les petits d\u00e9tails. Radiohead nous a offert ici un calme sublim\u00e9, au milieu de la temp\u00eate. Reste tout de m\u00eame \u00e0 esp\u00e9rer que la prochaine \u00e9tape se fera moins attendre, histoire d&rsquo;\u00e9viter un certain syst\u00e9matisme, et qu&rsquo;elle proposera cette fois des accents plus \u00e9nergiques, plus d\u00e9brid\u00e9s. En attendant, on aurait tort de ne pas se baigner dans cet oc\u00e9an tout en beaut\u00e9, quelle qu\u2019en soit sa forme.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Radiohead, malgr\u00e9 sa popularit\u00e9 plan\u00e9taire, toujours pas d\u00e9mentie, demeure encore un secret bien gard\u00e9. 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