{"id":7181,"date":"2015-06-03T00:00:00","date_gmt":"2015-06-02T22:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/chromatique.net\/index.php\/2020\/04\/01\/7181"},"modified":"2015-06-03T00:00:00","modified_gmt":"2015-06-02T22:00:00","slug":"7181","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/2015\/06\/03\/7181\/","title":{"rendered":"Moraine &#8211; Groundswell"},"content":{"rendered":"\n<p>Troisi\u00e8me album pour ce quintette am\u00e9ricain form\u00e9 en 2005, au style \u00e9minemment personnel, oscillant entre avant-garde, jazz, et progressif instrumental\u2026  Le son de Moraine a quelque chose d\u2019unique, en ce sens que la plupart des d\u00e9bats m\u00e9lodiques y sont exerc\u00e9s par un instrument \u00e0 vent (le saxophone ou la fl\u00fbte, comme sur le superbe \u00ab\u00a0Spiritual Gatecrasher\u00a0\u00bb) et le violon.  La musique de Moraine n\u2019est pas symphonique, vous n\u2019y trouverez pas de clavier, et elle s\u2019exprime davantage sur des formats assez courts. Elle est l\u2019h\u00f4te de l\u2019excellent label Moonjune Records, abritant toute une myriade de formations, aux fronti\u00e8re du RIO, du new jazz, du post rock et autres r\u00e9jouissances. <br \/> <br \/>Autant \u00e9viter tout suspense, en d\u00e9clarant qu\u2019il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019un groupe de tr\u00e8s grande qualit\u00e9, et probablement l\u2019un des tous meilleurs de ces derni\u00e8res ann\u00e9es!  Et ce <em>Groundswell<\/em> ne d\u00e9ment pas le constat, bien au contraire.  Comme \u00e0 l\u2019accoutum\u00e9e, la musique des Am\u00e9ricains emprunte \u00e0 une certaine gravit\u00e9, balan\u00e7ant entre inqui\u00e9tude, humeur vagabonde, et plages de beaut\u00e9 pure. Bien s\u00fbr, l\u2019emploi du violon \u00e9voque le King Crimson de la p\u00e9riode 1972-73 (\u00ab\u00a0In That Distant Place\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Waylaid\u00a0\u00bb), ou Van Der Graaf Generator \u00e0 une ou deux reprises, de par la pr\u00e9sence du saxophone, \u00e9videmment, mais sans pourtant jamais appuyer des influences qui se font rares au final. On d\u00e9couvre donc tout au long de l\u2019album une musique instrumentale, alternant passages \u00e9crits, majoritairement, et improvisations. Tout ceci au service de s\u00e9quences puissantes, folles, ou merveilleusement nuanc\u00e9es. On y croise des rythmiques binaires  tr\u00e8s entra\u00eenantes, ou plus complexes, sur la m\u00eame plage, avec une \u00e9gale f\u00e9licit\u00e9. La batterie et la basse sont formidables de fluidit\u00e9, de retenue, de simplicit\u00e9. La vari\u00e9t\u00e9 des ambiances et s\u00e9quences convoque, de plus, une attention de chaque instant. Saluons \u00e9galement  l\u2019extr\u00eame soin de l\u2019\u00e9criture, particuli\u00e8rement fusionnelle (les instruments semblent faire v\u00e9ritablement corps), des arrangements, et du renouvellement sonore, gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019apport d\u2019effets tr\u00e8s r\u00e9jouissants. Ainsi le violon sait se transformer en harmonica d\u00e9cha\u00een\u00e9, ou la guitare en orgue satur\u00e9 tr\u00e8s Soft Machine !<br \/> <br \/>Le travail de la guitare est assez atypique dans le sens o\u00f9 elle n\u2019occupe qu\u2019assez peu le terrain, ce qui ajoute \u00e0 la personnalit\u00e9 du quintette, ses arp\u00e8ges ou rythmiques int\u00e8grent parfaitement le travail de la basse et de la batterie, offrant un \u00e9crin id\u00e9al pour les deux duettistes de service. Elle s\u2019offre tout de m\u00eame quelques solos stratosph\u00e9riques, hyper m\u00e9lodiques ou puissants, et utilise m\u00eame quelques descentes et mont\u00e9es en <em>slide<\/em> , cette technique <em>blues-country<\/em>, que l\u2019on retrouve entre autres sur l\u2019excellent \u00ab\u00a0Gnashville\u00a0\u00bb (on pense beaucoup \u00e0 \u00ab\u00a0Morphine\u00a0\u00bb),  histoire de nous attraper l\u00e0 o\u00f9 on ne l\u2019attendait plus. On le dit et le r\u00e9p\u00e8te, saxo et violon sont les ma\u00eetres ici, sans fard, souvent \u00e0 l\u2019unisson, ou dialoguant sur des m\u00e9lodies \u00e9crites, toujours superbes. Ils savent tout aussi bien faire montre d\u2019un d\u00e9licieux sens du solo, parfois <em>free<\/em>, sur une bonne partie des morceaux. Gr\u00e2ce \u00e0 eux, un esprit RIO et rock de chambre r\u00e8gne sur <em>Groundswell<\/em>, une tonalit\u00e9 acoustique et finalement Canterbury aussi. Point d\u2019esbroufe, de la premi\u00e8re \u00e0 la derni\u00e8re note, car Moraine est de l\u2019\u00e9cole de la sobri\u00e9t\u00e9, ce qui ne l\u2019emp\u00eache nullement de proposer un univers aventureux, tr\u00e8s lisible, et  sans cesse renouvel\u00e9. Comme pour nous surprendre toujours un peu plus, le quintette se pla\u00eet \u00e0 parfois d\u00e9construire ses propres s\u00e9quences, au sein du m\u00eame morceau. Enfin, pour accro\u00eetre encore notre attention et notre plaisir, une fl\u00fbte magnifique appara\u00eet ici ou l\u00e0 (fascinant \u00ab\u00a0Spiritual Gatecrasher\u00a0\u00bb, \u00e0 la \u00c4nglag\u00e5rd), ainsi que quelques impressions \u00e9lectroniques  (le morceau d\u2019ouverture notamment). Il serait fastidieux et superflu de d\u00e9crire par le menu le d\u00e9tail des dix morceaux de ce disque, tant ils parviennent \u00e0 s\u00e9duire, les uns apr\u00e8s les autres\u2026 ! Et l\u2019on se prend bien vite \u00e0 vouloir y retourner, sous l\u2019effet d\u2019une sorte de douce contagion\u2026 <br \/> <br \/>Pour r\u00e9sumer : libert\u00e9, inspiration, personnalit\u00e9, lisibilit\u00e9, coh\u00e9sion, force,  folie, \u00e9motion, nuance, finesse, renouvellement\u2026  N\u2019en jetez plus ! Il semble bel et bien que Moraine construise, petit \u00e0 petit,  avec son propre vocabulaire, une \u0153uvre inscrite dans la dur\u00e9e, \u00e0 l\u2019\u00e9preuve des modes, rejoignant sans le moindre doute le cort\u00e8ge des musiques d\u2019exception. Sa place parmi les grands appara\u00eet ainsi comme de plus en plus l\u00e9gitime, et cet album s\u2019av\u00e8re d\u00e9j\u00e0 \u00eatre une r\u00e9ussite incontestable. Un album qui va compter !<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Troisi\u00e8me album pour ce quintette am\u00e9ricain form\u00e9 en 2005, au style \u00e9minemment personnel, oscillant entre&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":51,"featured_media":7182,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[2],"tags":[53,56,43,33,38,54,24],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7181"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/51"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=7181"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7181\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/7182"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=7181"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=7181"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=7181"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}