{"id":6983,"date":"2014-11-20T00:00:00","date_gmt":"2014-11-19T23:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/chromatique.net\/index.php\/2020\/04\/01\/6983"},"modified":"2014-11-20T00:00:00","modified_gmt":"2014-11-19T22:00:00","slug":"6983","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/2014\/11\/20\/6983\/","title":{"rendered":"Serge Gainsbourg &#8211; Histoire de Melody Nelson"},"content":{"rendered":"\n<p><em>\u00ab\u00a0Ainsi je d\u00e9connais avant que ne perde<br \/> Le contr\u00f4le de la Rolls. J\u2019avan\u00e7ais lentement<br \/> Ma voiture d\u00e9riva et un heurt violent<br \/> Me tira soudain de ma r\u00eaverie. Merde !\u00a0\u00bb<\/em><br \/><br \/> <em>Histoire de Melody Nelson<\/em>. Voil\u00e0 un album symbolique des ann\u00e9es soixante-dix et un t\u00e9moin de ce que la chanson fran\u00e7aise a pu nous apporter de mieux. Si certains chanteurs fran\u00e7ais ont souvent cotoy\u00e9 la musique progressive (on peut penser \u00e0 Bashung entre autres, ou pour la blague au <em>concept-album<\/em> de Johnny sur Hamlet), on le doit tr\u00e8s probablement aux errances artistiques de Gainsbarre. L\u2019album sorti en 1971 n\u2019est cependant pas qu\u2019un album de Gainsbourg. C\u2019est la conjonction de trois \u00e9l\u00e9ments magiques : les orchestrations de Jean-Claude Vannier, un mixage et une production hors-norme s\u2019\u00e9tant d\u00e9roul\u00e9e \u00e0 mi chemin entre Londres et Paris, et enfin la plume de Gainsbourg. En 2011, pour les quarante ans de Melody Nelson est sorti un coffret comprenant l\u2019album original, des prises in\u00e9dites ainsi qu\u2019un documentaire d\u2019une quarantaine de minutes sur sa conception. Reprenons dans l\u2019ordre.<br \/> L\u2019album narre la rencontre entre un solitaire \u00e2g\u00e9 et une nymphette anglaise : Melody Nelson. Gainsbourg lui-m\u00eame avoue s\u2019\u00eatre entich\u00e9 d\u2019Humbert Humbert, protagoniste de Lolita \u00e0 la lecture du roman de Nabokov. Ainsi, <em>Histoire de Melody Nelson<\/em> serait son hommage au po\u00e8te russe. D\u2019une trentaine de minutes, l\u2019album se pr\u00e9sente comme une forme de palindrome : deux morceaux longs entament et terminent l\u2019album (\u00ab\u00a0Melody\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0Cargo Culte\u00a0\u00bb), sur le m\u00eame format : une longue litanie o\u00f9 le narrateur raconte sa rencontre et sa s\u00e9paration avec Melody Nelson, sur fond de basse\/guitare mi-funk, mi-free. Au milieu, \u00ab\u00a0L\u2019Hotel Particulier\u00a0\u00bb, pi\u00e8ce centrale et sensuelle. Enfin, de chaque c\u00f4t\u00e9, des morceaux particuli\u00e8rement courts (une \u00e0 trois minutes), dont la fameuse \u00ab\u00a0Valse de Melody\u00a0\u00bb.<br \/><br \/> Ce qui frappe dans <em>Melody Nelson<\/em>, c\u2019est l\u2019extr\u00eame sensualit\u00e9 de la musique. Les paroles sont d\u2019une finesse et d\u2019une beaut\u00e9 \u00e0 couper le souffle. \u00ab\u00a0L\u2019H\u00f4tel Particulier\u00a0\u00bb entre autres, d\u00e9crit une sc\u00e8ne d\u2019amour o\u00f9 les paroles et descriptions des lieux sont entrecoup\u00e9es d\u2019interventions ponctuelles et bienvenues d\u2019\u00e9l\u00e9ments orchestraux. Et c\u2019est proprement l\u00e0 le g\u00e9nie de l\u2019orchestration de Jean-Claude Vannier : utiliser le bon instrument au bon endroit. S\u2019il ne faut qu\u2019une note, alors il n\u2019y en aura qu\u2019une : en t\u00e9moigne l\u2019intervention \u00e9clair du piano. L\u2019orchestration est toujours l\u00e0 au bon moment pour faire monter la sauce. La mont\u00e9e de cordes sur \u00ab\u00a0Melody\u00a0\u00bb avant l\u2019accident, ou les va-et-vient sexuels sur \u00ab\u00a0l\u2019Hotel Particulier\u00a0\u00bb sont des cas d\u2019\u00e9coles de \u00ab\u00a0musique cin\u00e9matographique\u00a0\u00bb, tout est extr\u00eamement visuel. Au final, on se retrouve dans la peau de Gainsbarre, tombant \u00e9perdument amoureux d\u2019une gamine anglaise de quinze ans.<br \/><br \/> L\u2019autre point surprenant, c\u2019est l\u2019\u00e9tonnante dichotomie entre l\u2019orchestration classique, type musique de film et la section rythmique compos\u00e9e d\u2019une guitare, d\u2019une basse archi-pr\u00e9sente et d\u2019une batterie sporadique. Cette basse est l\u2019\u00e9l\u00e9ment constant de l\u2019album, elle nous attrape au d\u00e9marrage de l\u2019album et se termine sur la derni\u00e8re note de \u00ab\u00a0Cargo Culte\u00a0\u00bb. Alors que l\u2019orchestre nous entra\u00eene sur une piste de musique de film, la basse, elle, donne un aspect funky et un peu jazzy \u00e0 la musique, ce qui d\u00e9tonne clairement avec les sections de cordes. Pour preuve de cette volont\u00e9 de tirer vers le jazz, on peut prendre le solo de violon de Jean-Luc Ponty invit\u00e9 pour l\u2019occasion sur \u00ab\u00a0En Melody\u00a0\u00bb. Ce m\u00e9lange surprenant donne une patte musicale unique \u00e0 l\u2019album dont le son se reconnait entre mille.<br \/><br \/> <em>\u00ab\u00a0Entre ces esclaves nus, taill\u00e9s dans l\u2019\u00e9b\u00e8ne, <br \/>Qui seront les t\u00e9moins muets de cette sc\u00e8ne <br \/>Tandis que l\u00e0-haut, un miroir nous r\u00e9fl\u00e9chit,  <br \/>Lentement, j\u2019enlace Melody\u00a0\u00bb<\/em><br \/><br \/> Le disque de prises in\u00e9dites est particuli\u00e8rement int\u00e9ressant puisqu\u2019il fournit des versions agr\u00e9ment\u00e9es ou compl\u00e9t\u00e9es des morceaux que l\u2019on connait d\u00e9j\u00e0. L\u2019introduction \u00ab\u00a0Melody\u00a0\u00bb se retrouve boost\u00e9e de deux minutes suppl\u00e9mentaires de violons magistraux et \u00ab\u00a0l\u2019Hotel Particulier\u00a0\u00bb gagne encore une minute de sensualit\u00e9. Les prises alternatives font varier l\u00e9g\u00e8rement les paroles de certains passages mais l\u2019essentiel est retrouv\u00e9. On y d\u00e9couvre un morceau in\u00e9dit\u00e9 en deux prises \u00ab\u00a0Melody lit Babar\u00a0\u00bb qui n\u2019apporte pas grand chose \u00e0 l\u2019album. En revanche, la version instrumentale de \u00ab\u00a0Cargo Culte\u00a0\u00bb permet de se concentrer sur l\u2019\u00e9coute de l\u2019orchestration et de son final m\u00e9galo explosif. En r\u00e9sum\u00e9, ce second disque s\u2019av\u00e8re \u00eatre un ajout quasi indispensable pour les amateurs de l\u2019original. Les version agr\u00e9ment\u00e9es de \u00ab\u00a0Melody\u00a0\u00bb et de \u00ab\u00a0L\u2019Hotel Particulier\u00a0\u00bb valent vraiment le coup de prendre la place des originales dans une <em>playlist<\/em>.<br \/><br \/> Quant au reportage, il apporte un ensemble de t\u00e9moignages extr\u00eamement int\u00e9ressants et r\u00e9cents (2011), de la part de Jane Birkin, Jean-Claude Vannier, Jean-Claude Charvier (l\u2019ing\u00e9-son charg\u00e9 de l\u2019enregistrement des voix et de l\u2019orchestration) et d\u2019Andrew Birkin. Ces t\u00e9moignages sont entrecoup\u00e9s d\u2019extraits d\u2019interviews de Gainsbourg parlant de sa rencontre avec Jane et de l\u2019\u00e9criture de Melody Nelson. Il porte un compl\u00e9ment d\u2019informations sur l\u2019enregistrement du disque, les choix esth\u00e9tiques, et l\u2019\u00e9criture des id\u00e9es. S\u2019il n\u2019est pas absolument indispensable, il donnera un \u00e9clairage un peu plus contrast\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9coute de l\u2019album notamment sur les th\u00e9matiques abord\u00e9es et les choix esth\u00e9tiques de Gainsbourg et Vannier.<br \/><br \/> <em>Histoire de Melody Nelson<\/em> est un vrai grand album, l\u2019un de ceux que tout amateur de musique progressive se devrait d\u2019avoir, parce qu\u2019il a fa\u00e7onn\u00e9 le genre au m\u00eame titre qu\u2019un <em>In The Court of the Crimson King<\/em> ou un <em>Sergent Pepper<\/em>. Un de ces albums o\u00f9 l\u2019on sent que l\u2019histoire musicale s\u2019est \u00e9crite, un de ceux qui se red\u00e9couvre \u00e0 chaque \u00e9coute, et qui ne cesse de surprendre. Un de ces albums o\u00f9 l\u2019on se rend compte qu\u2019il y a des artistes qui savent d\u00e9crire l\u2019indescriptible. Un de ces albums qui donnent envie de se donner \u00e9perdument \u00e0 la musique.<br \/><br \/> <em>\u00ab\u00a0N\u2019ayant plus rien perdre, ni Dieu en qui croire<br \/> Afin qu\u2019ils me rendent mes amours d\u00e9risoires<br \/> Moi, comme eux, j\u2019ai pri\u00e9 les cargos de la nuit.<br \/><br \/> Et je garde cette esp\u00e9rance d\u2019un d\u00e9sastre <br \/>A\u00e9rien qui me ram\u00e8nerait Melody <br \/>Mineure d\u00e9tourn\u00e9e de l\u2019attraction des astres\u00a0\u00bb<\/em><\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab\u00a0Ainsi je d\u00e9connais avant que ne perde Le contr\u00f4le de la Rolls. 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