{"id":6653,"date":"2014-01-29T00:00:00","date_gmt":"2014-01-28T23:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/chromatique.net\/index.php\/2020\/04\/01\/6653"},"modified":"2022-03-30T22:23:00","modified_gmt":"2022-03-30T20:23:00","slug":"6653","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/2014\/01\/29\/6653\/","title":{"rendered":"Robert Wyatt &#8211; &rsquo;68"},"content":{"rendered":"\n<p>Cuneiform nous offre avec ce <em>&rsquo;68<\/em> l&rsquo;une de ses archives les plus int\u00e9ressantes parmi celles publi\u00e9es en 2013. C\u2019est justement en cette ann\u00e9e 1968 que Soft Machine, apr\u00e8s avoir termin\u00e9 une tourn\u00e9e am\u00e9ricaine avec Jimi Hendrix et The Move, s\u2019est s\u00e9par\u00e9 \u00e0 l&rsquo;aube de l&rsquo;\u00e9t\u00e9 malgr\u00e9 l\u2019obligation de fournir un deuxi\u00e8me album pour honorer leur contrat avec Probe. Si Kevin Ayers est parti \u00e0 Majorque et Mike Ratledge a retrouv\u00e9 Albion, Robert Wyatt est quant \u00e0 lui rest\u00e9 sur le nouveau continent, notamment chez une amie new-yorkaise, passant une grande partie de son temps au travail sur un petit piano. S&rsquo;ensuivront deux s\u00e9ances d\u2019enregistrement, l&rsquo;une aux studios T.T.G. \u00e0 Hollywood puis une seconde au Record Plant \u00e0 New-York. Compl\u00e8tement seul avec ses instruments.<br \/><br \/> Le voyage dans le temps d\u00e9bute avec la douce \u00ab\u00a0Chelsea\u00a0\u00bb, chanson donn\u00e9e par Kevin Ayers et compos\u00e9e en l&rsquo;honneur d&rsquo;une femme. Ce morceau pop <em>mid-tempo<\/em> est teint\u00e9 d&rsquo;une m\u00e9lancolie l\u00e9g\u00e8re et domin\u00e9 par l\u2019orgue. Agr\u00e9able sans \u00eatre renversant, il a pour principal int\u00e9r\u00eat de constituer en fait la premi\u00e8re version de \u00ab\u00a0Signed Curtain\u00a0\u00bb r\u00e9-enregistr\u00e9 avec Matching Mole en 1972 (avec ses paroles absurdes citant chaque partie du morceau : <em>\u00ab\u00a0This is a chorus\u2026 or perhaps it\u2019s a bridge\u00a0\u00bb<\/em>).<br \/><br \/> Pass\u00e9 ces minutes ap\u00e9ritives, il est temps d&rsquo;attaquer la premi\u00e8re des deux pi\u00e8ces maitresses qu\u2019est ce \u00ab\u00a0Rivmic Melodies\u00a0\u00bb de 18 minutes. Les connaisseurs auront tout de suite not\u00e9 qu&rsquo;il s&rsquo;agit du nom donn\u00e9 \u00e0 la face A de <em>Soft Machine volume 2<\/em> (enregistr\u00e9e en groupe un an apr\u00e8s). Habile suite de th\u00e8mes allant du loufoque au tendre, ce morceau est aussi remarquable par son sens de l&rsquo;enregistrement \u00ab\u00a0solo\u00a0\u00bb bas\u00e9 sur un assemblage batterie-voix-piano, certes verbeux et excentrique mais pour autant toujours cr\u00e9atif. Robert y \u00e9voque la tourn\u00e9e am\u00e9ricaine pass\u00e9e qui a offert \u00e0 Soft Machine une couverture m\u00e9diatique sans pr\u00e9c\u00e9dent, parlant de ses compagnons de route (<em>\u00ab\u00a0Thank you Jim for our exposure to the crowd\u00a0\u00bb<\/em>). Des d\u00e9lires vocaux \u00e0 l&rsquo;humour tr\u00e8s <em>british<\/em> (avec un \u00ab\u00a0alphabet\u00a0\u00bb \u00e0 rallonge) finissent de compl\u00e9ter la liste des ingr\u00e9dients de cette \u00e9pop\u00e9e anti-pop.<br \/><br \/> S&rsquo;ensuit encore un pr\u00e9misse de morceau \u00e0 venir, ce \u00ab\u00a0Slow Walkin&rsquo; Talk\u00a0\u00bb fa\u00e7on boogie-woogie entrainant qui deviendra un \u00ab\u00a0Soup Song\u00a0\u00bb plus cuivr\u00e9 en 1975. Le seul int\u00e9r\u00eat de ce morceau plus anecdotique r\u00e9side dans le fait que Robert Wyatt s&rsquo;octroie ici les faveurs de Jimi Hendrix \u00e0 la basse, ce dernier n&rsquo;ayant r\u00e9p\u00e9t\u00e9 le morceau qu&rsquo;une fois avant de l&rsquo;enregistrer. Il convient \u00e9galement de noter que Hendrix, toujours bienveillant envers les artistes, a pay\u00e9 lui-m\u00eame ses s\u00e9ances de studio !<br \/><br \/> Dernier morceau et deuxi\u00e8me pi\u00e8ce de maitre fr\u00f4lant les 20 minutes, \u00ab\u00a0Moon in June\u00a0\u00bb se verra \u00e0 son tour r\u00e9-enregistr\u00e9 en groupe et grav\u00e9 sur l\u2019anthologique <em>Third<\/em> en 1970. On distingue clairement deux parties sur cet enregistrement tr\u00e8s proche de sa version d\u00e9finitive. La premi\u00e8re partie est int\u00e9gralement interpr\u00eat\u00e9e en solo et porte un Robert Wyatt \u00e0 son apog\u00e9e du piano-voix touchant et harmonique. Les paroles sont encore une fois personnelles et traitent de la nostalgie d&rsquo;un anglais pour son \u00eele natale, alors qu&rsquo;il est exil\u00e9 aux Etats-Unis. La deuxi\u00e8me partie, enregistr\u00e9e plus tard en Angleterre avec Mike Ratledge et Hugh Hopper, consiste en un boeuf rageur qui ne nous en apprend pas plus sur leur capacit\u00e9 \u00e0 prodiguer un jazz rock volcanique.<br \/><br \/> <em>&rsquo;68<\/em> met \u00e0 profit rien moins que le meilleur de ce cr\u00e9ateur unique, g\u00e9niteur de belles m\u00e9lodies autant que bidouilleur multi-instrumentiste. Au final, ces quatres titres (qui totalisent dans les 45 minutes de musique) auraient pu devenir un premier album solo remarquable, posant un jalon important entre <em>Soft Machine<\/em> et <em>The End Of An Ear<\/em>. Donc indispensable \u00e0 tout amateur de rock progressif.<\/p>\r\n\n<p><em>Distribu\u00e9 par <a href=\"http:\/\/www.orkhestra.fr\/\">Orkhestra<\/a>.<\/em><\/p>\n<p>Cuneiform nous offre avec ce <em>&rsquo;68<\/em> l&rsquo;une de ses archives les plus int\u00e9ressantes parmi celles publi\u00e9es en 2013. C\u2019est justement en cette ann\u00e9e 1968 que Soft Machine, apr\u00e8s avoir termin\u00e9 une tourn\u00e9e am\u00e9ricaine avec Jimi Hendrix et The Move, s\u2019est s\u00e9par\u00e9 \u00e0 l&rsquo;aube de l&rsquo;\u00e9t\u00e9 malgr\u00e9 l\u2019obligation de fournir un deuxi\u00e8me album pour honorer leur contrat avec Probe. Si Kevin Ayers est parti \u00e0 Majorque et Mike Ratledge a retrouv\u00e9 Albion, Robert Wyatt est quant \u00e0 lui rest\u00e9 sur le nouveau continent, notamment chez une amie new-yorkaise, passant une grande partie de son temps au travail sur un petit piano. S&rsquo;ensuivront deux s\u00e9ances d\u2019enregistrement, l&rsquo;une aux studios T.T.G. \u00e0 Hollywood puis une seconde au Record Plant \u00e0 New-York. Compl\u00e8tement seul avec ses instruments.<br \/><br \/> Le voyage dans le temps d\u00e9bute avec la douce \u00ab\u00a0Chelsea\u00a0\u00bb, chanson donn\u00e9e par Kevin Ayers et compos\u00e9e en l&rsquo;honneur d&rsquo;une femme. Ce morceau pop <em>mid-tempo<\/em> est teint\u00e9 d&rsquo;une m\u00e9lancolie l\u00e9g\u00e8re et domin\u00e9 par l\u2019orgue. Agr\u00e9able sans \u00eatre renversant, il a pour principal int\u00e9r\u00eat de constituer en fait la premi\u00e8re version de \u00ab\u00a0Signed Curtain\u00a0\u00bb r\u00e9-enregistr\u00e9 avec Matching Mole en 1972 (avec ses paroles absurdes citant chaque partie du morceau : <em>\u00ab\u00a0This is a chorus\u2026 or perhaps it\u2019s a bridge\u00a0\u00bb<\/em>).<br \/><br \/> Pass\u00e9 ces minutes ap\u00e9ritives, il est temps d&rsquo;attaquer la premi\u00e8re des deux pi\u00e8ces maitresses qu\u2019est ce \u00ab\u00a0Rivmic Melodies\u00a0\u00bb de 18 minutes. Les connaisseurs auront tout de suite not\u00e9 qu&rsquo;il s&rsquo;agit du nom donn\u00e9 \u00e0 la face A de <em>Soft Machine volume 2<\/em> (enregistr\u00e9e en groupe un an apr\u00e8s). Habile suite de th\u00e8mes allant du loufoque au tendre, ce morceau est aussi remarquable par son sens de l&rsquo;enregistrement \u00ab\u00a0solo\u00a0\u00bb bas\u00e9 sur un assemblage batterie-voix-piano, certes verbeux et excentrique mais pour autant toujours cr\u00e9atif. Robert y \u00e9voque la tourn\u00e9e am\u00e9ricaine pass\u00e9e qui a offert \u00e0 Soft Machine une couverture m\u00e9diatique sans pr\u00e9c\u00e9dent, parlant de ses compagnons de route (<em>\u00ab\u00a0Thank you Jim for our exposure to the crowd\u00a0\u00bb<\/em>). Des d\u00e9lires vocaux \u00e0 l&rsquo;humour tr\u00e8s <em>british<\/em> (avec un \u00ab\u00a0alphabet\u00a0\u00bb \u00e0 rallonge) finissent de compl\u00e9ter la liste des ingr\u00e9dients de cette \u00e9pop\u00e9e anti-pop.<br \/><br \/> S&rsquo;ensuit encore un pr\u00e9misse de morceau \u00e0 venir, ce \u00ab\u00a0Slow Walkin&rsquo; Talk\u00a0\u00bb fa\u00e7on boogie-woogie entrainant qui deviendra un \u00ab\u00a0Soup Song\u00a0\u00bb plus cuivr\u00e9 en 1975. Le seul int\u00e9r\u00eat de ce morceau plus anecdotique r\u00e9side dans le fait que Robert Wyatt s&rsquo;octroie ici les faveurs de Jimi Hendrix \u00e0 la basse, ce dernier n&rsquo;ayant r\u00e9p\u00e9t\u00e9 le morceau qu&rsquo;une fois avant de l&rsquo;enregistrer. Il convient \u00e9galement de noter que Hendrix, toujours bienveillant envers les artistes, a pay\u00e9 lui-m\u00eame ses s\u00e9ances de studio !<br \/><br \/> Dernier morceau et deuxi\u00e8me pi\u00e8ce de maitre fr\u00f4lant les 20 minutes, \u00ab\u00a0Moon in June\u00a0\u00bb se verra \u00e0 son tour r\u00e9-enregistr\u00e9 en groupe et grav\u00e9 sur l\u2019anthologique <em>Third<\/em> en 1970. On distingue clairement deux parties sur cet enregistrement tr\u00e8s proche de sa version d\u00e9finitive. La premi\u00e8re partie est int\u00e9gralement interpr\u00eat\u00e9e en solo et porte un Robert Wyatt \u00e0 son apog\u00e9e du piano-voix touchant et harmonique. Les paroles sont encore une fois personnelles et traitent de la nostalgie d&rsquo;un anglais pour son \u00eele natale, alors qu&rsquo;il est exil\u00e9 aux Etats-Unis. La deuxi\u00e8me partie, enregistr\u00e9e plus tard en Angleterre avec Mike Ratledge et Hugh Hopper, consiste en un boeuf rageur qui ne nous en apprend pas plus sur leur capacit\u00e9 \u00e0 prodiguer un jazz rock volcanique.<br \/><br \/> <em>&rsquo;68<\/em> met \u00e0 profit rien moins que le meilleur de ce cr\u00e9ateur unique, g\u00e9niteur de belles m\u00e9lodies autant que bidouilleur multi-instrumentiste. Au final, ces quatres titres (qui totalisent dans les 45 minutes de musique) auraient pu devenir un premier album solo remarquable, posant un jalon important entre <em>Soft Machine<\/em> et <em>The End Of An Ear<\/em>. 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