{"id":6587,"date":"2013-11-03T00:00:00","date_gmt":"2013-11-02T23:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/chromatique.net\/index.php\/2020\/04\/01\/6587"},"modified":"2013-11-03T00:00:00","modified_gmt":"2013-11-02T22:00:00","slug":"6587","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/2013\/11\/03\/6587\/","title":{"rendered":"Nemo &#8211; Le ver dans le fruit"},"content":{"rendered":"\n<p>Lorsqu\u2019on voit poindre \u00e0 l\u2019horizon un mastodonte comme <em>Le ver dans le fruit<\/em>, on ne peut s\u2019emp\u00eacher de ressentir une l\u00e9g\u00e8re appr\u00e9hension. Alors que dans les ann\u00e9es soixante-dix, l\u2019avant-garde du rock progressif savait tout dire en trois quarts d\u2019heure ou moins, la pr\u00e9tention d\u2019\u00e9taler la confiture sur quatre faces existait d\u00e9j\u00e0, et ce n\u2019\u00e9tait en g\u00e9n\u00e9ral pas tr\u00e8s bon signe\u2026 Cela n\u2019a gu\u00e8re chang\u00e9 quarante ans plus tard et on souhaite tous que jamais l\u2019un de nos groupes f\u00e9tiches ne soit frapp\u00e9 de cette tendance \u2013 appel\u00e9e parfois \u00ab\u00a0syndrome Dream Theater\u00a0\u00bb &#8211; qui consiste \u00e0 sortir des albums massifs \u00e0 un rythme effr\u00e9n\u00e9 sans que la qualit\u00e9 ne suive (<a href=\"chroniques\/item\/14604-dream-theater\" target=\"\u201d_blank\u201d\">la derni\u00e8re sortie<\/a> des Am\u00e9ricains en est la triste illustration). Nemo a toujours r\u00e9ussi, malgr\u00e9 son stakhanovisme, \u00e0 conserver un haut niveau d\u2019\u00e9criture. En outre, les Fran\u00e7ais ont plus de temps \u00e0 consacrer \u00e0 la composition, n\u2019ayant pas une tourn\u00e9e mondiale \u00e0 assurer apr\u00e8s chaque publication. N\u00e9anmoins, produire une heure et demi de musique deux ans seulement apr\u00e8s <a href=\"component\/k2\/item\/12826?ItemId=12\" target=\"\u201d_blank\u201d\"><em>R\u20acvolu$ion<\/em><\/a> a de quoi inqui\u00e9ter, d\u2019autant que JPL a, dans l\u2019intervalle, \u00e9galement compos\u00e9 pour le second Wolfspring\u2026 <br \/><br \/> Mais jetons une oreille sans pr\u00e9jug\u00e9 \u00e0 ce <em>Ver dans le fruit<\/em> qui reprend les th\u00e8mes de l\u2019ali\u00e9nation et des fourvoiements de l\u2019Homme l\u00e0 o\u00f9 <em> R\u20acvolu$ion<\/em> les avait laiss\u00e9s : pouvoir, manipulation, religion\u2026 Les tee-shirts port\u00e9s par les musiciens dans le livret illustrent d\u2019ailleurs parfaitement la th\u00e9matique g\u00e9n\u00e9rale de l\u2019album ! Fid\u00e8le au chant en fran\u00e7ais, Nemo assume cette option si souvent \u00e9cart\u00e9e par les groupes hexagonaux. Visiblement, s\u2019exprimer dans sa langue maternelle dans le rock pose encore un probl\u00e8me par chez nous, celui de s\u2019attirer les moqueries de critiques malveillants. N\u2019est-on pas beaucoup plus indulgent avec des paroles chant\u00e9es en anglais, fussent-elles indigentes ? N\u2019est pas D\u00e9camps qui veut, mais les plumes de Jean-Pierre Louveton et Guillaume Fontaine sont loin de ressasser les poncifs et esquissent avec justesse, cyniquement, les questions ch\u00e8res au groupe. <br \/><br \/> Disons-le tout de go, le premier disque laisse un sentiment mitig\u00e9, une impression de dilution des bonnes id\u00e9es, et ce d\u00e8s \u00ab\u00a0Trojan\u00a0\u00bb. Tr\u00e8s typ\u00e9e Dream Theater, sa partie centrale instrumentale d\u00e9\u00e7oit du fait de sa longueur et son absence de singularit\u00e9. Par ailleurs &#8211; hasard de la r\u00e9partition des titres ? &#8211; les tempos sont plut\u00f4t lents, les atmosph\u00e8res sombres, et les humeurs <em>heavy<\/em>, \u00e0 l\u2019image de \u00ab\u00a0Un pied dans la tombe\u00a0\u00bb, lourd, oppressant et pessimiste, voire <em>doom<\/em> par moments. Une telle pesanteur a certes pour avantage de mettre en valeur la basse ronflante de Lionel Guichard, mais laisse un arri\u00e8re-go\u00fbt d\u2019uniformit\u00e9. On guette f\u00e9brilement et parfois en vain les emballements et les rebondissements inattendus qui ont souvent fait les beaux jours de la discographie de Nemo. S\u2019agit-il d\u2019un glissement, inconscient, vers les sensibilit\u00e9s m\u00e9talliques de son nouveau label, l\u2019allemand Progressive Promotion ? Quoi qu\u2019il en soit, le second volet suscite une r\u00e9action beaucoup plus positive car la touffeur se fait moins accablante. Est-ce aussi parce qu\u2019il est moins typ\u00e9, plus \u00ab\u00a0simple\u00a0\u00bb que son alter ego ? Les accroches sont en tous les cas abondantes. Court et efficace, \u00ab\u00a0A la une\u00a0\u00bb valorise par exemple d\u2019adroits dialogues entre le chant et la guitare. L\u2019instrumental \u00ab\u00a0Allah Deus\u00a0\u00bb poursuit sur cette voie \u00e9nergique et presque joyeuse, dissipant ainsi la toile gris\u00e2tre tiss\u00e9e par le sombre \u00ab\u00a0Triste fable\u00a0\u00bb.   \u00ab\u00a0Opium\u00a0\u00bb est l\u2019un des temps forts du disque : neuf minute de limpidit\u00e9, de simplicit\u00e9 m\u00e9lodique o\u00f9 les gros riffs n\u2019apparaissent que tardivement. Et si \u00ab\u00a0Arma Diania\u00a0\u00bb n\u2019est pas le plus original des titres longs compos\u00e9s par Nemo, le jeu \u00e9clectique de JPL y tire son \u00e9pingle du jeu au milieu d\u2019atmosph\u00e8res changeantes et d\u2019arrangements classieux. <br \/><br \/> Une telle \u0153uvre ne se pr\u00eate gu\u00e8re au r\u00e9sum\u00e9 et aux jugements \u00e0 l\u2019emporte-pi\u00e8ce, mais osons tout de m\u00eame avancer que sa premi\u00e8re partie, plus technique, souffre d\u2019un exc\u00e8s de pesanteur, tandis que la seconde offre davantage de surprises et une lisibilit\u00e9 accrue. Sur ce constat qui n\u2019engage que son auteur, le <em>Ver dans le fruit<\/em> aurait-il gagn\u00e9 \u00e0 \u00eatre plus concis ? Ou m\u00fbri davantage ? Probablement. Avec ce b\u00e9h\u00e9moth et le soutien du jeune et dynamique label allemand, les Fran\u00e7ais devraient toutefois gagner un peu en reconnaissance hors de leurs fronti\u00e8res. Un juste retour des choses.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Lorsqu\u2019on voit poindre \u00e0 l\u2019horizon un mastodonte comme Le ver dans le fruit, on ne&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":14,"featured_media":6588,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[2],"tags":[39,38,24,40],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6587"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/14"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=6587"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6587\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/6588"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=6587"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=6587"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=6587"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}