{"id":585,"date":"2007-05-30T00:00:00","date_gmt":"2007-05-29T22:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/chromatique.net\/index.php\/2020\/04\/01\/585"},"modified":"2007-05-30T00:00:00","modified_gmt":"2007-05-29T22:00:00","slug":"585","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/2007\/05\/30\/585\/","title":{"rendered":"Hugh Hopper &#8211; Hopper Tunity Box"},"content":{"rendered":"<p>Si pour vous Canterbury n\u2019est pas synonyme de cath\u00e9drale ou d\u2019universit\u00e9 mais plut\u00f4t d\u2019un genre majeur du mouvement progressif seventies, vous savez peut-\u00eatre que Hugh Hopper est une vraie l\u00e9gende. Avec ses camarades de Soft Machine, il sera un des pr\u00e9curseurs du psych\u00e9d\u00e9lisme et, surtout, l&rsquo;un des r\u00e9volutionnaires qui vont ajouter une branche \u00e0 l\u2019arbre g\u00e9n\u00e9alogique de \u00ab l\u2019art-rock \u00bb comme on disait encore \u00e0 cette \u00e9poque : celle qui m\u00eale le jazz typiquement british, et jusque-l\u00e0 quelque peu pr\u00e9visible, au rock et \u00e0 l\u2019avant-gardisme (un autre courant, lui plus tourn\u00e9 vers la pop, sera repr\u00e9sent\u00e9 par Caravan). Depuis, le bonhomme ne cesse de jouer les immortels, que ce soit en solo ou en s\u2019associant \u00e0 des projets \u00e0 la merveilleuse vigueur cr\u00e9ative (Brainville). <\/p>\n<p>  En 1973, alors qu\u2019Hopper s\u2019\u00e9mancipe de Soft Machine, il sort son premier album intitul\u00e9 <i>1984<\/i> et inspir\u00e9 par le c\u00e9l\u00e8bre ouvrage de Georges Orwell. Il faut vraiment \u00eatre tr\u00e8s large d\u2019esprit et amateur \u00e9clair\u00e9 d\u2019impertinences musicales pour parvenir \u00e0 d\u00e9guster l\u2019herm\u00e9tisme de cet OVNI. Tourn\u00e9 autant vers le jazz, le minimalisme r\u00e9p\u00e9titif d\u2019un Terry Riley, que vers la musique concr\u00e8te, <i>1984<\/i> est un gros morceau, parfois terrifiant, qui a laiss\u00e9 sur le bord de la route bien des t\u00e9m\u00e9raires. <br \/>  Trois ans plus tard, notre homme va sortir l\u2019album qui nous int\u00e9resse, <i>Hopper Tunity Box<\/i>, mais en utilisant une tout autre rh\u00e9torique pour formuler sa vision de la musique. Commen\u00e7ons par saluer le travail du label Cuneiform pour sa r\u00e9\u00e9dition remast\u00e9ris\u00e9e, et ce d\u2019autant plus que la qualit\u00e9 du son y est largement sup\u00e9rieure \u00e0 l\u2019original qui avait \u00e9t\u00e9 \u00e9dit\u00e9 sur un label scandinave au pressage assez m\u00e9diocre. <\/p>\n<p>   Justice technique \u00e9tant rendue \u00e0 un tel album, la premi\u00e8re chose que l\u2019on constate, et qui surprend, c\u2019est qu\u2019il est construit autour de lignes de basse utilisant la fameuse p\u00e9dale d&rsquo;effet \u00ab fuzz \u00bb, ce qui donne une \u00e9paisseur au son et un \u00ab graillon \u00bb inconnus jusque-l\u00e0 dans le contexte du jazz canterburien. \u00c9galement remarquable, le parti pris m\u00e9lodique, souvent magnifique, qui captive tr\u00e8s vite l\u2019attention l\u00e0 o\u00f9, pour <i>1984<\/i>, un effort \u00e9tait n\u00e9cessaire pour ne pas d\u00e9crocher. Modernit\u00e9, s\u00e9duction et grosses \u00ab huiles \u00bb (Dave Stewart, Mike Travis, Elton Dean, Richard Brunton\u2026) font donc de <i>Hopper Tunity Box<\/i> une \u0153uvre ambitieuse et attachante o\u00f9 \u00e9nergie autant que d\u00e9licatesse se m\u00ealent pour nous faire explorer le Canterbury sous tous les angles. <br \/> Justement, \u00e0 bien l\u2019\u00e9couter, on remarque que l\u2019album alterne au moins deux types de compositions diff\u00e9rentes, les unes rugueuses et \u00e9tranges, les autres plus typiquement canterburiennes, c\u2019est-\u00e0-dire plus l\u00e9g\u00e8res, swingantes et avec un c\u00f4t\u00e9 impertinent qui tient \u00e0 l\u2019esprit anglais. <br \/> Dans la premi\u00e8re cat\u00e9gorie rangeons \u00ab Hopper Tunity Box \u00bb et \u00ab Miniluv \u00bb, indissociables l\u2019une de l\u2019autre et qui d\u00e9livrent une sorte de jazz-doom insolite. Ajoutons-y \u00e9galement \u00ab Gnat Prong \u00bb sur lequel Dave Stewart, l\u2019ic\u00f4ne l\u00e9gitime des amoureux du clavier de la fameuse ville du Kent, laisse une empreinte reconnaissable entre mille. Dave Stewart qui d\u2019ailleurs, quatre plages plus loin, est l\u2019auteur d\u2019une saillie m\u00e9morable sur le titre \u00ab Mobile Mobile \u00bb avec l&rsquo;un des plus beaux solos qu\u2019il n\u2019ait jamais jou\u00e9. <br \/> Dans la seconde cat\u00e9gorie, rangeons \u00ab Lonely Sea and the Sky \u00bb, qui fait penser au travail des fabuleux Italiens de Picchio Dal Pozzo, et \u00ab Crumble \u00bb, dot\u00e9 lui aussi d\u2019un solo de clavier d\u2019anthologie interpr\u00e9t\u00e9 cette fois-ci par Frank Roberts, un habitu\u00e9 \u00e0 de telles agilit\u00e9s au sein des groupes Passeport et Isotope, deux formations elles plus typiquement jazz-rock. <\/p>\n<p>  On pourra reprocher \u00e0 l\u2019ensemble un manque \u00e9vident d\u2019unit\u00e9 et se demander ce que peuvent bien apporter des compositions comme \u00ab Lonely Woman \u00bb \u2014 tout droit sortie d\u2019une cession obscure de <i>1984<\/i> \u2014 ou \u00ab Oyster Perpetual \u00bb, le solo de basse qui conclut l\u2019album. On pourra aussi regretter que, sur certains titres, on ait une impression frustrante de d\u00e9nouement un peu abrupt, comme sur \u00ab Spanish Knee \u00bb. Mais finalement peu importe, car <i>Hopper Tunity Box<\/i> poss\u00e8de une densit\u00e9 et une personnalit\u00e9 si forte, qu\u2019il a largement sa place aux c\u00f4t\u00e9s des plus grands albums du genre. Les amateurs du fameux <i>Mainstream<\/i> de Quiet Sun et de <i>Picchio dal Pozzo<\/i> du groupe du m\u00eame nom, sauront l\u2019appr\u00e9cier \u00e0 sa juste valeur. Et puis, n\u2019oublions pas que ce sont parfois les imperfections qui font les grandes s\u00e9ductions\u2026<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Si pour vous Canterbury n\u2019est pas synonyme de cath\u00e9drale ou d\u2019universit\u00e9 mais plut\u00f4t d\u2019un genre&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":8,"featured_media":586,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[2],"tags":[],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/585"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/8"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=585"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/585\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/586"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=585"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=585"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=585"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}