{"id":583,"date":"2007-04-15T00:00:00","date_gmt":"2007-04-14T22:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/chromatique.net\/index.php\/2020\/04\/01\/583"},"modified":"2007-04-15T00:00:00","modified_gmt":"2007-04-14T22:00:00","slug":"583","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/2007\/04\/15\/583\/","title":{"rendered":"Sleepytime Gorilla Museum &#8211; Grand Opening And Closing!"},"content":{"rendered":"<p>Sleepytime Gorilla Museum est la concr\u00e9tisation musicale et philosophique de trois musiciens exp\u00e9riment\u00e9s et passablement d\u00e9concertants : Dan Rathbun, Nils Frykdahl et Carla Kihlstedt. Et d\u00e9j\u00e0, dans le nom du groupe, tout un programme de pur dada\u00efsme : force primitive, mus\u00e9e imaginaire et somnolence\u2026 Si ce mouvement artistique, parmi les plus importants et les plus novateurs du vingti\u00e8me si\u00e8cle, n\u2019avait pas encore \u00e9tendu son influence sur la musique rock avant-gardiste, et bien avec <i>Grand Opening and Closing<\/i>, dont il s\u2019agit ici de la r\u00e9\u00e9dition de 2006 augment\u00e9e de trois bonus, c\u2019est chose faite. La puissance cr\u00e9ative et la beaut\u00e9 sombre qui s\u2019en d\u00e9gage peuvent \u00eatre consid\u00e9r\u00e9es comme un quasi-manifeste du genre. Et dire que l\u2019album suivant, <i>Of Natural History<\/i>, sera encore plus convaincant, donne une id\u00e9e de la capacit\u00e9 du groupe \u00e0 ma\u00eetriser son sujet tout en l\u2019affinant sans cesse. <\/p>\n<p>  Mais revenons \u00e0 la musique de ce premier album, \u00e0 ce <i>Grand Opening and Closing<\/i> qui incarne de mani\u00e8re particuli\u00e8rement troublante, un brin gothique, un monde \u00e9trange o\u00f9 dansent des ombres mena\u00e7antes anim\u00e9es par une sorte de po\u00e9sie noire, parfois aussi subtile que violente. La marmite est, comme il se doit, compos\u00e9e de nombreux ingr\u00e9dients h\u00e9t\u00e9roclites mais que le groupe a, au final, su rendre parfaitement coh\u00e9rents et d\u00e9li\u00e9s. Percussions l\u00e9g\u00e8res ou brutalement arch\u00e9ozo\u00efques, bruitages inqui\u00e9tants, metal sauvage, violon impr\u00e9visible, voix masculine d\u2019outre-tombe ou f\u00e9minine et spectrale, toute cette potion d\u00e9gage \u00e9videmment des effluves sulfureux qui raviront les plus aguerris aux musiques extr\u00eames comme, et c\u2019est bien \u00e7a force, ceux qui go\u00fbtent plus volontiers aux musiques progressives et \u00e0 leurs ind\u00e9modables standards que sont les albums de King Crimson p\u00e9riode <i>Starless and Bible Black<\/i> et <i>Red<\/i> ou ceux, plus proches de nous, de Thinking Plague et 5uu\u2019s. <br \/> Mais ne vous trompez pas, au contraire d\u2019un Devil Doll, et malgr\u00e9 ses tendances d\u2019expression nihilo-sabbatique, Sleepytime Gorilla Museum n\u2019a rien de grotesque. Chaque titre est profond\u00e9ment original et va chercher tr\u00e8s loin au-del\u00e0 des clich\u00e9s pour exalter la vision inqui\u00e8te et d\u00e9sabus\u00e9e du groupe sur notre civilisation. Dada\u00efstes et surr\u00e9alistes ne cernaient pas mais laissaient la cr\u00e9ation les d\u00e9border. <i>Grand Opening and Closing<\/i> proc\u00e8de de la m\u00eame mani\u00e8re en d\u00e9bordant les musiciens et en \u0153uvrant comme des songes aux contours ambigus et r\u00e9v\u00e9lateurs d\u2019angoisses puis\u00e9es dans les recoins de notre plus mauvaise conscience. <\/p>\n<p>  Pour ne rien g\u00e2cher, la production, qui a demand\u00e9 un \u00e9norme travail au groupe, est, il faut le souligner, absolument remarquable : dynamique mais claire, naturelle, capable de mettre en valeur le talent individuel de chaque musicien tout en le fondant parfaitement dans l\u2019ensemble. \u00ab&nbsp;Ambugation&nbsp;\u00bb par exemple, avec sa longue introduction ponctu\u00e9e d\u2019effets bizarres et intimistes, tous plus cr\u00e9atifs les uns que les autres, est embl\u00e9matique de cette excellence qui culmine par la formidable puissance de son final. \u00ab&nbsp;1997&nbsp;\u00bb vous saisit par sa noirceur et sa virtuosit\u00e9. Quant \u00e0 \u00ab&nbsp;Powerless&nbsp;\u00bb, c\u2019est une incroyable plong\u00e9e dans un monde anxiog\u00e8ne o\u00f9 r\u00e9sonnent des sons difficilement imaginables. Mais le morceau de bravoure, la quintessence du g\u00e9nie de Sleepytime Gorilla Museum, c\u2019est le plus progressif de tous les titres, le plus crimsionnien aussi, l\u2019\u00e9norme \u00ab&nbsp;Sleepytime&nbsp;\u00bb qui avance comme une marche fun\u00e8bre irr\u00e9sistible, terrifiante, pour se disloquer en un curieux feu d\u2019artifice, scintillant et apais\u00e9. Mais il faudra bien le long et avant-gardiste \u00ab&nbsp;Sunflower&nbsp;\u00bb pour laisser le temps de refroidir cette derni\u00e8re d\u00e9bauche et cl\u00f4turer l\u2019album comme en suspension au-dessus d\u2019un vide sid\u00e9ral \u00e9voquant la mort. On pense \u00e0 un autre final, tout aussi ultime, celui de la 15\u00e8me symphonie de Chostakovitch. Excusez du peu ! <\/p>\n<p>  Mais passons ces digressions, peut-\u00eatre un peu trop philosophiques, qui pourraient nous faire oublier que <i>Grand Opening and Closing<\/i> est tout simplement un formidable album de musique. Qu\u2019on le per\u00e7oive comme un authentique manifeste esth\u00e9tique, particuli\u00e8rement intelligent ou comme une simple galette au carrefour de bon nombre de courants musicaux modernes, Sleepytime Gorilla Museum poss\u00e8de la vraie beaut\u00e9 du diable, celle \u00e0 laquelle il est impossible de r\u00e9sister\u2026 Damned !<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Sleepytime Gorilla Museum est la concr\u00e9tisation musicale et philosophique de trois musiciens exp\u00e9riment\u00e9s et passablement&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":8,"featured_media":584,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[2],"tags":[],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/583"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/8"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=583"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/583\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/584"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=583"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=583"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=583"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}