{"id":5747,"date":"2011-10-10T00:00:00","date_gmt":"2011-10-09T22:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/chromatique.net\/index.php\/2020\/04\/01\/5747"},"modified":"2011-10-10T00:00:00","modified_gmt":"2011-10-09T22:00:00","slug":"5747","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/2011\/10\/10\/5747\/","title":{"rendered":"John Zorn &#8211; Enigmata"},"content":{"rendered":"\n<p>Personnage hors normes que ce cher Zorn. Au-del\u00e0 du traumatisme visuel sur sc\u00e8ne &#8211; haut rouge informe sur treillis orange &#8211; c&rsquo;est le degr\u00e9 de libert\u00e9 des associations sonores les plus improbables qui fait du compositeur et saxophoniste d\u00e9jant\u00e9 une figure unique de la musique contemporaine, comptant des fans d&rsquo;horizons divers, \u00e0 tel point que certains \u00e9chappent \u00e0 toutes les chapelles des styles qu\u2019il brasse all\u00e8grement. Bien peu nombreux sont pourtant ceux de ses admirateurs qui s\u2019aventurent \u00e0 discourir sur <em>Enigmata<\/em>, pourtant disponible depuis juillet. Une certitude : personne, y compris l\u2019auteur de ces lignes, ne semble en avoir v\u00e9ritablement saisi le propos. Le livret n\u2019\u00e9claire gu\u00e8re davantage, si ce n\u2019est que l\u2019on peut y lire un Zorn aussi proph\u00e8te que philosophe, inflexible et anim\u00e9 d\u2019une foi in\u00e9branlable en son art, bien que parfaitement  conscient de l\u2019incompr\u00e9hension qu\u2019allait susciter son dernier attentat \u00e0 la biens\u00e9ance musicale.<br \/><br \/> Douze tableaux anonymes composent ce qui restera tout au long du disque un dialogue de sourds entre la guitare de Marc Ribot et la basse de Trevor Dunn,  improvis\u00e9 sous la direction du ma\u00eetre \u00e0 penser, dans un registre hardcore des plus anarchiques. L\u2019examen du d\u00e9tail ne laisse entrevoir ni motif identifiable ni colonne vert\u00e9brale ; l\u2019\u00e9coute sur la dur\u00e9e r\u00e9v\u00e8le un projet de cacophonie manifeste, comme si la part de pr\u00e9m\u00e9ditation annonc\u00e9e avait pour dessein d\u2019emp\u00eacher tout retour \u00e0 l\u2019intelligible. \u00c0 premi\u00e8re vue d\u00e9cousu et refusant toute homog\u00e9n\u00e9\u00eft\u00e9, les blocs de notes (ne parlons pas ici d\u2019accords ni de riffs) finissent par se ressembler, dans l\u2019urgence de leur d\u00e9filement, tout juste interrompus par des silences plus ou moins longs et sans la moindre volont\u00e9 de faire \u00e9merger un quelconque rythme \u2013 un <em>gimmick<\/em> avant-gardiste repris \u00e0 toutes les sauces possibles et imaginables de nos jours. Le contrepoint guitaristique, dont on e\u00fbt aim\u00e9 qu\u2019il f\u00fbt pratiqu\u00e9 \u00e0 un plus haut niveau d\u2019\u00e9criture connaissant les pointures ici \u00e0 l\u2019\u0153uvre, accentue une obsession jusqu\u2019au-boutiste de la dissonance et de la transgression, loin de toute notion de tonalit\u00e9 &#8211; et m\u00eame d\u2019atonalit\u00e9. Quant au timbre, derni\u00e8re composante non moins incontournable de l\u2019\u00e9quation tridimensionnelle musicale, il se cantonne \u00e0 la conjugaison quasi-exclusive des grognements du spectre grave de la basse aux d\u00e9chirements envahissants de la guitare satur\u00e9e. Cette formule \u00e9tant invariablement r\u00e9p\u00e9t\u00e9e sur pr\u00e8s de trois quarts d\u2019heure, l\u2019impact \u00e9motionnel potentiel a de quoi s\u2019estomper quelque peu. Certes, la huiti\u00e8me piste a beau d\u00e9barquer de nulle part (NB : soup\u00e7onner ici un transfert de technologie extra-terrestre) et planter une atmosph\u00e8re plus pos\u00e9e, fa\u00e7on post-rock minimaliste <em>discount<\/em>, le vacarme reprend de plus belle au cours du morceau, comme pour s\u2019excuser d\u2019une d\u00e9connexion momentan\u00e9e.<br \/><br \/> Au fond, <em>Enigmata<\/em> sonne <em>plug-and-play<\/em>, au sens vulgaire du terme. De la part de John Zorn, vu sous cette facette de son oeuvre, on attend moins de la musique qu\u2019un <em>son organis\u00e9<\/em> digne de ce nom, comme c\u2019\u00e9tait le cas de l\u2019all\u00e9chant <em>Nova Express<\/em>, sorti en ce d\u00e9but d\u2019ann\u00e9e et comme il en ira, esp\u00e9rons-le, de <em>At the Gates of Paradise<\/em> pr\u00e9vu pour l\u2019automne. Difficile de croire que ce flot de gratuit\u00e9s r\u00e9sulte d\u2019une d\u00e9marche r\u00e9fl\u00e9chie. Encore que l\u2019on aurait pu, au b\u00e9n\u00e9fice du doute enveloppant l\u2019\u00e9nigmatique galette, prendre soin de fustiger les limites de notre propre entendement et s\u2019en remettre au g\u00e9nie maintes fois prouv\u00e9 du prolifique artiste, qui enregistre plus vite qu\u2019on n\u2019arrive \u00e0 le critiquer. Que nenni pourtant : nous voil\u00e0 tout mouill\u00e9s pour l\u2019occasion, bien persuad\u00e9s que l\u2019eau, dont on dit qu\u2019elle coulera sous les ponts, emportera avec elle cette bien discr\u00e8te anecdote, pour mieux laisser \u00e9merger les pierres angulaires d\u2019une  histoire discographique riche en soubresauts.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Personnage hors normes que ce cher Zorn. 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