{"id":5559,"date":"2011-04-11T00:00:00","date_gmt":"2011-04-10T22:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/chromatique.net\/index.php\/2020\/04\/01\/5559"},"modified":"2011-04-11T00:00:00","modified_gmt":"2011-04-10T22:00:00","slug":"5559","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/2011\/04\/11\/5559\/","title":{"rendered":"Yom and the Wonder Rabbis &#8211; With Love"},"content":{"rendered":"\n<p>De lourds nuages plomb\u00e9s p\u00e8sent sur une Terre sinistr\u00e9e o\u00f9 croupit une humanit\u00e9 g\u00e9missante et ployant l\u2019\u00e9chine, en proie au lourd fl\u00e9au du narcissisme, de l\u2019ennui et de l\u2019absence d\u2019amour. Soudain, d\u00e9chirant les cieux tourment\u00e9s dans le fracas d\u2019un roulement de toms, surgit un musculeux personnage bicolore, suivi de pr\u00e8s par trois curieux comp\u00e8res. Voici Yom et ses Wonder Rabbis, fraichement \u00e9chapp\u00e9s du monde des superh\u00e9ros pour apporter un peu de douceur \u00e0 ce troupeau de bip\u00e8des h\u00e9b\u00e9t\u00e9s. Signes particuliers : un cr\u00e2ne soigneusement ras\u00e9 et une clarinette en guise de Batflingue pour Yom, tandis que ses acolytes arborent d&rsquo;imposantes coiffes de rabbins tout droit sortis d\u2019un <em>shtetl<\/em> perdu au fin fond d\u2019une Pologne projet\u00e9e en enfer par le d\u00e9ferlement des Panzers.<br \/><br \/> \u00ab\u00a0Picnic in Tchernobyl\u00a0\u00bb donne d&#8217;embl\u00e9e le ton de ce <em>With Love<\/em>, celui d&rsquo;un electro-klezmer-rock oscillant entre pulsations binaires et rythmiques chaloup\u00e9es de la paire S\u00e9bastien L\u00e9t\u00e9 (batterie) \/ Sylvain Daniel (basse et effets en tous genres), sans reculer parfois devant le second degr\u00e9 d&rsquo;un certain kitch, parfaitement assum\u00e9 (les parties de claviers de \u00ab\u00a0Highway to Constantinople\u00a0\u00bb). Le livret du disque, bande dessin\u00e9e dans la plus pure tradition des <em>comics<\/em> am\u00e9ricains, habille de couleurs clinquantes sur fond rose bonbon un grand d\u00e9lire aux accents psychanalytiques : dans la droite lign\u00e9e de <em>New King Of Klezmer Clarinet<\/em>, si la musique est une affaire de la plus haute importance, il n&rsquo;est d\u00e9cid\u00e9ment pas question de se prendre trop au s\u00e9rieux !<br \/><br \/> Loin des ambiances gaies et entra\u00eenantes que le visuel comme la belle absurdit\u00e9 de certains titres auraient pu laisser attendre, les <em>tempi<\/em> mod\u00e9r\u00e9s dominent. Et rapidement, c&rsquo;est l&rsquo;aspect hypnotique qui l&#8217;emporte, dans les boucles de clarinette et les rythmiques lancinantes de \u00ab\u00a0Saving The World Is Easy\u00a0\u00bb, par exemple. La transe n&rsquo;est pas loin, merveilleusement entretenue par les claviers planants de Manuel Peskine (Rhodes et synth\u00e9tiseurs) et l&rsquo;on imagine ais\u00e9ment les d\u00e9veloppements que tout ceci pourrait prendre en concert. Pour autant, l\u2019univers de Yom n\u2019est pas univoque : autour d\u2019une d\u00e9claration d\u2019amour \u00e0 la tradition instrumentale klezmer dont il est d\u00e9positaire, se d\u00e9veloppent et s\u2019entrem\u00ealent les ramifications de plusieurs familles musicales. L\u2019electro de \u00ab\u00a0Along The Red Danube\u00a0\u00bb se rapproche de l\u2019aspect lancinant du trip-hop tandis qu\u2019entre deux instants tirant fortement vers le psych\u00e9d\u00e9lisme, quelques relents de coldwave viennent s\u2019immiscer. The Cure r\u00f4de par moments, du moins dans l\u2019esprit, planant comme une remont\u00e9e d\u2019adolescence chez ces trentenaires aventureux (sans oublier \u00ab\u00a0Killing a Gipsy\u00a0\u00bb, \u00e9vocation probable du \u00ab\u00a0Killing an Arab\u00a0\u00bb qui propulsa le groupe de Robert Smith sur la sc\u00e8ne internationale). <br \/><br \/> Rien n&rsquo;est vraiment grave, dans ce monde de super h\u00e9ros ; rien n&rsquo;est vraiment s\u00e9rieux, mais rien ne plaisante tout \u00e0 fait non plus, et le quotidien affleure dans toute sa pesanteur : \u00ab\u00a0Along The Red Danube\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0Killing a Gipsy\u00a0\u00bb renvoient \u00e0 de tristes \u00e9pisodes r\u00e9cents, entre pollution industrielle aux boues rouges en Hongrie et pollution de la parole politique ici m\u00eame, en ces temps incertains. <br \/><br \/> La musique que propose Yom, tranchant ainsi avec les couleurs acidul\u00e9es de son univers graphique, est paradoxalement assez sombre. On y retrouve, \u00e0 chaque instant, la profonde nostalgie ins\u00e9parable des traditions musicales juives, qu&rsquo;elles soient d&rsquo;Europe ou du Moyen-Orient, et plus encore de leur renaissance contemporaine hors de ce Yiddishland disparu dont l\u2019ombre ne cesse de planer sur les vivants. La douceur du timbre de la clarinette joue dans ce <em>spleen<\/em> un r\u00f4le essentiel, comme sur \u00ab\u00a0The Wonder Rabbis\u00a0\u00bb, qui reprend un th\u00e8me du \u00ab R\u00eave de l&rsquo;enfant \u00bb pr\u00e9sent sur <em>Unue <\/em>(comme \u00ab Saving The World Is Easy \u00bb reprend celui de \u00ab\u00a0Souvenirs\u00a0\u00bb) et dont la longue mont\u00e9e en puissance est tr\u00e8s r\u00e9ussie, ou sur \u00ab\u00a0Kaddish for Superman\u00a0\u00bb qui tient plus du recueillement de la pri\u00e8re des morts que d\u2019une chasse endiabl\u00e9e \u00e0 la Kryptonite.<br \/><br \/> Ainsi, de cette apocalypse psychique du sentiment comme du poids de la Catastrophe historique omnipr\u00e9sent dans ce courant musical, Yom tire une substance dense et \u00e9vocatrice, actualisant au meilleur sens du terme une tradition qui n&rsquo;en finit pas de refuser de dispara\u00eetre.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>De lourds nuages plomb\u00e9s p\u00e8sent sur une Terre sinistr\u00e9e o\u00f9 croupit une humanit\u00e9 g\u00e9missante et&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":11,"featured_media":5560,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[2],"tags":[],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5559"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/11"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=5559"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5559\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/5560"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=5559"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=5559"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=5559"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}