{"id":5543,"date":"2011-03-31T00:00:00","date_gmt":"2011-03-30T22:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/chromatique.net\/index.php\/2020\/04\/01\/5543"},"modified":"2011-03-31T00:00:00","modified_gmt":"2011-03-30T22:00:00","slug":"5543","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/2011\/03\/31\/5543\/","title":{"rendered":"Avishai Cohen &#8211; Seven Seas"},"content":{"rendered":"\n<p>Avec <em>Aurora<\/em>, Avishai Cohen avait imprim\u00e9 un tournant d\u00e9cisif \u00e0 sa carri\u00e8re, en passant d\u2019une formule instrumentale clairement jazz \u00e0 un style diff\u00e9rent, laissant la primaut\u00e9 au chant et marqu\u00e9 plus encore qu\u2019auparavant par les traditions musicales juives et moyen-orientales. Ce disque avait remport\u00e9 un succ\u00e8s imm\u00e9diat. Depuis, Avishai Cohen n\u2019a cess\u00e9 de tourner, en France et de par le monde, encha\u00eenant petites salles de province et grands lieux prestigieux (Salle Pleyel, grand chapiteau de Marciac, etc.). La carri\u00e8re du contrebassiste a clairement pass\u00e9 un cap, il y a trois ans : un nouveau public est venu grossir les rangs des amateurs de jazz qui le suivaient jusque l\u00e0, et la m\u00e9diatisation est all\u00e9e croissant, au grand dam de ceux qui acceptent mal le succ\u00e8s, comme si pour rester \u00ab\u00a0pur\u00a0\u00bb, un artiste devait n\u00e9cessairement \u00eatre maudit.<br \/><br \/> Donner suite \u00e0 pareille r\u00e9ussite tient toujours du d\u00e9fi. Ainsi, <em>Seven Seas<\/em> \u00e9tait attendu au tournant et ce quels que soient les choix que pouvait faire Avishai Cohen ; avant m\u00eame la sortie du disque, les critiques \u00e9taient affut\u00e9es, d\u00e9j\u00e0 pr\u00eates \u00e0 fuser. Cependant, il parvient \u00e0 les d\u00e9tourner en partie \u2013 et avec habilet\u00e9, en rebondissant l\u00e0 o\u00f9 on ne l\u2019attendait pas forc\u00e9ment. Ce nouveau disque revient \u00e0 une formule plus instrumentale : la voix est moins pr\u00e9sente, en temps total de musique, mais surtout moins mise en avant, et ne se trouve jamais aussi \u00e0 nu qu\u2019elle pouvait l\u2019\u00eatre sur <em>Aurora<\/em>, pleinement assum\u00e9e jusque dans ses fragilit\u00e9s.<br \/><br \/> Tr\u00e8s \u00e9crit, <em>Seven Seas<\/em> est charg\u00e9 en arrangements, pour lesquels Avishai Cohen retourne \u00e0 d&rsquo;anciennes amours (bugle, saxophone soprano) tout en s&rsquo;adonnant \u00e0 de nouvelles conqu\u00eates (un cor anglais surprenant et bienvenu), au service d&rsquo;orchestrations travaill\u00e9es (\u00ab\u00a0Ani Aff\u00a0\u00bb et le sommet du disque, \u00ab\u00a0Halah\u00a0\u00bb). L&rsquo;efficacit\u00e9 rythmique est toujours aussi grande, n\u00e9e de l&rsquo;association entre les percussions virevoltantes d&rsquo;Itamar Doari, la contrebasse dansante d&rsquo;Avishai Cohen et la main gauche chaloup\u00e9e mais claquante de Shai Maestro. En t\u00e9moigne l&rsquo;imparable \u00ab\u00a0Seven Seas\u00a0\u00bb, dont il n&rsquo;est pas surprenant qu&rsquo;il ait \u00e9t\u00e9 choisi pour la diffusion radio. Le piano se taille la part du lion sur ce nouveau disque (parfois tenu par Avishai Cohen lui-m\u00eame), au d\u00e9triment du oud d&rsquo;Amos Hoffman, qui dispara\u00eet presque, rel\u00e9gu\u00e9 au rang de quasi ornementation. S&rsquo;agit-il paradoxalement, et malgr\u00e9 les arrangements, de l&rsquo;amorce d&rsquo;un recentrage sur une formule en trio, pareille \u00e0 celle qui fit les grands jours de l&rsquo;\u00e9poque de <em>Continuo<\/em> ou de <em>Gently Disturbed<\/em> ? La tourn\u00e9e actuellement en cours, ne r\u00e9unissant autour du contrebassiste que Shai Maestro et Itamar Doari (\u00e0 la batterie cette fois), semblerait confirmer cette hypoth\u00e8se. Pour autant, <em>Seven Seas<\/em> reste dans l&rsquo;inspiration traditionnelle, et poursuit les recherches entam\u00e9es sur <em>Aurora<\/em>, avec cette fois une excursion vers l&rsquo;Europe centrale sur \u00ab\u00a0About A Tree\u00a0\u00bb, reprise d&rsquo;une vieille chanson yiddish, \u00ab\u00a0Oyfn Weg Shteyt a Boym\u00a0\u00bb. Dans le m\u00eame temps, Avishai Cohen y d\u00e9veloppe plus encore qu&rsquo;auparavant une \u00e9criture n\u00e9oclassique, pens\u00e9e et rigoureuse : le bonhomme conna\u00eet son Bach par coeur, et cela s&rsquo;entend.<br \/><br \/> Moins imm\u00e9diatement touchant et s\u00e9duisant qu&rsquo;<em>Aurora<\/em>, moins entra\u00eenant et fougueux que <em>Gently Disturbed<\/em>, il est tentant d\u2019\u00eatre d\u00e9\u00e7u par <em>Seven Seas<\/em>, au premier abord. D&rsquo;autant qu&rsquo;il y aurait un petit c\u00f4t\u00e9 \u00ab\u00a0chic\u00a0\u00bb \u00e0 faire la fine bouche \u00e0 propos d&rsquo;un album encens\u00e9 et largement soutenu par une <em>major<\/em>. Mais il s&rsquo;agit en fait d&rsquo;un disque riche, qu&rsquo;il faut prendre le temps de p\u00e9n\u00e9trer pour en mesurer la qualit\u00e9, et d&rsquo;un disque \u00e0 l&rsquo;effet sans doute plus durable, finalement, qu&rsquo;<em>Aurora.<\/em> Pos\u00e9, pens\u00e9, plein de recul, <em>Seven Seas<\/em> aboutit, l\u00e0 o\u00f9 son pr\u00e9d\u00e9cesseur t\u00e2tonnait encore. Sans aucun doute, voil\u00e0 le disque d&rsquo;un musicien s\u00fbr de lui, qui sait qu&rsquo;il peut d\u00e9sormais tout se permettre, et qu\u2019il sera suivi.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Avec Aurora, Avishai Cohen avait imprim\u00e9 un tournant d\u00e9cisif \u00e0 sa carri\u00e8re, en passant d\u2019une&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":11,"featured_media":5544,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[2],"tags":[],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5543"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/11"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=5543"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5543\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/5544"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=5543"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=5543"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=5543"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}