{"id":4827,"date":"2008-02-07T00:00:00","date_gmt":"2008-02-06T23:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/chromatique.net\/index.php\/2020\/04\/01\/4827"},"modified":"2008-02-07T00:00:00","modified_gmt":"2008-02-06T22:00:00","slug":"4827","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/2008\/02\/07\/4827\/","title":{"rendered":"Aksak Maboul &#8211; Onze danses&#8230; (r\u00e9\u00e9d.)"},"content":{"rendered":"<p>Attention, objet culte. Pourtant, dans sa forme, cet objet est bien modeste. Fait de bric et de broc et sorti incognito en 1977 sur un label \u00e9ph\u00e9m\u00e8re, ces <i>Onze danses pour combattre la migraine<\/i> avait tout d\u2019une exp\u00e9rience musicale sans lendemain. Seulement son g\u00e9niteur, Marc Hollander, futur patron du vivifiant label Crammed Discs avait, sans le savoir, anticip\u00e9 ce qui trente ans plus tard deviendra une norme pour beaucoup de compositeurs de musique : le m\u00e9tissage des styles et des sons. C\u2019est que ces <i>Onze danses\u2026<\/i> vraiment maboules ne contiennent rien d\u2019embryonnaire. Elles sont peut-\u00eatre la premi\u00e8re expression mill\u00e9sim\u00e9e et bluffante de la future \u00ab\u00a0sono mondiale\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>   Rehauss\u00e9 par le prestige d\u2019un second album totalement abouti et m\u00e8tre \u00e9talon de la sc\u00e8ne Rock in Opposition (<i>Un peu de l&rsquo;\u00e2me des bandits<\/i>), Aksak Maboul fait donc parti de la l\u00e9gende des groupes pionniers, entre Henry Cow, Art Bears et la world music. Plusieurs d\u00e9cennies plus tard, d\u2019autres iront encore plus loin en se for\u00e7ant \u00e0 concilier les \u00e9l\u00e9ments les plus extr\u00eames. Mais peu mettront en \u00e9vidence avec cette d\u00e9sarmante simplicit\u00e9 ce qui relie toutes les musiques du monde dont l\u2019inspiration est presque toujours puis\u00e9e dans l\u2019essence de la vie quotidienne.<\/p>\n<p>  Pour autant, les Aksak Maboul (Marc Hollander et Vincent Kenis) n\u2019ont jamais eu la grosse t\u00eate. Et leur musique t\u00e9moigne pour eux. Frapp\u00e9es au coin de la simplicit\u00e9 et de la spontan\u00e9it\u00e9, toutes ces plages qui se m\u00ealent dans un bric-\u00e0-brac fantaisiste et r\u00e9volutionnaire sont l\u2019expression \u00e9vidente de doux r\u00eaveurs qui \u00e0 force de fouiller l\u2019ordinaire, comme \u00c9rik Satie en son temps, ont d\u00e9bouch\u00e9 sur rien de moins que l\u2019universel. C\u2019est le genre de bascule que vous ne d\u00e9cidez pas. Seul le talent po\u00e9tique vous y am\u00e8ne.<\/p>\n<p>  Jugez plut\u00f4t. Aussi surr\u00e9alistes qu\u2019un tableau de Salvador Dali, ces <i>Onze danses pour combattre la migraine<\/i> nous font serpenter sans pr\u00e9venir, mais sans jamais heurter non plus, entre des pi\u00e8ces \u00e0 la na\u00efvet\u00e9 proche d\u2019une bande originale de Nino Rota, des exp\u00e9riences vocales dignes de Dagmar Krause, du folkore roumain, du RIO fa\u00e7on Art Bears, de la musique minimaliste, des gags juv\u00e9niles, des m\u00e9lodies populaires, du Kraftwerk pur \u00e9lectro, des tambours africains, du jazz \u00e9th\u00e9r\u00e9, des exp\u00e9riences Kraut-Rock et space rock\u2026 Bref, un vrai bouillon de culture !<\/p>\n<p>  Tout n\u2019est pas parfait dans ce livre d\u2019images sans fronti\u00e8re, aussi vaste qu\u2019intimiste. Dans le genre \u00e9lectro jazz m\u00e9ditatif, \u00ab\u00a0Mastoul Alakefak\u00a0\u00bb fait, par exemple, un peu pale figure compar\u00e9 \u00e0 certaines pi\u00e8ces de Richard Pinhas de la m\u00eame \u00e9poque. Tr\u00e8s abstrait \u2014 et dans le mauvais sens du terme \u2014 ce titre ferme presque le ban en laissant un go\u00fbt trompeur.<\/p>\n<p>  Peu importe, <i>Onze danses pour combattre la migraine<\/i> est un grand album. S\u2019il est moins abouti que ne le sera <i>Un peu de l&rsquo;\u00e2me des bandits<\/i> trois ans plus tard, c\u2019est une merveille de fantaisie. Et puis qui, en 1977, peut se targuer d\u2019avoir ouvert une nouvelle br\u00e8che dans le contexte v\u00e9n\u00e9neux et irr\u00e9v\u00e9rencieux de cette p\u00e9riode ? Pourtant Aksak Maboul, au milieu du \u00ab\u00a0no future\u00a0\u00bb, a eu le talent de pr\u00e9parer l\u2019avenir.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Attention, objet culte. Pourtant, dans sa forme, cet objet est bien modeste. 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