{"id":407,"date":"2010-03-22T00:00:00","date_gmt":"2010-03-21T23:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/chromatique.net\/index.php\/2020\/04\/01\/407"},"modified":"2010-03-22T00:00:00","modified_gmt":"2010-03-21T22:00:00","slug":"407","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/2010\/03\/22\/407\/","title":{"rendered":"Present &#8211; Barbaro [ma non troppo]"},"content":{"rendered":"<p>Apr\u00e8s neuf ans de silence discographique (si l\u2019on excepte le <i>live<\/i> paru chez Cuneiform Records en 2005, <i>A Great Inhumane Adventure<\/i>), voici le grand retour de Present, \u00ab l\u2019autre \u00bb t\u00eate pensante du Rock in Opposition belge (aux c\u00f4t\u00e9s des fr\u00e8res plus ou moins amis d\u2019Univers Zero), celle qui se compla\u00eet dans les guitares satur\u00e9es et les moiteurs glaciales des atmosph\u00e8res m\u00e9talliques. Autant le dire d\u2019embl\u00e9e, l\u2019attente en valait la peine, tant l\u2019objet qui nous est propos\u00e9 rec\u00e8le de merveilles.<\/p>\n<p>     Ce sont bien \u00e9videmment les nouveaut\u00e9s qui suscitaient le plus d\u2019attentes. La partie audio de ce <i>Barbaro (ma non troppo)<\/i> ne contient que trois titres ; mais \u00e0 eux seuls, ils vaudraient l\u2019achat de ce disque. D\u00e8s les premi\u00e8res notes, \u00ab Vertiges \u00bb annonce la couleur : stridences de saxophones et de violoncelle, piano glacial, rythmiques martiales \u00e9cartel\u00e9es entre guitare satur\u00e9e, basse \u00e0 l\u2019agressivit\u00e9 sournoise et batterie maligne. Cette longue pi\u00e8ce (plus d\u2019un quart d\u2019heure) souffle autant le br\u00fblant que le glacial, et sent d\u2019un bout \u00e0 l\u2019autre les pieds crochus, le dos velu et l\u2019haleine f\u00e9tide d\u2019une d\u00e9moniaque cr\u00e9ature, ne l\u00e2chant par moments sa proie que pour mieux s\u2019en ressaisir, avec plus de rage encore. <\/p>\n<p>   \u00ab A Last Drop \u00bb (compos\u00e9 par Pierre Chevalier, dont l\u2019apport au groupe semble ne cesser de cro\u00eetre) est d\u2019un abord plus accessible et moins sombre, habilement construite autour d\u2019un <i>ostinato<\/i> ayant furieusement tendance \u00e0 se ficher dans un coin de l\u2019esprit d\u2019o\u00f9 il est bien difficile de le d\u00e9loger. Ce titre vient proposer une respiration bienvenue avant la nouvelle plong\u00e9e dans les profondeurs que constitue la r\u00e9-interpr\u00e9tation du mythique \u00ab Jack The Ripper \u00bb, fruit des amours pass\u00e9es de Roger Trigaux, l\u2019\u00e2me de Present, et Daniel Denis, mentor d\u2019Univers Zero, paru pour la premi\u00e8re fois sur <i>H\u00e9r\u00e9sie<\/i> (1979) et remani\u00e9 sans cesse depuis, par les deux formations.<\/p>\n<p>   Sur ce dernier titre, on quitte les friches industrielles aux poutres m\u00e9talliques d\u00e9form\u00e9es par une pernicieuse corrosion, et les \u00e9panchements de fluides d\u00e9goulinant de f\u00fbts rong\u00e9s par l\u2019acide qu\u2019\u00e9voquait immanquablement \u00ab Vertiges \u00bb pour s\u2019enfoncer dans un obscur sous-bois o\u00f9 des \u00e9charpes d\u2019une brume am\u00e8re se prennent et se d\u00e9chirent dans de mena\u00e7ants taillis. La silhouette du myst\u00e9rieux assassin se profile au loin et l\u2019on cherche autant \u00e0 le fuir qu\u2019\u00e0 l\u2019apercevoir, tandis qu\u2019il s\u2019approche inexorablement, au rythme d\u2019un morceau alternant attentes angoissantes et cavalcades dissonantes.<\/p>\n<p>     Le DVD de pr\u00e8s de trois heures qui accompagne le disque est, dans son genre, un v\u00e9ritable bijou (un diamant noir, est-il besoin de le pr\u00e9ciser ?). Dans son premier tiers, il reprend (en partie) la prestation de Present \u00e0 la premi\u00e8re \u00e9dition du festival Rock in Opposition de Carmaux. Les versions \u00e9lectriques de \u00ab Jack The Ripper \u00bb, \u00ab Ceux d\u2019en Bas \u00bb et du monumental \u00ab Promenade au fond d\u2019un Canal \u00bb, qui restera pour l\u2019\u00e9ternit\u00e9 le chef-d\u2019\u0153uvre de Present, sont de v\u00e9ritables moments de jubilation et soulignent encore l\u2019insolente puissance du groupe depuis quelques ann\u00e9es. <\/p>\n<p>   Les cris du saxophone de Pierre Desassis et les plaintes du violoncelle de Matthieu Safatly viennent y compl\u00e9ter \u00e0 merveille les rythmiques tortur\u00e9es de Dave Kerman (batterie) et Keith Macksoud (basse), et se superposent, toujours en tension, aux harmonies cagneuses de Pierre Chevalier (claviers) et des Trigaux p\u00e8re et fils (guitares). Mais ce sont surtout les versions acoustiques de \u00ab Souls For Sale \u00bb et \u00ab Vertiges \u00bb qui prennent aux tripes. Avec deux pianos (Pierre Chevalier et Ward de Vleeschhouwer) et cinq percussionnistes (Dave Kerman, Roger et R\u00e9ginald Trigaux, Keith Macksoud et Matthieu Safatly), Present avait \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque r\u00e9ussi \u00e0 cr\u00e9er un climat \u00e0 la fois envo\u00fbtant et terriblement angoissant, traumatisant \u2013 pour le meilleur \u2013 un public qui ne demandait d\u2019ailleurs que \u00e7a. La prestation au festival de Gouveia, l\u2019ann\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dente, permet de profiter d\u2019un \u00ab The Limping Little Girl \u00bb on ne peut plus malsain, o\u00f9 les \u00ab <i>didn\u2019t you hear what your mother said ?<\/i> \u00bb font froid dans le dos, ainsi que deux autres versions de \u00ab Vertiges \u00bb (en partie seulement, le titre ayant \u00e9t\u00e9 d\u00e9velopp\u00e9 par la suite) et \u00ab A Last Drop \u00bb. <\/p>\n<p>     En bonus, une s\u00e9rie de documents dans l\u2019ensemble int\u00e9ressants permettent un voyage dans le temps, au travers des diverses incarnations du groupe, depuis un \u00ab Present C.O.D. \u00bb, simple duo de guitares \u00e0 la sauce Trigaux, m\u00ealant les images et les sons du paternel et de son fiston, \u00e0 une prestation de 2001 en Allemagne, o\u00f9 Dave Kerman et Keith Macksoud, fra\u00eechement arriv\u00e9s dans le groupe, lui insufflaient une nouvelle puissance. Notons parmi ces documents une version en quatuor du \u00ab Poison qui rend fou \u00bb, capt\u00e9e en 1994, avec Daniel Denis \u00e0 la batterie. Le son autant que l\u2019image ne sont pas de premi\u00e8re qualit\u00e9, mais peu importe au fond, au regard de la valeur du document, transpirant la puissance et l\u2019intensit\u00e9.<\/p>\n<p>     En revanche, puisqu\u2019il faut bien jouer les grincheux pour justifier le salaire mirobolant que verse Progressia \u00e0 ses chroniqueurs, on pourra regretter, p\u00eale-m\u00eale, une image qui n\u2019est pas toujours d\u2019excellente qualit\u00e9, y compris pour les concerts les plus r\u00e9cents (alors que le son est tr\u00e8s bon) et un visuel aust\u00e8re, ne mettant pas franchement en valeur le disque. Enfin, le regret essentiel, qui frise la d\u00e9ception : l\u2019absence incompr\u00e9hensible de la version piano et percussions de \u00ab Promenade au fond d\u2019un Canal \u00bb, qui cl\u00f4turait la prestation de Carmaux en 2007, et qui avait sans doute constitu\u00e9 le meilleur moment de tout le festival !<\/p>\n<p>     Le contenu est tel qu\u2019on en oublie vite la forme. <i>Barbaro (ma non troppo)<\/i> prouve, s\u2019il en \u00e9tait encore besoin, la vitalit\u00e9 de Present, soulign\u00e9e par l\u2019implication majeure du groupe dans la renaissance du mouvement RIO (comme en t\u00e9moigne son r\u00f4le central dans l\u2019organisation du festival de Carmaux). Le Rock in Opposition n\u2019est pas une simple \u00e9tiquette esth\u00e9tique, mais bien une v\u00e9ritable \u00e9thique qui, plus que jamais, se conjugue au\u2026 Present !<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Apr\u00e8s neuf ans de silence discographique (si l\u2019on excepte le live paru chez Cuneiform Records&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":11,"featured_media":408,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[2],"tags":[],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/407"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/11"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=407"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/407\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/408"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=407"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=407"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=407"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}