{"id":3413,"date":"2008-01-17T00:00:00","date_gmt":"2008-01-16T23:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/chromatique.net\/index.php\/2020\/04\/01\/3413"},"modified":"2008-01-17T00:00:00","modified_gmt":"2008-01-16T22:00:00","slug":"3413","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/2008\/01\/17\/3413\/","title":{"rendered":"Healing Force &#8211; The Songs of Albert Ayler"},"content":{"rendered":"<p>S\u2019attaquer \u00e0 cette ic\u00f4ne du free jazz des ann\u00e9es soixante\u2026 le challenge est de taille. Quand en plus ce sont des musiciens au talent qui n\u2019est plus \u00e0 d\u00e9montrer qui s\u2019attaquent \u00e0 ce monument, on ne peut qu\u2019avoir l\u2019eau \u00e0 la bouche. C\u2019est le guitariste Henry Kaiser, un habitu\u00e9 des collaborations dans le domaine des musiques exp\u00e9rimentales, qui a eu l\u2019id\u00e9e de cet hommage au saxophoniste Albert Ayler, intitul\u00e9 Healing Force d\u2019apr\u00e8s le dernier album du musicien, mort \u00e0 seulement trente-quatre ans. Ce dernier a toujours \u00e9t\u00e9 un fabuleux d\u00e9fricheur, le type m\u00eame d\u2019individu qui influence, cr\u00e9ant un vocabulaire fascinant les plus grands (John Coltrane en t\u00eate), mais luttant aussi contre un destin difficile et un public peu compr\u00e9hensif. Il \u00e9tait donc primordial de continuer \u00e0 jouer son \u0153uvre, pour lui donner le succ\u00e8s qu\u2019elle a toujours m\u00e9rit\u00e9, mais aussi pour pers\u00e9v\u00e9rer dans sa recherche de nouvelles esth\u00e9tiques et de nouvelles sensations. Par le biais de l\u2019improvisation et de constructions poss\u00e9d\u00e9es par une brio impalpable, Albert Ayler a \u00e9t\u00e9 au-del\u00e0 de l\u2019esth\u00e9tique du free jazz tout en restant l\u2019un des pionniers du style. Son langage s\u2019est naturellement impos\u00e9 chez ses h\u00e9ritiers d\u2019un genre nouveau, et sa musique reste toujours ancr\u00e9e dans le vocabulaire des jazzmen actuels. <\/p>\n<p>  Bien que de nombreux artistes aient d\u00e9j\u00e0 repris certains de ses titres (dont Marc Ribot sur <i>Spiritual Unity<\/i>), Henry Kaiser a pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 mettre en lumi\u00e8re les derniers albums de Albert Ayler, une p\u00e9riode souvent oubli\u00e9e car jug\u00e9e trop diff\u00e9rente de ses autres disques. Tr\u00e8s \u00e9loign\u00e9s des canons du free jazz, qui commen\u00e7ait d\u00e9j\u00e0 \u00e0 atteindre ses limites en terme d\u2019exp\u00e9rimentation parfois absconse et anti-artistique, ses derniers albums furent mal compris par ses contemporains. Autre particularit\u00e9 de ses derniers travaux : la pr\u00e9sence de Mary Parks au chant, \u00e0 la fois na\u00efve et hallucin\u00e9e, qui compl\u00e9tait le discours toujours pertinent d\u2019Albert Ayler au saxophone. <\/p>\n<p>  Pour mener \u00e0 bien cet hommage, Henry Kaiser s\u2019est entour\u00e9 de valeurs s\u00fbres non seulement issues du jazz mais aussi du rock, du punk, de la musique contemporaine ou de l\u2019improvisation. L\u2019auditeur se retrouve donc face \u00e0 des musiciens ayant en commun une musicalit\u00e9 d\u00e9velopp\u00e9e et un profond respect pour Albert Ayler. Ceux-ci s\u2019approprient le r\u00e9pertoire en question de fa\u00e7on tr\u00e8s naturelle, et vont bien plus loin que les compositions originales en les mettant \u00e0 nu, modifiant les arrangements, allongeant certaines sections. La d\u00e9marche artistique est donc bien pr\u00e9sente, sans trahir l\u2019esprit de la musique originale. <\/p>\n<p>    L\u2019incantation sur un fond musical atonal qui ouvre le disque pr\u00e9pare l\u2019auditeur \u00e0 l\u2019exp\u00e9rience \u00e0 laquelle il va se frotter. Un \u00ab&nbsp;Music is the Healing Force of the Universe&nbsp;\u00bb allong\u00e9 \u00e0 l\u2019extr\u00eame s\u2019enfonce dans des profondeurs insondables, ponctuellement berc\u00e9 par les interventions d\u2019Aurora Josephson, \u00e0 la voix d\u2019une puret\u00e9 incroyable. Les titres sans percussions sont parmi les plus sombres et introspectifs, comme le bijou \u00ab&nbsp;A Man is Like A Tree&nbsp;\u00bb, qui se rapproche du lyrisme d\u00e9rang\u00e9 de Art Bears, \u00e0 travers la voix et les atmosph\u00e8res inqui\u00e9tantes qu\u2019il d\u00e9gage. C\u2019est une musique libre et extr\u00eame dans les \u00e9motions sugg\u00e9r\u00e9es, toujours pr\u00eate \u00e0 surprendre l\u2019auditeur. La prestation de Mike Keneally (ex-Frank Zappa) \u00e0 la guitare continue dans cette logique, avec des passages d\u00e9structur\u00e9s toujours empreints d\u2019une grande sensibilit\u00e9. \u00ab&nbsp;New Generation&nbsp;\u00bb, dot\u00e9 d\u2019une introduction \u00e0 la complexit\u00e9 remarquable, et \u00ab&nbsp;Thank God for Women&nbsp;\u00bb font cohabiter des passages clairement pop rock avec d\u2019autres exp\u00e9rimentations, mais se regroupant pourtant au travers d\u2019une inventivit\u00e9 permanente. <\/p>\n<p>  Gr\u00e2ce \u00e0 sa mise en son sans faille, cet hommage repr\u00e9sente une formidable entr\u00e9e \u00e0 l\u2019univers d\u2019Albert Ayler, car le r\u00e9sultat peut para\u00eetre moins difficile d\u2019acc\u00e8s que l\u2019original pour les oreilles non-averties. \u00ab&nbsp;Japan \/ Universal Indians&nbsp;\u00bb et son introduction minimaliste aux allures de comptine onirique, progressivement mise \u00e0 mal par un saxophone d\u00e9chir\u00e9, r\u00e9sume l\u2019essence m\u00eame d\u2019Albert Ayler et de sa musique. L\u2019atmosph\u00e8re profond\u00e9ment humaine qui s\u2019en d\u00e9tache, passant de l\u2019introspection \u00e0 la folie cr\u00e9ative, est d\u00e9stabilisante mais pourtant incroyablement attachante. <br \/> <i>\u00ab&nbsp;Music is not about notes, it\u2019s about feelings&nbsp;\u00bb<\/i>, disait-il\u2026<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>S\u2019attaquer \u00e0 cette ic\u00f4ne du free jazz des ann\u00e9es soixante\u2026 le challenge est de taille&#8230;.<\/p>\n","protected":false},"author":15,"featured_media":3414,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[2],"tags":[],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3413"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/15"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3413"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3413\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/3414"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3413"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3413"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3413"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}