{"id":3365,"date":"2008-07-06T00:00:00","date_gmt":"2008-07-05T22:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/chromatique.net\/index.php\/2020\/04\/01\/3365"},"modified":"2008-07-06T00:00:00","modified_gmt":"2008-07-05T22:00:00","slug":"3365","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/2008\/07\/06\/3365\/","title":{"rendered":"Univers Zero &#8211; Univers Zero (r\u00e9\u00e9d.)"},"content":{"rendered":"<p>Fin des ann\u00e9es soixante-dix. Le rock progressif moribond se fait petit \u00e0 petit souffler par la d\u00e9ferlante punk. Le <i>free jazz<\/i> en d\u00e9\u00e7oit certains \u00e0 cause d&rsquo;une libert\u00e9 trop affirm\u00e9e. La musique contemporaine, quant \u00e0 elle, n&rsquo;en finit pas de diviser \u00e0 la fois les int\u00e9ress\u00e9s et les compositeurs. C&rsquo;est au milieu de ce marasme musical qu&rsquo;apparaissent dans l&rsquo;indiff\u00e9rence g\u00e9n\u00e9rale quelques formations et collectifs ayant en commun un rejet des normes pr\u00e9\u00e9tablies et une furieuse envie d&rsquo;aller de l&rsquo;avant. Avant la cr\u00e9ation du mouvement \u00ab&nbsp;Rock in Opposition&nbsp;\u00bb par Chris Cutler pour tenter de rassembler certains de ces musiciens atypiques, les Belges d&rsquo;Univers Zero mettent au point ce qui constituera leur marque de fabrique pour les d\u00e9cennies \u00e0 venir. Ce premier album sorti en 1977 sera leur point de d\u00e9part, premier pav\u00e9 au sein d&rsquo;une sc\u00e8ne musicale peu encline \u00e0 une telle d\u00e9couverte. Cette r\u00e9cente r\u00e9\u00e9dition par Cuneiform Records nous permet de revenir sur ce chef d&rsquo;\u0153uvre qui fera date, et qui en annoncera d&rsquo;autres. <\/p>\n<p>  Avec une forte personnalit\u00e9 et une rigueur musicale affolante, Univers Zero cherche \u00e0 prendre le chemin d&rsquo;un id\u00e9al de fa\u00e7on sinc\u00e8re et engag\u00e9e. Chaque \u00e9l\u00e9ment est soigneusement dos\u00e9, chaque note a un r\u00f4le particulier dans l&rsquo;ensemble. Rarement un groupe \u00ab&nbsp;rock&nbsp;\u00bb parviendra \u00e0 aller aussi loin dans cette recherche esth\u00e9tique profond\u00e9ment sombre et inqui\u00e9tante. Plus rythm\u00e9 et moins d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 que son successeur <i>Heresie<\/i> sorti deux ans plus tard, ce premier effort est pourtant dot\u00e9 d&rsquo;une coh\u00e9rence remarquable gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;exp\u00e9rience de ses membres, certains jouant ensemble depuis de nombreuses ann\u00e9es. Par le biais de l&#8217;empilement de lignes m\u00e9lodiques os\u00e9es, Univers Zero forge une assise solide aux compositions qui mettent tour \u00e0 tour en avant des atmosph\u00e8res \u00e9th\u00e9r\u00e9es et des progressions t\u00e9tanisantes. L&rsquo;instrumentation, aussi surprenante que bien exploit\u00e9e, parvient \u00e0 conserver cette authenticit\u00e9 dans le message que le groupe souhaite faire passer. Pas besoin de synth\u00e9tiseurs ou d&rsquo;effets superflus pour cr\u00e9er un tel espace sonore ! \u00ab&nbsp;Malaise&nbsp;\u00bb et son th\u00e8me nourri aux gammes orientales sert d&rsquo;appui \u00e0 un basson sinistre, puis aux arp\u00e8ges funestes du violon. La guitare de Roger Trigaux vient s&rsquo;ajouter au tableau, osant les contrepoints les plus improbables. L&rsquo;intelligence de l&rsquo;orchestration est une des marques de fabrique de la formation, ce qui est tout de m\u00eame assez rare dans ce domaine pour \u00eatre signal\u00e9. <\/p>\n<p>  Certes, l&rsquo;influence de la musique \u00ab&nbsp;savante&nbsp;\u00bb moderne et contemporaine appara\u00eet bien tout au long de ces fragments de noirceur. Pour s&rsquo;en rendre compte, il suffit d&rsquo;\u00e9couter \u00ab&nbsp;Complainte&nbsp;\u00bb, qui s&rsquo;apparente \u00e0 une version chambriste des grandes \u0153uvres de Penderecki. Malgr\u00e9 tout, l&rsquo;aspect hypnotique de ces compositions trouve ses origines ailleurs&#8230; Inlassablement, les boucles se d\u00e9veloppent, frappant de plein fouet l&rsquo;auditeur qui se retrouve \u00e0 la merci d&rsquo;un environnement sonore tout aussi fascinant qu&rsquo;effrayant. C&rsquo;est justement ce qui diff\u00e9rencie Univers Zero de certaines autres formations dites \u00ab&nbsp;exp\u00e9rimentales&nbsp;\u00bb de l&rsquo;\u00e9poque, plus adeptes d&rsquo;un collage dada\u00efste que d&rsquo;une mise en ab\u00eeme des compositions qui ne garantissait en rien le relief de leur mixture. <\/p>\n<p>  Chez ces Belges, tout est tournoyant, tout est fait pour nous entra\u00eener encore plus bas que la seconde pr\u00e9c\u00e9dente. C&rsquo;est une musique tellurique par la construction et m\u00e9canique par les sonorit\u00e9s, en permanence charg\u00e9e d&rsquo;effroi, toujours pleine d&rsquo;images lancinantes. Gr\u00e2ce \u00e0 cette d\u00e9marche complexe, elle parvient \u00e0 titiller nos faiblesses jusqu&rsquo;\u00e0 nous mettre \u00e0 bout, nous faire tout oublier pour nous emmener ailleurs&#8230; L\u00e0 o\u00f9 \u00e7a accroche, o\u00f9 \u00e7a suinte&#8230; Et l&rsquo;on se retrouve face \u00e0 une inqui\u00e9tante usine d\u00e9saffect\u00e9e, jusqu&rsquo;\u00e0 \u00eatre brusquement entra\u00een\u00e9 au fond d&rsquo;une ruelle crasseuse&#8230; Et rien de tel que le plat de r\u00e9sistance de cette r\u00e9\u00e9dition, une version <i>live<\/i> de \u00ab&nbsp;La Faulx&nbsp;\u00bb de pr\u00e8s de trente minutes, histoire de nous achever pour de bon.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Fin des ann\u00e9es soixante-dix. 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