{"id":2653,"date":"2010-05-05T00:00:00","date_gmt":"2010-05-04T22:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/chromatique.net\/index.php\/2020\/04\/01\/2653"},"modified":"2010-05-05T00:00:00","modified_gmt":"2010-05-04T22:00:00","slug":"2653","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/2010\/05\/05\/2653\/","title":{"rendered":"Alan Simon &#8211; Anne de Bretagne"},"content":{"rendered":"<p>Alan Simon fait partie de ces grands derniers troubadours qui n&rsquo;ont jamais craint la d\u00e9mesure. Il avait d\u00e9j\u00e0 frapp\u00e9 un grand coup avec <span style=\"font-style: italic;\">Excalibur<\/span>, op\u00e9ra rock en trois parties relatant la fameuse chanson de geste (1999) et cette fois, c&rsquo;est de l&rsquo;histoire tragique d&rsquo;Anne de Bretagne dont&nbsp;il est question. Premier point positif, et non des moindres, Alan Simon fait preuve de p\u00e9dagogie : le livret, r\u00e9cit\u00e9 par un Jean-Claude Dreyfus au fa\u00eete de son art, apporte de nombreuses pr\u00e9cisions sur la vie de cette reine, mari\u00e9e \u00e0 deux rois de France (Charles VIII et Louis XII), qui par huit fois perdit ses enfants \u00e0 leur naissance, et rouvrit le parlement de Bretagne \u00e0 Nantes, lieu choisi par le musicien pour la premi\u00e8re repr\u00e9sentation de son spectacle.<\/p>\n<p>Bien souvent les op\u00e9ra rock suscitent la d\u00e9fiance tant les th\u00e8mes choisis ne laissent part qu&rsquo;au seul imaginaire, avec un fond pour le moins malingre. Alan Simon, au contraire, ne prend pas son public pour de vulgaires incultes, et impose avec brio et pl\u00e9thore de grands artistes, une histoire vraie, touchante, finalement tr\u00e8s shakespearienne dans l&rsquo;\u00e2me. Si les Italiens du Colossus Project pouvaient en prendre un peu de la graine, eux qui s&rsquo;en prennent \u00e0 qui mieux mieux \u00e0 de grands classiques de la litt\u00e9rature ou du cin\u00e9ma qui n&rsquo;ont rien demand\u00e9 \u00e0 personne, sans fondamentalement enseigner quoi que ce soit \u00e0 leur public&#8230; <\/p>\n<p>Cette fresque \u00e9pique, colossale en termes techniques, ne serait rien sans les \u00e2mes qui ont contribu\u00e9 \u00e0 la modeler. Christian D\u00e9camps interpr\u00e8te le r\u00f4le de Fran\u00e7ois II de Bretagne, son fils Tristan celui de Charles VIII, le roi mal aim\u00e9 et vindicatif. La suavit\u00e9 et la m\u00e9lancolie de Nilda Fernandez conviennent parfaitement au roi Fernando d&rsquo;Aragon, celui qui inscrivit l&rsquo;Espagne au rang des peuples modernes, au prix de nombreux morts aux Am\u00e9riques qui venaient juste d&rsquo;\u00eatre d\u00e9couvertes. Les deux comp\u00e8res de Tri Yann (Jean-Louis Jossic et Jean-Paul Corbineau) jouent pour leur part Louis XII et Philippe de Montauban. Sans oublier une Anne path\u00e9tique mais \u00f4 combien courageuse habit\u00e9e par la douce harpiste C\u00e9cile Corbel.<\/p>\n<p>A cet ar\u00e9opage francophone s&rsquo;ajoutent sans fausse note et avec une belle continuit\u00e9 des artistes venus des quatre coins de l&rsquo;Europe : Giorgio Conte, des choristes de l&rsquo;op\u00e9ra de G\u00eanes, le symphonique de Budapest, Les Holroyd (Barclay James Harvest), le folklore celtique du Bagad de Saint-Nazaire (rebaptis\u00e9 Bagad Anna Vreizh pour l&rsquo;occasion) et Fairport Convention. En somme, de vrais m\u00e9nestrels qui portent avec talent un script riche et \u00e9l\u00e9gant. <\/p>\n<p>D&rsquo;un point de vue musical, ce spectacle populaire, au sens noble du terme, reste particuli\u00e8rement empreint de chants traditionnels bretons et d&rsquo;un folklore d\u00e9j\u00e0 largement balis\u00e9 depuis pr\u00e8s de trente ann\u00e9es. Les puristes pourront reprocher sans doute \u00e0 Alan Simon de ne pas avoir privil\u00e9gi\u00e9 la vague nouvelle de la folk \u00e9lectro, popularis\u00e9e depuis peu par Alan Stivell ou Dan Ar Braz par exemple : cet argument est \u00e0 balayer d&rsquo;un revers de main tant l&rsquo;oeuvre pr\u00e9sent\u00e9e ici pendant pr\u00e8s de deux heures reste diversifi\u00e9e, et les v\u00e9ritables moments de rock montrent sans complexe que ces musiques qu&rsquo;on pensait si bien conna\u00eetre rec\u00e8lent encore dans leur besace des tr\u00e9sors d&rsquo;\u00e9motion inattendus. <\/p>\n<p>Autre argument que pourraient opposer les mouettes grincheuses : aucun acc\u00e8s individuel aux pistes n&rsquo;est possible&#8230; et c&rsquo;est tant mieux ! L&rsquo;\u00e9clatement des morceaux qu&rsquo;induisent les nouveaux supports nuisent \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e m\u00eame de concept, c&rsquo;est un affront fait \u00e0 la musique \u00e9pique, et les techniciens ont \u00e9t\u00e9 bienheureux d&#8217;emp\u00eacher ce nuisible \u00e9cueil.<\/p>\n<p> Avant de clore ce chapitre, mentionnons le second disque qui accompagne ce DVD, o\u00f9 se succ\u00e8dent des interviews d&rsquo;artiste (peut-\u00eatre un tantinet consensuelles), des clips et quelques extraits des sessions d&rsquo;enregistrement. Alan Simon prouve que le rock peut encore attirer une audience vari\u00e9e. Le spectacle populaire, lorsqu&rsquo;il est incarn\u00e9 avec un tel respect du public et un tel amour de l&rsquo;histoire avec un grand H, confine tout simplement au respect.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Alan Simon fait partie de ces grands derniers troubadours qui n&rsquo;ont jamais craint la d\u00e9mesure&#8230;.<\/p>\n","protected":false},"author":16,"featured_media":2654,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[2],"tags":[],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2653"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/16"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2653"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2653\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/2654"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2653"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2653"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2653"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}