{"id":24204,"date":"2021-04-11T20:42:00","date_gmt":"2021-04-11T18:42:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.chromatique.net\/?p=24204"},"modified":"2021-04-12T14:15:13","modified_gmt":"2021-04-12T12:15:13","slug":"king-crimson-starless-and-bible-black","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/2021\/04\/11\/king-crimson-starless-and-bible-black\/","title":{"rendered":"King Crimson &#8211; Starless and Bible Black"},"content":{"rendered":"\n<p>Le sixi\u00e8me album de King Crimson est par son essence m\u00eame assez \u00e9trange. Accapar\u00e9 par la sc\u00e8ne et en manque de compositions nouvelles, le groupe choisit de le remplir pour moiti\u00e9 d\u2019improvisations <em>live<\/em>. Toutefois, l&rsquo;id\u00e9e n&rsquo;est pas assum\u00e9e comme une d\u00e9marche conceptuelle ou artistique qui aurait pu voir la face A consacr\u00e9e \u00e0 des compositions enregistr\u00e9es en studio tandis que la face B refl\u00e8terait l\u2019autre visage du quartet en se focalisant sur des improvisations <em>live<\/em>. L\u2019id\u00e9e \u00e9tait plut\u00f4t de cacher le subterfuge en retirant les applaudissements et tout autre bruit parasite des bandes capt\u00e9es en public. <a href=\"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/2016\/10\/13\/7545\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Bill Bruford explique dans son autobiographie<\/a> que cela r\u00e9sulte du fait qu\u2019ils avaient entendu dire qu\u2019un taux de redevance plus bas \u00e9tait appliqu\u00e9 aux enregistrements <em>live<\/em>. Le r\u00e9sultat est assez d\u00e9cousu et fait p\u00e2le figure si on la compare \u00e0 une \u0153uvre con\u00e7ue comme un tout en studio, ce qui est une composante non n\u00e9gligeable des albums de rock progressif. Pour faire un parall\u00e8le avec deux parutions ult\u00e9rieures de King Crimson, imaginez qu\u2019au lieu de <em>Thrak <\/em>et <em>Thrakattak <\/em>soit sorti un disque constitu\u00e9 d\u2019un m\u00e9lange de quatre titres du premier et d\u2019autant du second&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Deux univers antagonistes cohabitent donc dans cet album. D\u2019un c\u00f4t\u00e9 on d\u00e9couvre les qualit\u00e9s d\u2019improvisateurs de cette formation&nbsp;: Robert Fripp \u00e0 la guitare et au Mellotron, David Cross au violon et aux claviers, John Wetton \u00e0 la basse et Bill Bruford \u00e0 la batterie et aux percussions. Dans certains cas, les musiciens sont tellement sur la m\u00eame longueur d\u2019onde qu\u2019on aurait pu imaginer qu\u2019il s\u2019agissait de compositions. Sur \u00ab&nbsp;We\u2019ll let you know&nbsp;\u00bb, le groupe parvient \u00e0 faire de la musique exp\u00e9rimentale qui groove. \u00ab&nbsp;Trio&nbsp;\u00bb donne l\u2019impression d\u2019\u00eatre un morceau de folklore chinois. L\u2019anecdote raconte que Bill Bruford se tenait pr\u00eat \u00e0 intervenir \u00e0 tout moment sur cette improvisation bucolique, mais constatant qu\u2019elle \u00e9voluait dans un univers que l\u2019intervention d\u2019une batterie aurait g\u00e2ch\u00e9 il a pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 ne rien jouer et a \u00e9t\u00e9 salu\u00e9 par Robert Fripp pour sa non performance&nbsp;! Voil\u00e0 un bel exemple concret de l\u2019adage qui veut qu\u2019un bon musicien est celui qui sait quand il ne doit rien jouer pour servir au mieux un morceau. D\u2019autres titres ne marchent pas aussi bien car on sent que les musiciens peinent \u00e0 trouver une direction commune dans leur improvisation. C\u2019est le cas de \u00ab&nbsp;The Mincer&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;Starless and Bible Black&nbsp;\u00bb. Choisissant de ne garder que les meilleurs moments des improvisations, celle-ci tendent \u00e0 \u00eatre coup\u00e9es brutalement, sans v\u00e9ritable fin, ce qui participe \u00e0 donner un caract\u00e8re chaotique \u00e0 cet album.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans une d\u00e9marche totalement oppos\u00e9e, on trouve donc les morceaux compos\u00e9s, dont certains ont \u00e9t\u00e9 enregistr\u00e9s en studio et d\u2019autres capt\u00e9s en concert. Les deux titres qui ouvrent le disque sont d\u2019une efficacit\u00e9 redoutable. Le premier, \u00ab&nbsp;The Great Deceiver&nbsp;\u00bb est \u00e0 placer dans la lign\u00e9e des cavalcades \u00e9pileptiques qui \u00e9taient jusqu\u2019alors une des sp\u00e9cialit\u00e9s de King Crimson (pensez \u00e0 \u00ab&nbsp;21st century schizoid man&nbsp;\u00bb ou \u00ab&nbsp;Pictures of a city&nbsp;\u00bb). Le deuxi\u00e8me, \u00ab&nbsp;Lament&nbsp;\u00bb \u00e9bauche une formule qui sera encore plus exploit\u00e9e sur <em>Red<\/em> (avec \u00ab&nbsp;Fallen Angel&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;Starless&nbsp;\u00bb), \u00e0 savoir celle de la fausse ballade. \u00c0 l\u2019\u00e9coute de la premi\u00e8re minute de la chanson, on est persuad\u00e9 que le groupe va nous proposer un de ces magnifiques slows m\u00e9lodique dont il a le secret mais la composition \u00e9volue en d\u00e9finitive vers des sonorit\u00e9s bien plus inqui\u00e9tantes et m\u00e9talliques. L\u2019album contient n\u00e9anmoins un vrai slow (l\u00e0 encore une grande sp\u00e9cialit\u00e9 du Roi Cramoisi depuis ses d\u00e9buts) avec \u00ab&nbsp;The Night Watch&nbsp;\u00bb. L\u2019introduction de celui-ci a \u00e9t\u00e9 enregistr\u00e9e en <em>live<\/em> tandis que la suite a d\u00fb \u00eatre r\u00e9enregistr\u00e9e en studio, leur Mellotron leur ayant fait faux-bond sur sc\u00e8ne. En cela, ce titre r\u00e9sume assez bien le c\u00f4t\u00e9 patchwork difficile \u00e0 appr\u00e9hender de ce disque&nbsp;: quitte \u00e0 devoir r\u00e9enregistrer le morceau en studio pourquoi ne pas l\u2019avoir jou\u00e9 en int\u00e9gralit\u00e9&nbsp;? En effet, la jonction est perceptible, la composition est tr\u00e8s belle et bien enregistr\u00e9e, mais l\u2019introduction sonne plus brouillonne et le violon est un peu faux (c\u2019est d\u2019ailleurs pour cette raison que David Cross a quitt\u00e9 le navire, il avait beaucoup de mal \u00e0 s\u2019entendre sur sc\u00e8ne au milieu d\u2019un groupe de rock et pouvait donc difficilement jouer juste). L\u2019album se termine avec \u00ab&nbsp;Fracture&nbsp;\u00bb, morceau de bravoure de 11 minutes qui se d\u00e9marque de tout ce qu\u2019on a entendu jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent et dont on peut dire r\u00e9trospectivement qu\u2019il \u00e9tait annonciateur de la direction qu\u2019allait prendre King Crimson dans son ultime incarnation (Fripp appellera d\u2019ailleurs un titre de <em>The ConstruKction of Light <\/em>\u00ab&nbsp;FraKctured&nbsp;\u00bb en guise de clin d\u2019\u0153il).<\/p>\n\n\n\n<p>La carri\u00e8re de King Crimson est exemplaire et ne comporte pas d\u2019albums honteux. Le groupe de Robert Fripp cherchait en permanence \u00e0 \u00eatre cr\u00e9atif et \u00e0 explorer des territoires nouveaux. Quoi qu\u2019il en soit, avec un manque cruel de direction (m\u00eame si cette volont\u00e9 de musiciens catalogu\u00e9s rock de sortir un disque comprenant de l\u2019improvisation totale sur disque est louable), coinc\u00e9 chronologiquement entre les pierres angulaires du genre que sont <em>Lark\u2019s tongues in aspic<\/em> et <em>Red<\/em>, <em>Starless and Bible Black<\/em> peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme une des \u0153uvres les moins indispensables de la discographie du Roi Cramoisi.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le sixi\u00e8me album de King Crimson est par son essence m\u00eame assez \u00e9trange. 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