{"id":22241,"date":"2016-08-23T00:00:00","date_gmt":"2016-08-22T22:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/chromatique.net\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/feea9c293c9a2acad59b8eb346b7341d_XL.jpg"},"modified":"2016-08-23T00:00:00","modified_gmt":"2016-08-22T22:00:00","slug":"22241","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/2016\/08\/23\/22241\/","title":{"rendered":"&#8211; &#8230;ou l&rsquo;alpha et l&rsquo;omega (troisi\u00e8me partie)"},"content":{"rendered":"\n<p>WORKS Vol II (1977)<br \/> Dans la foul\u00e9e suit le deuxi\u00e8me tome s\u00e9rieux des aventures du super groupe de m\u00e9ga stars\u2026 Pardon pour cette ironie mais il est certain que cette sixi\u00e8me publication n&rsquo;est pas fameuse, trop ponctu\u00e9e de bluettes taill\u00e9es pour la radio et d&rsquo;acrobaties anecdotiques dans la lign\u00e9e <em>honky tonk<\/em> et autres rock\u2019n\u2019rolleries\u2026 Le pi\u00e8ge du grand \u00e9cart. Le c\u0153ur n&rsquo;y est-il d\u00e9j\u00e0 plus? Le pachyderme semble s&rsquo;effondrer sous son propre poids, \u00e0 force de n&rsquo;avoir plus d&rsquo;entrave, pour au bout du compte n&rsquo;avoir plus d&rsquo;entrain\u2026 Viendra 1978 pour qu&rsquo;on constate \u00e0 quel point l&rsquo;histoire de la musique va conna\u00eetre un tournant particuli\u00e8rement profond, et assez dramatique. Depuis 74-75 d\u00e9j\u00e0 des centaines de formations remarquables ont disparu, du fait d&rsquo;un manque de soutien et de succ\u00e8s, et c&rsquo;est maintenant au tour des t\u00e9nors du prog, jusqu&rsquo;ici chefs de file artistiques de la d\u00e9cennie, qui vont litt\u00e9ralement muter pour perdurer commercialement (certains n&rsquo;y r\u00e9sisteront pas), d\u00e9laissant leur libert\u00e9 cr\u00e9atrice, parfois jusqu&rsquo;aux r\u00e9f\u00e9rences m\u00eame de leur inspiration premi\u00e8re, pour verser dans un calcul artistique irr\u00e9m\u00e9diable: celui de l&rsquo;industrie. Tout est consomm\u00e9. Ils offriront, tous, sans exception, leur pire album cette ann\u00e9e-l\u00e0 (\u00e0 part Genesis peut-\u00eatre, qui y viendra plus tard, mais pour s&rsquo;y vautrer sans la moindre retenue, et jusqu&rsquo;\u00e0 en \u00e9clipser sa toute premi\u00e8re et si magnifique carri\u00e8re). Enqu\u00eatez, vous en deviendrez fou ! ELP ne d\u00e9roge \u00e9videmment pas \u00e0 cette r\u00e8gle d\u00e9solante, car apr\u00e8s une ann\u00e9e sabbatique, et l&rsquo;envie d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s forte des membres de se s\u00e9parer, vient l&rsquo;obligation contractuelle d&rsquo;un nouvel album\u2026 Ainsi, \u00e0 reculons, les voil\u00e0 tous les trois \u00e0 nouveau r\u00e9unis pour<br \/><br \/> LOVE BEACH (1978)<br \/> Qui l&rsquo;a d\u00e9j\u00e0 \u00e9cout\u00e9 ? Rien que le titre sonne comme une vaste blague (au mieux), voire une insulte (au pire) ! On se croirait dans un feuilleton pour touristes condescendants, avec \u00e9quipage en short de rigueur\u2026 H\u00e9las, la pochette ent\u00e9rine le ton: voil\u00e0 nos trois g\u00e9nies torse-poil, ultra bronz\u00e9s, sourire Ultra-Brite, camp\u00e9s fi\u00e8rement au beau milieu d&rsquo;une nature littorale, sous un ciel de carte postale\u2026 On entend presque les vagues l\u00e9cher le rivage\u2026 Ind\u00e9cent\u2026 La musique qui en d\u00e9coule r\u00e9sonne comme une tarte \u00e0 la cr\u00e8me, en regard de l\u2019\u0153uvre immens\u00e9ment fouill\u00e9e qu&rsquo;ils ont offerte. Un vent d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment consensuel domine <em>Love Beach<\/em>, en une sorte de reniement, qui ne sera avou\u00e9 que bien plus tard par ses protagonistes. Et c&rsquo;est bel et bien le tiroir-caisse qui motivera cette derni\u00e8re commande commune, ass\u00e9nant de sa banalit\u00e9 mielleuse mi fun\u00e8bre l\u2019absence de huit ans qui s&rsquo;en suivra\u2026 Le torchon br\u00fble, et l&rsquo;\u00e2ge d&rsquo;or du rock progressif entre d\u00e9finitivement dans sa l\u00e9gende. Emerson se tourne vers la musique de film, Lake v\u00e9g\u00e8te, occup\u00e9 \u00e0 lutter contre alcoolisme et autres soucis de sant\u00e9, quand \u00e0 Palmer, il va toucher le jackpot avec Asia, l&rsquo;autre nouveau super groupe \u00e0 venir, en compagnie d\u2019autres cadors venant de Yes et King Crimson, groupe qui n&rsquo;en finira jamais de changer de <em>line-up<\/em> depuis, jusqu\u2019\u00e0 la caricature, courant encore apr\u00e8s les cartons mondiaux des d\u00e9buts. En 1985, le clavi\u00e9riste et le bassiste-chanteur retentent l&rsquo;aventure avec Cozy Powell (batteur chez Jeff Beck, Rainbow, Whitesnake). Le r\u00e9sultat est honorable, malgr\u00e9 les sonorit\u00e9s dat\u00e9es et les faibles ventes\u2026 Une autre fois, sans Lake mais avec Palmer et le multi-instrumentiste am\u00e9ricain Robert Berry, se fonde le groupe intitul\u00e9 3 (<em>To The Power Of Three<\/em> en 1988). Et puis de nouveau le silence, pour 4 ans\u2026<br \/><br \/> BLACK MOON (1992)<br \/> Retour inesp\u00e9r\u00e9 et v\u00e9ritable baroud d&rsquo;honneur pour le trio de nouveau en selle, suivi d&rsquo;une tourn\u00e9e mondiale formidable, forte d&rsquo;un album enfin digne de ce nom, m\u00eame si pas aussi brillant qu&rsquo;auparavant. On y retrouve la m\u00eame envie de renouer avec la grande musique (\u00ab\u00a0Romeo And Juliet\u00a0\u00bb de Prokofiev). On renoue avec les cavalcades, les arrangements classieux, des sonorit\u00e9s plus actualis\u00e9es, et les belles m\u00e9lodies de Lake, \u00e0 nouveau en grande forme. On y reverra (au feu l\u2019Elys\u00e9e Montmartre, \u00e0 Paris) le sieur Emerson torturer sa b\u00e9cane \u00e0 coup de couteaux de boucher, avec une jubilation enfin d\u00e9gag\u00e9e de toute pr\u00e9tention. Un album live suivra, au Royal Albert Hall, histoire d&rsquo;en faire aussi profiter ceux qui n&rsquo;\u00e9taient pas l\u00e0, et \u00e0 raison, car la prestation traduit fid\u00e8lement le niveau retrouv\u00e9 \u00e0 cette f\u00eate.<br \/><br \/> Et puis, et puis\u2026 On retombe \u00e0 nouveau dans la soupe, avec un <em>In The Hot Seat<\/em> qui lui non plus n&rsquo;a pas grand chose \u00e0 sauver, domin\u00e9 par un Lake un brin crooner, le seul motiv\u00e9, peut-\u00eatre, de l\u2019affaire\u2026 L\u2019oeuvre studio s\u2019arr\u00eate l\u00e0, jusqu&rsquo;\u00e0 la fin in\u00e9luctable annonc\u00e9e par la disparition de Keith Emerson, par suicide.<br \/><br \/> Une chose pourtant frappe durant toutes ces ann\u00e9es d&rsquo;errance cr\u00e9ative: malgr\u00e9 une cr\u00e9ativit\u00e9 proche de z\u00e9ro, jamais ELP n&rsquo;a sorti autant de nouvelles parutions depuis le milieu des ann\u00e9es 90. Comment expliquer ce fait ? Il faudra un jour \u00e9num\u00e9rer le nombre ahurissant de compilations et vrais-faux live \u00e9dit\u00e9s jusqu&rsquo;\u00e0 ce jour. De quoi rendre ch\u00e8vre jusqu&rsquo;aux plus fervents aficionados, qui en ont perdu leur latin \u00e0 bien des reprises, faisant parfois doublon (voire plus !) dans leurs achats, sous pr\u00e9texte que le titre ou la pochette sont diff\u00e9rents et renferment une version live in\u00e9dite, au beau milieu d&rsquo;une brochette de morceaux mille fois entendus et poss\u00e9d\u00e9s. L\u00e0 encore, ELP ne brille pas par sa discr\u00e9tion, m\u00eame si, on veut bien le croire, c&rsquo;est aussi le jeu des majors de remplir ses poches. Combien de nos groupes phares  d\u2019antan ont connu m\u00eame destin? Les plus fameux d&rsquo;entre eux, les plus r\u00e9v\u00e9r\u00e9s, car aussi les plus talentueux et inou\u00efs \u00e0 leurs d\u00e9buts, optant eux aussi pour la t\u00eate de gondole, au m\u00eame rang qu\u2019un sponsor de boisson \u00e9nergisante&#8230;D\u00e9solant&#8230;<br \/><br \/> On l&rsquo;aura compris, c&rsquo;est toute l&rsquo;histoire du rock progressif qui se joue, finalement, \u00e0 travers Emerson Lake &amp; Palmer, en v\u00e9ritable alpha et omega de ces quasi dix ann\u00e9es mirifiques de rock progressif, du g\u00e9nie ind\u00e9passable au naufrage mercantile le plus m\u00e9prisable, r\u00e9cit d&rsquo;une p\u00e9riode si singuli\u00e8re de l&rsquo;histoire de la musique, quelque part entre le vingti\u00e8me et le d\u00e9but du vingt-et-uni\u00e8me&#8230;<br \/><br \/> Pour achever ce dossier forc\u00e9ment incomplet, rendons un dernier hommage \u00e0 Keith Emerson et \u00e0 son choix de se donner la mort, constatant \u00e0 quel point ses douleurs carpiennes \u00e0 la main ne pouvaient lui permettre plus avant de tenir la sc\u00e8ne \u00e0 lui seul. Le bilan de sant\u00e9 fut sans appel et les quelques concerts pr\u00e9vus \u00e0 l\u2019avance, d\u00e9sormais annul\u00e9s, comprenaient la pr\u00e9sence d&rsquo;un soutien aux claviers, c&rsquo;\u00e9tait dire le s\u00e9rieux de ses blessures. D\u00e8s le milieu des ann\u00e9es 90, il commen\u00e7ait \u00e0 souffrir de ses muscles et tendons et avait subi une ou deux interventions chirurgicales dans le but, sinon de gu\u00e9rir, du moins de prolonger ses capacit\u00e9s. Emerson \u00e9tait un instrumentiste, fondamentalement, avant que d&rsquo;\u00eatre compositeur. Le fait de ne plus avoir la possibilit\u00e9 d&rsquo;exercer son art, avec l&rsquo;excellence et la flamboyance qu&rsquo;exigeait sa musique, a suffi \u00e0 lui \u00f4ter toute raison de vivre. Saluons ce geste terrible et magnifique \u00e0 la fois, celui d&rsquo;un artiste brillant sans le moindre doute. Comme pour ent\u00e9riner le ph\u00e9nom\u00e8ne, cette fin le propulse encore une fois, et pour une grande partie, dans la grande l\u00e9gende de la musique. Aujourd\u2019hui son h\u00e9ritage est encore consid\u00e9rable.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>WORKS Vol II (1977) Dans la foul\u00e9e suit le deuxi\u00e8me tome s\u00e9rieux des aventures du&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":51,"featured_media":22242,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[6],"tags":[],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/22241"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/51"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=22241"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/22241\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/22242"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=22241"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=22241"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=22241"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}