{"id":22237,"date":"2016-07-09T00:00:00","date_gmt":"2016-07-08T22:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/chromatique.net\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/2863136da2215151aaada80cd026aaf0_XL.jpg"},"modified":"2016-07-09T00:00:00","modified_gmt":"2016-07-08T22:00:00","slug":"22237","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/2016\/07\/09\/22237\/","title":{"rendered":"&#8211; &#8230;ou l&rsquo;alpha et l&rsquo;omega (premi\u00e8re partie)"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Keith Emerson n&rsquo;est plus de ce monde&#8230; <br \/> Cette nouvelle accablante, sonne, \u00e0 l&rsquo;instar de celle concernant Chris Squire, comme le d\u00e9but d&rsquo;un long et non moins interminable cort\u00e8ge fun\u00e8bre \u00e0 venir, \u00e9grainant la liste prodigieuse des pionniers et h\u00e9ros du rock progressif de la fin des ann\u00e9es 60. Ce mouvement pl\u00e9thorique, \u00e0 la cr\u00e9ativit\u00e9 in\u00e9dite jusqu&rsquo;alors, au succ\u00e8s si ph\u00e9nom\u00e9nal (le mot n&rsquo;est pas galvaud\u00e9) \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque, est aussi vite tomb\u00e9 dans l&rsquo;oubli jusqu&rsquo;\u00e0 la bonne moiti\u00e9 des ann\u00e9es 90, pour enfin redonner naissance \u00e0 une myriade de talents contemporains, et c\u00e9l\u00e9brer le retour consomm\u00e9 des anciennes gloires, que ce soit les originaux ou leurs <em>tributes<\/em>, avec un bonheur pas toujours certain cependant.<\/strong><br \/><br \/> Keith Emerson donc\u2026 Il a tr\u00e8s rapidement marqu\u00e9 de sa pr\u00e9sence le paysage des ann\u00e9es 60, d&rsquo;abord dans le jazz, tr\u00e8s vite parmi les plus grands, et partageant l&rsquo;affiche des l\u00e9gendes du rock psych\u00e9. Le psych\u00e9d\u00e9lisme \u00e9tant consid\u00e9r\u00e9 comme le parrain naturel du progressif, avec toutefois l&rsquo;apparition remarquable ET remarqu\u00e9e des claviers, brisant la sacro-sainte trinit\u00e9 rock, \u00e0 savoir guitare-basse-batterie. Emerson, n\u00e9 en 1944 (l&rsquo;a\u00een\u00e9 de tous peut-\u00eatre), brillantissime pianiste, aguerri intuitivement gr\u00e2ce \u00e0 son p\u00e8re (!) aux plus grandes exigences du classique et du jazz, d\u00e9barque rapidement avec The Nice, trio jetant les braises sur les compositeurs de la dite \u00ab\u00a0grande musique\u00a0\u00bb, les trempant dans un chaudron jazz rock en diable, et s&rsquo;offrant d\u00e8s le d\u00e9part d&rsquo;innombrables plages d&rsquo;improvisation, avec une virtuosit\u00e9 fracassante&#8230; Fracassant c&rsquo;est le mot, car l\u00e0 o\u00f9 il \u00e9tait de bon ton d&rsquo;exposer (exploser plut\u00f4t !) sa r\u00e9volte en musique \u00e0 grand coups de manches de guitare, jets d&rsquo;essence enflamm\u00e9s \u00e0 l&rsquo;appui, amplis et batteries d\u00e9truits en public, le tout face \u00e0 un conservatisme et une standardisation de plus en plus \u00e9troits, Keith Emerson adopte imm\u00e9diatement cette attitude rock, s&rsquo;il en est, h\u00e9rit\u00e9e des mods, des loulous bikers des ann\u00e9es 50s, ou autres Rolling Stones d\u00e9j\u00e0 en vedette. Ainsi le voit-on imm\u00e9diatement malmener son orgue Hammond sur sc\u00e8ne, l&#8217;empoignant tel une contrebasse (pas le m\u00eame poids !), usant de chocs \u00e0 m\u00eame le meuble, produisant force p\u00e9tarades, jusqu&rsquo;\u00e0 planter de grands couteaux (grands pour que \u00e7a se voit de loin) entre les touches du-dit clavier, en guise de p\u00e9dale de sustain, histoire de conserver un semblant de note fondamentale&#8230; Ouf ! On n&rsquo;avait pas vu \u00e7a depuis un Jerry Lee Lewis, par exemple, qui se contentait de jouer avec ses pompes ou son fondement&#8230; Encore \u00e0 Paris (Elys\u00e9e Montmartre), dans les ann\u00e9es 90, apercevait-on le Britannique donner des coups de gr\u00e2ce rugissants \u00e0 sa b\u00eate\u2026 Essayez toujours vous-m\u00eame\u2026 ! Tr\u00e8s vite, et \u00e0 l&rsquo;aide de cours particuliers, le petit Keith multiplie les cachets, entre g\u00e9n\u00e9riques d&rsquo;entractes, d\u00eeners dansants et clubs de jazz\u2026 Il a en gros quinze ans \u00e0 cette \u00e9poque !\u2026 A 18 (1965), il acquiert son premier orgue, le Hammond L100. D&rsquo;autres viendront bien s\u00fbr, ainsi que les synth\u00e9tiseurs, en particulier le fameux Moog&#8230;<br \/><br \/> D\u00e8s 1967 (l&rsquo;ann\u00e9e d&rsquo;apparition d&rsquo;un Hendrix, ou d&rsquo;un Bowie, pour situer la chose),  The Nice sort son premier album (s&rsquo;en suivront 3 autres) tout en \u00e9cumant tous les grands festivals du <em>flower power<\/em>, entre Angleterre, Europe et Etats-Unis. Le succ\u00e8s est au rendez-vous, d\u00fb essentiellement \u00e0 des performances sc\u00e9niques m\u00e9morables\u2026 Forc\u00e9ment, pensez donc, du rock sans guitare, et qui envoie ! Il faudra, doit-on le rappeler, deux ans suppl\u00e9mentaires pour que King Crimson sorte <em> In The Court Of The Crimson King<\/em>, encore consid\u00e9r\u00e9 (\u00e0 leur corps d\u00e9fendant cependant) comme la premi\u00e8re pierre des musiques appel\u00e9es ult\u00e9rieurement progressives, et au sein duquel chantait et tenait la basse le sieur Greg Lake (n\u00e9 en 48), un camarade d&rsquo;\u00e9tude de guitare de Robert Fripp. En 1969 (ao\u00fbt et octobre), les deux groupes partagent l&rsquo;affiche, pour deux concerts. Mais voil\u00e0, Crimson (pourtant t\u00eate d&rsquo;affiche en m\u00eame pas deux mois) est \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque (comme \u00e7a arrivera si souvent) sur le point d&rsquo;imploser, et Emerson s&rsquo;ennuie d\u00e9j\u00e0 un peu avec The Nice\u2026 Lors d&rsquo;une balance, il croise Lake sur sc\u00e8ne. Une petite impro clavier-basse et le tour est jou\u00e9. Une alchimie tr\u00e8s inattendue vient de se cr\u00e9er. D\u00e8s lors, le duo se met en qu\u00eate d&rsquo;un batteur, jusqu&rsquo;\u00e0 porter son d\u00e9volu sur Mitch Mitchell, du Jimi Hendrix Experience ! La liste des candidats ferait p\u00e2lir n&rsquo;importe qui d&rsquo;ailleurs. Mais tr\u00e8s vite, le producteur des Cream (dont le batteur Ginger Baker avait \u00e9t\u00e9 \u00e9voqu\u00e9) sugg\u00e8re un jeune hyper dou\u00e9, ayant offici\u00e9 au sein d&rsquo;Atomic Rooster, proto prog oscillant entre <em>hard rock<\/em> (comme quasiment tout le monde \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque), et <em>groove<\/em> chant\u00e9, ainsi que le Crazy World Of Arhur Brown, dont le single \u00ab\u00a0Fire\u00a0\u00bb (1968) cartonnait un peu partout dans le monde. Il s&rsquo;agissait bien s\u00fbr de Carl Palmer, n\u00e9 en 1950, et imm\u00e9diatement biberonn\u00e9 \u00e0 la musique, de par son grand-p\u00e8re et sa grand-m\u00e8re, papa et maman compris\u2026 Fin 1970, apr\u00e8s une l\u00e9g\u00e8re h\u00e9sitation du p&rsquo;tit dernier, ELP \u00e9tait n\u00e9, et \u00e9cumait d\u00e9j\u00e0 les plus grandes sc\u00e8nes, avant m\u00eame d&rsquo;enregistrer quoi que ce soit.<br \/><br \/> Pour la l\u00e9gende, Hendrix, tr\u00e8s impressionn\u00e9 lors d&rsquo;un concert de King Crimson, avait eu vent, via son batteur, de ce nouveau groupe en qu\u00eate de musiciens. On tombera \u00e0 la renverse en apprenant que Mitchell a \u00e9voqu\u00e9 un quatuor partag\u00e9 avec le g\u00e9nie afro-cherokee, une fois ses obligations remplies aupr\u00e8s de Band Of Gypsies, avec possibilit\u00e9 d\u2019une rencontre aux alentours de ao\u00fbt-septembre 1970\u2026 L&rsquo;histoire s&rsquo;arr\u00eate tragiquement l\u00e0, malgr\u00e9 les sp\u00e9culations pressantes des journalistes (la rumeur du nom HELP, pour le futur groupe), puisque Hendrix meurt pr\u00e9matur\u00e9ment le 18 septembre de cette m\u00eame ann\u00e9e ! Hendrix, chef de file du rock progressif, vous imaginez ?\u2026 En fait le r\u00e9sultat aurait pu s&rsquo;av\u00e9rer\u2026 impossible, les ego de chacun auraient fini par g\u00e2cher la f\u00eate\u2026 Et puis le Band Of Gypsies demeure l&rsquo;une des plus merveilleuses aventures du rock, donc aucun regret !<br \/><br \/> D\u00e9marre nonobstant pour le trio une carri\u00e8re ahurissante, sur la sc\u00e8ne comme on l&rsquo;a dit, mais d\u00e8s le premier disque \u00e9galement, avec le tr\u00e8s judicieusement nomm\u00e9 <br \/><br \/> EMERSON LAKE AND PALMER (1970)<br \/> D&rsquo;entr\u00e9e le propos frappe les esprits, proposant un r\u00e9pertoire puissant, terriblement rythm\u00e9, furieusement composite, convoquant rock, jazz, avant-garde et n\u00e9o classique. Une petite ballade pop vient en derni\u00e8re minute afin de compl\u00e9ter la gravure de la face B. C&rsquo;est une chanson folk de Greg Lake datant de ses douze ans (!) et c&rsquo;est un immense carton, gr\u00e2ce en particulier aux radios, atteignant imm\u00e9diatement les <em>charts<\/em> anglais et am\u00e9ricains! Mais c&rsquo;est bien peu face \u00e0 l&rsquo;\u00e9clatante r\u00e9ussite artistique de tout l&rsquo;album. Les compos sont autant fournies par Emerson (\u00ab\u00a0Tank\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0The Three Fates\u00a0\u00bb) que par Lake (\u00ab\u00a0Take A Pebble\u00a0\u00bb , peut \u00eatre le sommet de l&rsquo;album, avec son interlude folk), en plus d&rsquo;une adaptation de Bartok, qui ouvre le disque, \u00ab\u00a0The Barbarian\u00a0\u00bb donc, ou \u00ab\u00a0Knife-Edge\u00a0\u00bb, transcription de Janacek, compositeur tch\u00e8que. Pour la premi\u00e8re fois \u00e9galement, on d\u00e9couvre les sonorit\u00e9s du MOOG, synth\u00e9tiseur aux mille possibilit\u00e9s sonores. Emerson, en plus de se r\u00e9v\u00e9ler un compositeur exceptionnel, fait montre d&rsquo;une inventivit\u00e9 incroyable dans les arrangements, d&rsquo;une fougue et d&rsquo;une technique prodigieuse aux claviers, Lake dressant d\u2019entr\u00e9e la basse au rang des instruments solistes, et Palmer battant un feu d&rsquo;enfer, pr\u00e9sent sur tous les fronts. Leur musique offre autant d&rsquo;accents dramatiques que d&rsquo;\u00e9motion, de puissance que de d\u00e9licatesse, et ce avec une classe tout bonnement insolente. Bref, le groupe prend d&rsquo;entr\u00e9e tous les risques, et c&rsquo;est un triomphe. C&rsquo;est aussi dire qu&rsquo;il fut une \u00e9poque o\u00f9 le talent et la singularit\u00e9 l&#8217;emportaient sur toute contingence \u00e9conomique\u2026 de quoi r\u00eaver, et d\u00e9primer quarante ans plus tard\u2026!<br \/><br \/> TARKUS (1971)<br \/> Un an \u00e0 peine apr\u00e8s leur premi\u00e8re parution d\u00e9barque d\u00e9j\u00e0 leur album peut-\u00eatre le plus acclam\u00e9 aujourd\u2019hui. Il est domin\u00e9 par une longue pi\u00e8ce concept du m\u00eame nom, qui ouvre le disque, et que le visuel du vinyle d\u00e9clinera sur toute les faces de la pochette. L\u2019imagerie m\u00e9morable d&rsquo;animaux m\u00e9canis\u00e9s aux couleurs vives frappe ici tout autant que la musique, et semble en compl\u00e8te symbiose. \u00ab\u00a0Tarkus\u00a0\u00bb est un ma\u00eblstrom incroyable de 20 minutes, compos\u00e9 sur six jours lors de leur premi\u00e8re tourn\u00e9e (!), \u00e0 l&rsquo;\u00e9criture complexe (une signature rythmique en 5\/4, sur la demande de Palmer) et pourtant lisible. Un v\u00e9ritable voyage, mouvement\u00e9, surprenant et toujours aussi solidement rythm\u00e9. Les prouesses se succ\u00e8dent; cassures, accalmies, cavalcades et accents lyriques. Emerson y est, une de fois de plus, ahurissant. La voix de Lake, pourtant de miel, est plus agressive que jamais, rock assur\u00e9ment. La suite convoque Bach, entrecoup\u00e9 de deux morceaux tr\u00e8s directs, pop rock, histoire de rappeler les racines am\u00e9ricaines, mais au fond anecdotiques. La discographie du trio a toujours pr\u00e9sent\u00e9 cet aspect un peu bic\u00e9phale, entre ambition artistique totale et vell\u00e9it\u00e9s commerciales, comme on le d\u00e9couvrira au tournant des ann\u00e9es 80\u2026 Fondamentalement, avec ELP, et la musique prog en g\u00e9n\u00e9ral, c&rsquo;est la culture europ\u00e9enne qui s&rsquo;affirme, totalement et dans toute sa richesse. Et <em>Tarkus<\/em>, bien qu&rsquo; enregistr\u00e9 dans une certaine tension (Lake \u00e9tant particuli\u00e8rement r\u00e9ticent sur le morceau concept) est un disque remarquable, acclam\u00e9 par la critique, et qui lancera toute une galaxie de groupes \u00e0 travers le monde (Allemagne, Pays-Bas, Angleterre, Etats-Unis, Japon notamment) dont les plus r\u00e9cents en 2016, continuent encore de se r\u00e9clamer.<br \/><br \/> Bien \u00e9videmment les tourn\u00e9es s&rsquo;encha\u00eenent, avec leur toute premi\u00e8re aux States, et lorsqu&rsquo;on conquiert l&rsquo;Am\u00e9rique, on conquiert le monde. C&rsquo;est ce qu&rsquo;ont tent\u00e9 de faire tous les groupes et artistes majeurs du mouvement progressif, et l&rsquo;on ne r\u00e9alise pas assez aujourd&rsquo;hui l&rsquo;impact consid\u00e9rable du groupe en terme de popularit\u00e9, toutes \u00e9poques confondues (on avance en gros 30 millions d&rsquo;albums vendus, sans parler des 45 tours, pour seulement les ann\u00e9es 70).<br \/><br \/><\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Keith Emerson n&rsquo;est plus de ce monde&#8230; Cette nouvelle accablante, sonne, \u00e0 l&rsquo;instar de celle&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":51,"featured_media":22238,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[6],"tags":[],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/22237"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/51"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=22237"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/22237\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/22238"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=22237"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=22237"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=22237"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}