{"id":22231,"date":"2014-04-14T00:00:00","date_gmt":"2014-04-13T22:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/chromatique.net\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/f30588120116ed6582fafde8fa2919d9_XL.jpg"},"modified":"2014-04-14T00:00:00","modified_gmt":"2014-04-13T22:00:00","slug":"22231","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/2014\/04\/14\/22231\/","title":{"rendered":"&#8211; Y a-t-il toujours un Driver dans la machine ?"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Lorsque le dernier album de Kayo Dot est arriv\u00e9 \u00e0 la r\u00e9daction de Chromatique, il a tout de suite suscit\u00e9 des r\u00e9actions oppos\u00e9es, disque de l\u2019ann\u00e9e pour les uns, v\u00e9ritable flop pour les autres. C\u2019est pour cette raison que l\u2019\u00e9quipe a organis\u00e9 une interview d\u00e9bat afin de confronter les deux points de vue.<\/strong><br \/><br \/> <strong>Rapha\u00ebl: Avant de parler de l&rsquo;album je voulais te demander quel bilan tu faisais de la discographie de Kayo Dot avant <em>Hubardo<\/em>, et quelles \u00e9taient tes attentes. Le public du groupe est assez h\u00e9t\u00e9roclite (il y a ceux qui ont quitt\u00e9 le navire apr\u00e8s <em>Choirs of the Eye<\/em>, ou les adeptes des disques suivants). En ce qui me concerne, j&rsquo;ai d\u00e9couvert Kayo Dot avec <em>Choirs of the Eye<\/em>, que je consid\u00e8re comme un v\u00e9ritable chef d&rsquo;oeuvre. J&rsquo;ai bien aim\u00e9 les albums suivants mais je pense qu&rsquo;ils ont du mal \u00e0 tenir la comparaison. J&rsquo;appr\u00e9cie tout de m\u00eame la volont\u00e9 de Toby Driver de se renouveler, d&rsquo;aller de l&rsquo;avant. En ce qui concerne <em>Hubardo<\/em>, je n&rsquo;avais aucune attente en particulier, seulement de la curiosit\u00e9&#8230;<\/strong><br \/><br \/> <strong>Christophe:<\/strong> J&rsquo;adore Kayo Dot. Depuis le d\u00e9but. <em>Choirs of the Eye<\/em> a \u00e9t\u00e9 pour moi une r\u00e9v\u00e9lation, un espoir de voir entrer \u00e0 nouveau un certain rock dans cette zone artistique o\u00f9 il n&rsquo;est pas qu&rsquo;un simple divertissement, mais aussi un art \u00e0 part enti\u00e8re, majeur, qui explore de nouveaux horizons. Maudlin of the Well avait d\u00e9j\u00e0 un peu pr\u00e9par\u00e9 la voie, notamment avec le superbe <em>Bath<\/em>, mon pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 du groupe. Mais je n&rsquo;ai connu ce dernier que r\u00e9trospectivement. Puis est arriv\u00e9 <em>Dowsing Anemone With Copper Tongue<\/em>, le second album de Kayo Dot, pour moi le sommet de leur discographie. Le plus beau, le plus lumineux, le plus \u00e9quilibr\u00e9, mais aussi le plus terrassant. Un chef-d&rsquo;\u0153uvre. Il n&rsquo;y avait gu\u00e8re \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque que Time of Orchids et Sleepytime Gorilla Museum pour rivaliser dans ce qu&rsquo;il faut bien d\u00e9finir comme une p\u00e9riode b\u00e9nie de revivification de l&rsquo;avant-rock. Le rock pouvait se red\u00e9ployer, plus vaste, plus ambitieux et \u00eatre capable d&#8217;emmener l&rsquo;auditeur dans de nouvelles contr\u00e9es. Je regrette beaucoup, par exemple, la fin de l&rsquo;aventure Time of Orchids avec leur incroyable <em>Namesake Caution<\/em>. C&rsquo;\u00e9tait un beau moment pour la musique. J&rsquo;\u00e9tais vraiment enthousiaste. Mais aujourd&rsquo;hui, je suis plus circonspect.<br \/><br \/> Un d\u00e9tail que beaucoup n&rsquo;ont pas remarqu\u00e9, mais qui fait toute la diff\u00e9rence : <em>Choirs of the Eye<\/em> de Kayo Dot et <em>Sarcast While<\/em> de Time of Orchids, sont deux chefs-d&rsquo;\u0153uvre \u00e9dit\u00e9s sur Tzadik, le fameux label de John Zorn dont le but est de \u00ab\u00a0permettre \u00e0 des artistes hors-norme venus du monde entier de s&rsquo;exprimer en toute libert\u00e9\u00a0\u00bb. Or, comme avec le premier Guillaume Perret, autre tr\u00e8s grand album \u00e9dit\u00e9 par Tzadik, on sent que cette libert\u00e9 n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 bafou\u00e9e, qu&rsquo;elle n&rsquo;a pas \u00e9tait synonyme de dispersion, bien au contraire. Dans chacun de ces disques, il y a une volont\u00e9 de formalisme extr\u00eamement abouti qui ne cesse de surprendre. Stabat Akish aussi a su profiter de cette occasion pour donner le meilleur de lui-m\u00eame. Pour tous ces groupes, on sent qu&rsquo;il existait un enjeu \u00e0 relever : r\u00e9ussir \u00e0 faire des albums formellement aboutis \u00e0 partir de mat\u00e9riau source d&rsquo;une cr\u00e9ativit\u00e9 sans contraintes.<br \/><br \/> Mais si l&rsquo;on en vient maintenant au Kayo Dot de 2013, on voit qu&rsquo;un glissement qualitatif s&rsquo;est produit. Je consid\u00e8re m\u00eame <em>Hubardo<\/em>, \u00e9dit\u00e9 seulement en digital, comme l&rsquo;exemple des travers d&rsquo;un monde qui s&rsquo;est certes ouvert gr\u00e2ce \u00e0 Internet, mais qui en m\u00eame temps ne se sent plus oblig\u00e9 de r\u00e9pondre \u00e0 quelques principes de bon sens. La g\u00e9n\u00e9ralisation de la diffusion via le web ne devrait pas correspondre selon moi \u00e0 une pratique du refus du tout formalisme. Tout producteur digne de ce nom sait \u00e7a. Aussi, \u00e0 mon humble avis, Randall Dunn, le producteur, aurait d\u00fb mieux condenser cet album. Si votre pr\u00e9occupation est de faire partager un travail, aussi cr\u00e9atif soit-il, il faut s&rsquo;obliger \u00e0 mettre de l&rsquo;ordre, \u00e0 rendre coh\u00e9rent, \u00e0 couper l&rsquo;inutile pour ne garder que l&rsquo;essentiel. <em>Hubardo<\/em> tombe dans tous les travers. Il est trop long. On y trouve trop de choses inutiles. Sur ces presque deux heures de musique, il aurait fallu couper, ramasser, rendre ce projet plus lisible. On ne comprend plus non plus quelle est la ligne de partage entre Maudlin of the Well et Kayo Dot. Les deux projets se ressemblent trop. Tout \u00e7a est d&rsquo;autant plus dommage qu&rsquo;il y a vraiment beaucoup de bonnes choses dans ce disque, mais noy\u00e9es dans un oc\u00e9an de fatuit\u00e9. <em>Hubardo<\/em> aurait pu \u00eatre un grand album, il est en fait un gros machin pr\u00e9tentieux et in\u00e9gal. Dommage.<br \/><br \/> La libert\u00e9 d&rsquo;expression qu&rsquo;offre la d\u00e9mat\u00e9rialisation ne devrait pas \u00eatre la porte ouverte au n&rsquo;importe quoi. J&rsquo;esp\u00e8re que Toby Driver finira par comprendre \u00e7a, qu&rsquo;il repensera \u00e0 son travail sur <em>Choirs of the Eye<\/em> et aux conditions qu\u2019offrait Tzadik. Travaillant moi-m\u00eame dans la cr\u00e9ation, je sais trop \u00e0 quel point il est difficile de faire comprendre \u00e7a aujourd&rsquo;hui. Je prends souvent l&rsquo;exemple des films des studios Pixar. Quand ils lancent un projet, les cr\u00e9atifs travaillent absolument sans contraintes, c&rsquo;est une partie cruciale du processus cr\u00e9atif. Puis arrive l&rsquo;obligation de mettre de l&rsquo;ordre dans tout le mat\u00e9riau cr\u00e9\u00e9. Et l\u00e0, ils sont absolument implacables sur la qualit\u00e9 et sur l&rsquo;unit\u00e9 du mat\u00e9riau retenu. Au final, leurs cr\u00e9ations sont non seulement originales, mais aussi formellement parfaites.<br \/><br \/> <strong><em>Hubardo<\/em> est long, c&rsquo;est vrai. Avec ses cent minutes, il est difficile de l&rsquo;\u00e9couter d&rsquo;une traite. Cependant, les albums trop longs \u00e7a fait depuis l&rsquo;invention du double ou triple album qu&rsquo;on en fait. En ce qui me concerne, quand je suis confront\u00e9 \u00e0 un album de ce genre, je me mets \u00e0 la place du producteur et je me demande ce que l&rsquo;on pourrait enlever\u2026 Avec <em>Hubardo<\/em> je n&rsquo;arrive pas \u00e0 trancher ou retrancher, \u00e0 part le morceau \u00ab\u00a0Floodgate\u00a0\u00bb qui est peut-\u00eatre un peu hors propos. Cependant, la qualit\u00e9 du reste me semble tellement incroyable que j&rsquo;ai du mal \u00e0 ne pas lui accorder la statut de chef d\u2019\u0153uvre. Il faut le prendre part petit bouts, appr\u00e9hender sa narration complexe pour faire \u00e9merger une \u0153uvre dantesque, fascinante.<br \/><br \/> Le qualificatif de pr\u00e9tentieux (qui revient souvent avec les double albums) ne me semble pas justifi\u00e9. Sur cet album, Tobey Driver est revenu au contraire vers une musique plus concr\u00e8te et abordable (pour du Kayo Dot, bien s\u00fbr), avec une \u00e9criture plus ramass\u00e9e qui fonctionne \u00e0 merveille. Son propos est clair et direct et garde toute la richesse des compositions et des arrangements. Si, pour certains, les derniers albums de Kayo Dot avant <em>Hubardo<\/em> pouvaient \u00eatre qualifi\u00e9s de pr\u00e9tentieux (avec ces morceaux longs et dilu\u00e9s), ce n&rsquo;est pas le cas pour <em>Hubardo<\/em>. Driver a d\u00e9clar\u00e9 que sa place de bassiste chez Secret Chiefs 3 lui avait montr\u00e9 qu&rsquo;on pouvait faire de la musique complexe tout en s&rsquo;\u00e9clatant, <em>Hubardo<\/em> est la fa\u00e7on qu&rsquo;a Driver de s&rsquo;amuser, et \u00e7a marche !<br \/><br \/> Si tu \u00e9tais toi m\u00eame le producteur, que ferais-tu pour faire de ce <em>Hubardo<\/em> un grand album?<\/strong><br \/><br \/> Si j&rsquo;avais produit l&rsquo;album, j&rsquo;aurais gard\u00e9 \u00e9videmment ce c\u00f4t\u00e9 sombre et lourd qui peu \u00e0 peu s&rsquo;illumine. J&rsquo;adore cette id\u00e9e. Mais j&rsquo;aurais fait, comme dans l&rsquo;art du bonsa\u00ef, des coupes franches pour r\u00e9\u00e9quilibrer l&rsquo;arbre et pour lui donner une forme bien plus lisible\u2009!<br \/><br \/> L&rsquo;exercice du double album est difficile. Les r\u00e9ussites se comptent sur les doigts d&rsquo;une main. D&rsquo;un chef d\u2019\u0153uvre comme tu sembles qualifier <em>Hubardo<\/em>, on doit pouvoir ne rien retirer ni ajouter. Prends le dernier Secret Chiefs 3 dont a fait partie Toby Driver, <em>Book of Souls: Folio A<\/em> : selon moi, on peut volontiers lui appliquer ce qualificatif. Quel \u00e9quilibre\u2009! Quelle cr\u00e9ativit\u00e9\u2009! Et quelle production\u2009! Mais, pour moi, c&rsquo;est tr\u00e8s loin d&rsquo;\u00eatre le cas avec <em>Hubardo<\/em>.  \u00ab\u00a0The Black Stone\u00a0\u00bb par exemple, le premier titre de l&rsquo;album est un boulet. Par sa lourdeur il le d\u00e9s\u00e9quilibre compl\u00e8tement. Je devine l&rsquo;intention, mais je trouve cette entr\u00e9e en mati\u00e8re morne, plate, trop longue et, pour tout dire, pas tr\u00e8s inspir\u00e9e. Jusqu&rsquo;\u00e0 \u00ab\u00a0Vision Adjustment to Another Wavelength\u00a0\u00bb on a droit \u00e0 une version que je ne qualifierais pas de \u00ab\u00a0 simplifi\u00e9\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0plus accessible\u00a0\u00bb de la musique de Kayo Dot, mais de caricaturale. En revanche, je trouve la seconde partie bien plus int\u00e9ressante et je comprends mieux l&rsquo;exercice qu&rsquo;a voulu faire Toby Driver. \u00ab\u00a0Zlida Caosgi (To Water the Earth)\u00a0\u00bb est magnifique, sa violence poss\u00e8de une surprenante \u00e9l\u00e9gance. Le tr\u00e8s post-rock \u00ab\u00a0And He Built Him a Boat\u00a0\u00bb et le quart d&rsquo;heure de \u00ab\u00a0The Wait of the World\u00a0\u00bb, point final de l&rsquo;album, sont impressionnants. Il y a finalement un c\u00f4t\u00e9 alchimique dans <em>Hubardo<\/em>. De la mati\u00e8re \u00e9paisse des deux tiers de l&rsquo;album se d\u00e9gage, sans jeu de mots, de l&rsquo;or en fin. Je ne suis pas compl\u00e8tement n\u00e9gatif. Mais il y a vraiment beaucoup trop de d\u00e9chets.<br \/><br \/> <strong>Nous laisserons donc les lecteurs se faire une id\u00e9e plus pr\u00e9cise eux-m\u00eame, Toby Driver a mis a disposition <a href=\"https:\/www.youtube.com\/playlist?list=PL4_9nnlNTB4iaRc0ozax0lI9_0Ugp1sqz\" target=\"_blank\"><em>Hubardo<\/em> en \u00e9coute int\u00e9grale sur Youtube.<\/a><\/strong><\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Lorsque le dernier album de Kayo Dot est arriv\u00e9 \u00e0 la r\u00e9daction de Chromatique, il&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":46,"featured_media":22232,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[6],"tags":[],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/22231"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/46"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=22231"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/22231\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/22232"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=22231"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=22231"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=22231"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}