{"id":22215,"date":"2009-03-31T00:00:00","date_gmt":"2009-03-30T22:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/chromatique.net\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/0c3d72b6bbeccb492543d6baaa347ace_XL.jpg"},"modified":"2009-03-31T00:00:00","modified_gmt":"2009-03-30T22:00:00","slug":"22215","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/2009\/03\/31\/22215\/","title":{"rendered":"&#8211; Evolution du m\u00e9tal"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Intervenants<\/strong> :\u00a0J\u00e9r\u00e9my Bernadou,\u00a0Mathieu Carr\u00e9,\u00a0V. Chassat,\u00a0Jean-Philippe Haas,\u00a0Jean-Daniel Kleisl,\u00a0Aleksandr L\u00e9zy,\u00a0Nicolas Soulat<\/p>\r\n<p style=\"margin-top: 10px; margin-bottom: 10px;\" align=\"justify\"><strong>Quand un r\u00e9dacteur soumet une question en interne, relay\u00e9 par un autre, et ainsi de suite, \u00e7a donne un v\u00e9ritable d\u00e9bat (souvent dr\u00f4le) dont nous souhaitons partager le point de vue avec notre lectorat. Aujourd&rsquo;hui, le metal est au centre de toutes les attentions et \u00e7a va tacher s\u00e9v\u00e8re les enfants ! <\/strong><br \/><br \/>La question est pos\u00e9e : quelle \u00e9volution pour le metal et ses guitares satur\u00e9es depuis son av\u00e8nement dans les ann\u00e9es quatre-vingt jusqu&rsquo;\u00e0 aujourd&rsquo;hui ? Comment a su muter ce style souvent d\u00e9cri\u00e9 \u00e0 tort par les cohortes farouches de la musique populaire de base ? Comment le metal a-t-il r\u00e9ussi \u00e0 tirer son \u00e9pingle du jeu ? Le progressif lui a-t-il donn\u00e9 des ailes pour voler aussi haut que l&rsquo;imp\u00e9tueux Icare ? \u00ab\u00a0<em>Fly, on your way, like an eagle. Fly as high, as the sun&#8230;<\/em> \u00bb comme dit la chanson !\u00a0<br \/><br \/>Instigateur du pr\u00e9sent d\u00e9bat, Jean-Daniel Kleisl soumet sans crier gare une piste \u00e0 ne pas n\u00e9gliger : \u00ab\u00a0<em>L&rsquo;un des points importants sur cette \u00e9volution depuis les ann\u00e9es quatre-vingt concerne davantage les batteurs que les guitaristes. Des musiciens comme Nicko Mc Brain (Iron Maiden) ou Lars Ulrich (Metallica) d\u00e9tenaient un savoir-faire assez \u00e9bouriffant pour l&rsquo;\u00e9poque. En revanche, ces vieux de la veille se sont vus relay\u00e9s par l&rsquo;improbable arriv\u00e9e de Mike Portnoy (Dream Theater) au d\u00e9but des ann\u00e9es quatre-vingt-dix (sa p\u00e9riode la plus pertinente) et des batteurs fantasques qu&rsquo;on peut d\u00e9sormais retrouver au sein de formations neo-hardcore (Botch, Knut, The Dillinger Escape Plan). L&rsquo;exemple le plus probant reste certainement Dave Lombardo, qui a d\u00e9but\u00e9 en frappant chez Slayer pour s&rsquo;\u00e9manciper et s&rsquo;\u00e9panouir chez Fant\u00f4mas.<\/em> \u00bb.<br \/><br \/>Effectivement, l&rsquo;arriv\u00e9e de Dream Theater a permis au metal de b\u00e9n\u00e9ficier d&rsquo;un nouveau souffle et d&rsquo;engendrer une multitude d&rsquo;adeptes ind\u00e9nombrables au fil des ans. Pourtant, comme le souligne J\u00e9r\u00e9my Bernadou : \u00ab\u00a0<em>On constate depuis peu un d\u00e9clin de ces formations pour voir appara\u00eetre l&rsquo;influence plus pr\u00e9gnante de groupes exp\u00e9rimentaux tels que Diablo Swing Orchestra et Unexpect.\u00a0A cela, il est int\u00e9ressant de revenir sur ce qui constitue le propre du metal progressif : la technique. Les premiers balbutiements notoires proviennent in\u00e9vitablement par cette volont\u00e9 de pousser le vice en ex\u00e9cutant des th\u00e8mes baroques abracadabrants, \u00e0 l&rsquo;instar du Su\u00e9dois Yngwie J. Malmsteen, puis de l&rsquo;Italien Luca Turilli (Rhapody of Fire), du Fran\u00e7ais Patrick Rondat et des Am\u00e9ricains Marty Friedman (ex-Megadeth, Cacophony) et Jason Becker (Cacophony).<\/em> \u00bb\u00a0<br \/><br \/>Malgr\u00e9 des m\u00e9langes toujours plus d\u00e9tonnants avec le temps, il faut n\u00e9anmoins \u00e9viter de mettre les oeufs dans le m\u00eame panier. Jean-Philippe Haas distingue en outre deux entit\u00e9s : \u00ab\u00a0<em>La premi\u00e8re est incarn\u00e9e par ces groupes obscurs tels que Behold&#8230; the Arctopus, Dysrythmia, Canvas Solaris et surtout Watchtower et Spiral Architect qui font clairement le lien entre la fin des ann\u00e9es quatre-vingt et le d\u00e9but des ann\u00e9es quatre-vingt-dix. Ils repr\u00e9sentent \u00e0 juste titre des musiciens qui jouent pour des musiciens et pour les amateurs de technique instrumentale. La seconde est compos\u00e9e de formations qui ont vu la virtuosit\u00e9 \u2013 plus que la d\u00e9monstration \u2013 se d\u00e9velopper naturellement, afin d&rsquo;am\u00e9liorer la qualit\u00e9 d&rsquo;\u00e9criture et d&rsquo;ouvrir le champ des possibilit\u00e9s. Les sous-familles que sont le thrash ou encore le death s&rsquo;en sont appropri\u00e9s les bienfaits pour se d\u00e9faire d&rsquo;un certain minimalisme aux fronti\u00e8res av\u00e9r\u00e9es ; ce que n&rsquo;a pas fait Dream Theater par exemple, en prenant le chemin \u00e0 contre-sens depuis <\/em>Metropolis Pt 2 : Scenes from a Memory<em>. En revanche, cette technique (parfois bien futile il faut l&rsquo;admettre) a tir\u00e9 du monde vers le haut et en cela, c&rsquo;est une bonne chose. Les groupes de metal, quel que soit leur genre, sont \u00e0 pr\u00e9sent techniquement plus cr\u00e9dibles qu&rsquo;auparavant. Attention toutefois de ne pas syst\u00e9matiquement les affubler du terme progressif, car ce n&rsquo;est certainement pas au nombre de breaks ou de mesure asym\u00e9triques qu&rsquo;on peut juger de leur appartenance \u00e0 ce courant.<\/em> \u00bb<br \/><br \/>Notre \u00e9nigmatique photographe V.Chassat soumet une donn\u00e9e int\u00e9ressante et non des moindres : \u00ab\u00a0<em>Il ne faut pas oublier qu&rsquo;il existe une profusion de ces groupes cit\u00e9s et de leurs \u00e9mules dont le succ\u00e8s tient en partie \u00e0 la communication et \u00e0 l&rsquo;image qui les entourent. Le rock et le metal ne sont-elles pas des musiques \u00e0 la mode depuis quelques temps ? D&rsquo;ailleurs, n&rsquo;\u00e9taient-elles pas \u00e0 leurs d\u00e9buts contestataires ? Il est toutefois \u00e9vident que tout est technique et que le niveau de perfection ne cesse de s&rsquo;\u00e9lever vers des cimes ardues, dont certains amateurs se perdent en chemin. Par ailleurs, on constate le d\u00e9veloppement d&rsquo;\u00e9coles de musiques modernes en France, telle que le MAI de Nancy. La technique n&rsquo;est cependant pas une fin en soi, elle permet une expression s\u00fbrement plus aboutie avec un travail sur les harmonies, les rythmes, les structures de morceaux, etc. Il est n\u00e9anmoins regrettable de remarquer qu&rsquo;elle manque parfois cruellement de sens \u00e0 force de jouer sur la d\u00e9monstration. On peut rapprocher cette id\u00e9e d&rsquo;un John Petrucci (Dream Theater) qui travaille son instrument comme ses biceps. Pourtant, le sport n&rsquo;est pas un art. Zidane n&rsquo;est ni un philosophe, ni un artiste [NdlR : fameux !]. A force, \u00e7a use et \u00e7a n&rsquo;en devient que moins captivant.<\/em> \u00bb<br \/><br \/>Entre d\u00e9monstration et remise en question, il existe \u00e0 n&rsquo;en point douter un gouffre souvent vertigineux. Aleksandr L\u00e9zy insiste sur le fait que \u00ab\u00a0<em>les groupes de death metal qui ont quelque part toujours pr\u00f4n\u00e9 la technique et la brutalit\u00e9 n&rsquo;ont pas pour autant chang\u00e9 les structures de leurs compositions pour la plupart. La technique en est d\u00e9sormais une caract\u00e9ristique, elle fait partie int\u00e9grante du style musical qu&rsquo;ils interpr\u00e8tent au d\u00e9triment d&rsquo;une brutalit\u00e9 toujours plus affirm\u00e9e. D&rsquo;un point de vue plus globale, la technique n&rsquo;est plus celle mani\u00e9e par les groupes de metal progressif des ann\u00e9es quatre-vingt-dix qui ex\u00e9cutaient \u00e0 tout bout de champ des tirades pour \u00e9pater la galerie. Elle est effectivement naturelle aujourd&rsquo;hui, car les musiciens en herbe apprennent \u00e0 \u00e9tudier leur instrument d\u00e8s leur plus tendre enfance et leurs mod\u00e8les ont subsitu\u00e9 les Jimi Hendrix et autres Frank Zappa et consorts. Il faut toutefois nuancer le propos et faire la distinction entre technicit\u00e9 et complexit\u00e9.<\/em> \u00bb<br \/><br \/>Evidemment \u00e0 rentrer dans les profondeurs d&rsquo;un tel d\u00e9bat, les id\u00e9es soumises activent les stimuli de Nicolas Soulat qui pr\u00e9cise que \u00ab\u00a0<em>la technique n&rsquo;est qu&rsquo;un dopant. Elle permet d&rsquo;atteindre des contr\u00e9es et d&rsquo;en faciliter l&rsquo;acc\u00e8s par un certain labeur. En somme, le pouvoir de la technique \u00e0 bon escient r\u00e9side dans l&rsquo;effet de surprise et la capacit\u00e9 que la musique poss\u00e8de \u00e0 nous sortir des sentiers battus. Rien de pire que de pr\u00e9voir ce qu&rsquo;on va \u00e9couter, autant passer au morceau suivant. La technicit\u00e9 est une aide notable mais la meilleure recette reste la mobilit\u00e9, l&rsquo;alternance et les rebondissements. Trop de technique tue la technique, trop de simplicit\u00e9 cr\u00e9e l&rsquo;ennui. Le dynamisme n&rsquo;est-elle pas l&rsquo;essence m\u00eame de la vie ? <\/em> \u00bb<br \/><br \/>Fort juste, la technique est forc\u00e9ment pr\u00e9sente mais elle doit se manifester telle une force sage \u00e0 employer pour les exp\u00e9rimentations musicales les plus folles et artistiquement recherch\u00e9es. Id\u00e9e que Mathieu Carr\u00e9, sp\u00e9cialiste es-jazz, cadre sous un autre angle : \u00ab\u00a0<em>D&rsquo;une part, on commence \u00e0 parler technique \u2013 au sens presque scientifique du terme \u2013 lorsque nous n&rsquo;avons rien \u00e0 dire de subjectif sur la musique en elle-m\u00eame et ce qu&rsquo;elle \u00e9veille en nous. D&rsquo;autre part, l&rsquo;envie de bouger, de crier, le chaos, se ressentent toutefois gr\u00e2ce \u00e0 la technique, \u00e9videmment, puisqu&rsquo;on parle de capacit\u00e9 \u00e0 g\u00e9n\u00e9rer. Plus le musicien est dou\u00e9, plus il aura la possibilit\u00e9 d&rsquo;atteindre ses objectifs. Quand bien m\u00eame il s&rsquo;av\u00e8re ou non un monstre de dext\u00e9rit\u00e9 ou de ma\u00eetrise, il touchera l&rsquo;essentiel juste par le biais de sa voix ou d&rsquo;une fl\u00fbte en bois. C&rsquo;est \u00e0 la fois r\u00e9jouissant et injuste m\u00eame si tout est li\u00e9. Ce qui est s\u00fbr, c&rsquo;est que si la musique est sublime, alors on oublie de discuter technique. Avez-vous vu \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision cette Ecossaise venue chanter en Angleterre ? Personne n&rsquo;a parl\u00e9 technique vocale car il n&rsquo;\u00e9tait question que d&rsquo;\u00e9motion. Il est n\u00e9anmoins fort \u00e0 parier qu&rsquo;il devait y avoir beaucoup de travail en amont. Elle a juste r\u00e9ussi \u00e0 le faire oublier.<\/em> \u00bb<br \/><br \/>Laissons nos fins limiers conclure que \u00ab\u00a0<em>d\u00e9sormais, le metal, technique ou pas, a fini par s&rsquo;introduire dans des genres dans lequels la technique \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sente comme le math rock (Protest the Hero). La technique n&rsquo;est plus la recherche du \u00ab\u00a0shred\u00a0\u00bb, elle tend d\u00e9sormais \u00e0 un travail parall\u00e8le sur les structures, une \u00ab\u00a0complexation\u00a0\u00bb de second plan qui met en valeur l&rsquo;ensemble et les ambiances (Tool)<\/em> \u00bb dixit J\u00e9r\u00e9my Bernadou. \u00ab\u00a0<em>Qu&rsquo;on assiste par ailleurs et dor\u00e9navant \u00e0 une remise en cause des m\u00e9thodes d&rsquo;enregistrement et de production plus acoustiques et recherch\u00e9es, des prises\u00a0<em>live<\/em> pour un rendu plus organique et vivant.<\/em> \u00bb ajoute V.Chassat. Les derniers mots de Mathieu Carr\u00e9 pour un final savoureux et de toute beaut\u00e9 : \u00ab\u00a0<em>Le metal, ainsi que d&rsquo;autres genres aux nombreuses petites niches, poss\u00e8dent chacun leurs codes, leurs h\u00e9ros locaux, et cela encourage trop souvent malheureusement la comparaison, l&rsquo;escalade technique, la comp\u00e9tition inutile, quitte \u00e0 en oublier l&rsquo;essentiel. C&rsquo;est ainsi que s&rsquo;est auto-d\u00e9truit le jazz rock.<\/em> \u00bb<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Intervenants :\u00a0J\u00e9r\u00e9my Bernadou,\u00a0Mathieu Carr\u00e9,\u00a0V. 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