{"id":22213,"date":"2005-07-31T00:00:00","date_gmt":"2005-07-30T22:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/chromatique.net\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/22d2f137fdd11496245603981235376e_XL.jpg"},"modified":"2005-07-31T00:00:00","modified_gmt":"2005-07-30T22:00:00","slug":"22213","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/2005\/07\/31\/22213\/","title":{"rendered":"&#8211; Edgar Bronfman Jr."},"content":{"rendered":"<p style=\"margin-top: 10px; margin-bottom: 10px;\" align=\"justify\"><strong>Edgar Bronfman Jr., vous connaissez ? Non ? Le P.-D.G de Warner Music Monde&#8230; Ah ! Effectivement ! Mr Bronfman a officialis\u00e9 lundi 22 ao\u00fbt 2005 \u00e0 Aspen, Colorado, dans un milieu jusque l\u00e0 r\u00e9fractaire, son accueil volontaire \u00e0 un nouveau mod\u00e8le de commercialisation de la musique au travers de deux concepts, le\u00a0<em>cluster<\/em> et l\u2019e-label.<\/strong><\/p>\n<p>Certes, ces id\u00e9es ne sont pas nouvelles : l\u2019UME Digital existait d\u00e9j\u00e0 chez le concurrent Universal, et depuis le P2P, \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque de l&rsquo;i-Pod, nombreux sont ceux qui pensent que le support CD, le disque en tant qu&rsquo;objet tangible, est arriv\u00e9 \u00e0 sa limite. Bronfman montre que l&rsquo;industrie a saisi le message, en proposant \u00ab\u00a0<em>plut\u00f4t que de sortir un album tous les deux ans, le label sortira [plusieurs fois dans l&rsquo;ann\u00e9e] des clusters &#8211; trois chansons ou plus &#8211; d&rsquo;un artiste<\/em>\u00a0\u00bb [in :\u00a0<em>ratiatum.com<\/em>].<\/p>\n<p><strong>Les CDs en CDD<\/strong><\/p>\n<p>En clair, la notion d&rsquo;album, support fini et d\u00e9termin\u00e9 dans la dur\u00e9e par sa limite d&rsquo;une heure hier (33-tours) et de soixante-quatorze ou quatre-vingts minutes aujourd&rsquo;hui (CDA), se retrouve d\u00e9brid\u00e9e sans la fronti\u00e8re psychologique impos\u00e9e par la taille du medium qui la contient. Il n\u2019existe alors plus de contraintes sur la taille des concepts chers aux amateurs de progressif, par exemple, m\u00eame si certains groupes (Saga ou le groupe fran\u00e7ais Innerchaos) ont prouv\u00e9 qu\u2019un concept pouvait s\u2019\u00e9tendre sur une dizaine d\u2019albums, ou au contraire deux histoires pouvaient cohabiter sur le m\u00eame support. Mais ceci n\u2019est qu\u2019un d\u00e9tail, finalement, au regard du reste\u2026\u00a0<\/p>\n<p>Ed Bronfman Jr. a en effet surtout op\u00e9r\u00e9 une r\u00e9elle perc\u00e9e politique. Liant le pass\u00e9 \u00e0 l\u2019avenir, le dirigeant a tout d\u2019abord d\u00e9montr\u00e9 que la technologie encadrait la cr\u00e9ation : \u00ab\u00a0<em>quand en 1925, Stravinsky a compos\u00e9 sa <\/em>S\u00e9r\u00e9nade pour Piano<em>, il en a \u00e9crit chacun des quatre mouvement pour qu\u2019ils durent sp\u00e9cifiquement moins de trois minutes, non pas pour des consid\u00e9rations esth\u00e9tiques, mais parce qu\u2019il voulait composer quelque chose qui tienne sur les 78-tours de l\u2019\u00e9poque. Ce n\u2019est pas un cas isol\u00e9 : [\u2026] les morceau pop n\u2019ont pas dur\u00e9 trois minutes ou moins pendant des ann\u00e9es uniquement par accident: ils se conformaient \u00e0 la quantit\u00e9 d\u2019information qu\u2019un 45-tours pouvait contenir<\/em> \u00bb. Puis il est avanc\u00e9 d\u2019un pas : \u00ab\u00a0<em>\u2019\u2019les pirates, dans cette industrie, ne volent pas que des id\u00e9es, ils volent aussi des disques entiers. Aucune autre industrie n\u2019existe, o\u00f9 il est si dur de r\u00e9colter la r\u00e9compense de son \u0153uvre\u2019\u2019. Ca ressemble \u00e0 un communiqu\u00e9 de presse de la RIAA, non ? Ca n\u2019en est pas un : il s\u2019agit d\u2019un article publi\u00e9 en 1898 [\u2026] se r\u00e9ferant aux machines permettant la duplication des cylindres d\u2019enregistrement <\/em>\u00bb.<\/p>\n<p>Le dirigeant du Warner Music Group (WMG) d\u00e9montre ainsi l\u2019une des sp\u00e9cificit\u00e9s fondamentales de l\u2019<em>entertainment business<\/em>, que l\u2019on peut \u00e9tendre \u00e0 tout ce qui touche \u00e0 l\u2019information \u2013 dans le sens : la donn\u00e9e &#8211; en g\u00e9n\u00e9ral :\u00a0<em>a contrario<\/em> des industries traditionnelles \u2013 transformation, production, bref : tout ce qui est tangible, et tous types de prestations qui n\u2019en appellent pas sp\u00e9cifiquement \u00e0 la manipulation de la donn\u00e9e &#8211; chaque nouvelle perc\u00e9e technologique remet les mod\u00e8les \u00e9conomiques du secteur en cause, causant frayeurs et mesures r\u00e9actionnaires violentes qui ne traduisent, finalement, qu\u2019un instinct de survie exacerb\u00e9 face \u00e0 un \u00ab bouleversement du monde \u00bb. Et quel bouleversement ! Le march\u00e9 du disque quitte le domaine de la commercialisation d\u2019objets tangibles pour laisser appara\u00eetre pour la premi\u00e8re fois sa vraie nature : ce qu\u2019on vend, ce ne sont pas des disques ou m\u00eame des partitions, c\u2019est de la musique ! Rien que de bien l\u00e9gitime que cette r\u00e9action, dans le fond, m\u00eame si l\u2019on a pu trouver l\u2019expression de cet instinct de survie criticable.<\/p>\n<p>Mais rappelons, l\u00e0 aussi, que nous sommes dans le domaine du r\u00e9flexe, de l\u2019\u00e9pidermique, et c\u2019est ici que la vision du WMG est novatrice : elle constitue la premi\u00e8re prise de conscience raisonn\u00e9e et constructive du ph\u00e9nom\u00e8ne exprim\u00e9e \u00e0 grande \u00e9chelle, le premier manifeste progressiste revendiqu\u00e9 d\u2019un secteur qui n\u2019existait ces derni\u00e8res ann\u00e9es finalement plus que gr\u00e2ce \u00e0 sa capacit\u00e9 de nuisance, son pouvoir de dire non. Il serait int\u00e9ressant, par exemple, de comparer le budget consacr\u00e9 \u00e0 la recherche &amp; developpement (recherche et d\u00e9couverte de nouveaux artistes, et leur lancement) et l\u2019ensemble des co\u00fbts d\u00e9bours\u00e9s par l\u2019industrie du disque pour mener \u00e0 bien les diff\u00e9rentes affaires aff\u00e9rantes aux r\u00e9seaux d\u2019\u00e9change d\u2019information entre pairs (P2P). Ou la fraction du budget de communication d\u00e9di\u00e9e \u00e0 la d\u00e9nonciation du piratage.<\/p>\n<p><strong>Marx, Warhol, la d\u00e9mat\u00e9rialisation et le rock\u2019n\u2019roll<\/strong><\/p>\n<p>Voici donc une nouvelle fa\u00e7on \u2013 politiquement parlant \u2013 de traiter le probl\u00e8me de fond, qui n\u2019est pas le piratage, qui n\u2019est pas, non plus, la redistribution des fruits de la cr\u00e9ation aux diff\u00e9rents acteurs de la cha\u00eene de valeur m\u00eame si ces douleurs constituent autant de symptomes, jouent un r\u00f4le, ont une importance r\u00e9elle et doivent \u00eatre soign\u00e9es. Le probl\u00e8me de fond est la d\u00e9mat\u00e9rialisation de l\u2019information, sa popularisation et d\u00e9mocratisation imm\u00e9diate et mondiale : le consommateur \u2013 vous et moi \u2013 a trouv\u00e9 la plus grande surface sp\u00e9cialis\u00e9e du monde, et son acc\u00e8s est en apparence libre. D\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, le producteur \u2013 l\u2019artiste, ses affili\u00e9s \u2013 a trouv\u00e9 le meilleur distributeur de la plan\u00e8te, et s\u2019il l\u2019on en croit les proc\u00e8s, souvent malgr\u00e9 lui\u2026 Ce distributeur, cette grande surface sont intangibles et ne sont constitu\u00e9s que de communaut\u00e9s r\u00e9tablissant souvent le mod\u00e8le du troc.<\/p>\n<p>Avec cette \u00e9mergence du\u00a0<em>tout gratuit<\/em> popularis\u00e9 par le net, brasseur d\u2019id\u00e9aux communautaires qui n\u2019a jamais totalement transcend\u00e9 son origine potache universitaire, nombre de revendications jusqu\u2019alors muettes ont trouv\u00e9 leur chemin dans une majorit\u00e9 plus si silencieuse. Si \u00ab chacun a droit \u00e0 son quart d\u2019heure de c\u00e9l\u00e9brit\u00e9 \u00bb, \u00e7a n\u2019est finalement pas uniquement gr\u00e2ce \u00e0 la petite lucarne : la plus grande \u00e9mission de t\u00e9l\u00e9r\u00e9alit\u00e9 se trouve sur la toile. Pages personnelles, blogs, radios, films, journaux autoproduits \u2013 dont Progressia &#8211; voient le jour et d\u00e9multiplient une audience jusqu\u2019alors restreinte par les contraintes de la diffusion physique.<\/p>\n<p>Ce foisonnement de communication(s), cette d\u00e9mocratisation du porte-voix touche toutes les populations et particuli\u00e8rement les artistes, qui multiplient les sites personnels et mises en ligne de morceaux, les extraits, les chroniques. M\u00e9tier paradoxal o\u00f9 la r\u00e9ussite est associ\u00e9e \u00e0 la compromission et l\u2019\u00e9chec \u00e0 l\u2019int\u00e9grit\u00e9 ! Ce paradoxe s\u2019est creus\u00e9 avec la Toile : si mon voisin peut diffuser en ligne gratuitement ses titres, pourquoi Metallica ne le fait-il pas ? Parce qu\u2019ils sont vendus ?\u00a0<em>Sic transit\u2026<\/em><br \/>La synth\u00e8se est rapide : pendant que pour les audionautes, l\u2019\u00e9cart se creuse entre le prix d\u2019un album en surface sp\u00e9cialis\u00e9e et sa facilit\u00e9 d\u2019obtention sur la toile, nombres d\u2019artistes hier cantonn\u00e9s \u00e0 leur garage s\u2019exposent au monde en MP3, vendent leur album dix ou douze Euros, voire le donnent en p\u00e2ture \u00e0 la communaut\u00e9 demendeuse, \u00e0 l\u2019instar d\u2019un\u00a0<a href=\"http:\/\/www.telosmusic.net\/\" target=\"_blank\" style=\"color: #000000; text-decoration: none;\"><span style=\"text-decoration: underline;\"><strong>Rain<\/strong><\/span><\/a>. Et l\u2019internaute, loin d\u2019\u00eatre idiot, int\u00e8gre l\u2019id\u00e9e d\u2019un nouveau mode de distribution \u2013 typiquement, iTunes \u2013 et ne comprend plus comment un disque d\u00e9pouill\u00e9 de son support physique peut encore co\u00fbter le prix d\u2019un album en magasin. Apr\u00e8s tout, n\u2019a-t-on pas supprim\u00e9 le prix du support, du transport, de la duplication du CD et de l\u2019impression des jaquettes, le loyer du magasin, le salaire du caissier et du magasinier, voire ! en partie, la marge du distributeur ? Et vendre un titre en MP3 ne revient-il pas, \u00e0 peu de choses pr\u00e8s, au m\u00eame prix qu\u2019en vendre un million ? Pire : la musique ne devrait-elle pas \u00eatre\u00a0<em>gratuite<\/em> ? Et o\u00f9 va l\u2019argent ? Pr\u00e9parez les pierres : les\u00a0<em>majors<\/em> se prennent une commission, elles ne travaillent pas pour la gloire. La lapidation peut commencer ! Que cet argent serve \u00e0 la promotion d\u2019artistes, leur d\u00e9couverte et leur d\u00e9veloppement \u2013 apr\u00e8s tout, Dream Theater, Porcupine Tree, Steve Vai, AC\/DC ou Tori Amos sont sign\u00e9s par des\u00a0<em>majors<\/em> &#8211; \u00e9chappe parfois \u00e0 certains. Leur int\u00e9r\u00eat dans la chaine de valeur, fondamentalement, est souvent r\u00e9sum\u00e9 sous le vocable de dispendieux \u00ab sert-\u00e0-rien \u00bb car, musiciens, musiciennes, on vous ment, on vous spolie : les producteurs (les financeurs, souvent les\u00a0<em>majors<\/em>) touchent environ 20% du prix de gros de votre disque, les distributeurs (qui mettent le produit sous le nez du consommateur final) jusqu\u2019\u00e0 40%, les \u00e9diteurs et les arrangeurs peuvent encore diminuer votre part\u2026 Que vous reste-t-il ? Traditionnellement, hors poids lourds \u00e0 la Myl\u00e8ne Farmer ou C\u00e9line Dion, environ 10 \u00e0 20% du prix de vente en gros reviennent \u00e0 l\u2019artiste. On peut pousser l\u2019investigation au DVD, dont on peut trouver la r\u00e9partition du prix dans la lettre d\u2019info #18 d\u2019\u00a0<strong><a href=\"http:\/\/www.apacabar.fr\/mailing\/audio.asp\" target=\"_blank\" style=\"color: #000000; text-decoration: none;\"><span style=\"text-decoration: underline;\">Apacabar.fr<\/span><\/a><\/strong> <\/p>\n<p>En avant, donc, pour la r\u00e9volution \u00ab intellectuelle et philosophique \u00bb du consommateur de musique. Si la major ne sert plus \u00e0 rien qu\u2019\u00e0 prendre l\u2019argent l\u00e0 o\u00f9 il se trouve et bouche l\u2019horizon de nombre de cr\u00e9ateurs, si le distributeur ne fait que tondre le fan, alors pourquoi continuer \u00e0 frayer avec ces dangereuses acquointances ? Voil\u00e0 la graine de l\u2019insurrection plant\u00e9e dans les t\u00eates m\u00e9lomanes : \u00ab celui qui travaille, c\u2019est celui qui ne touche pas \u00bb. A tort ou \u00e0 raison, c\u2019est un autre d\u00e9bat. Et en avant pour la barricade du syst\u00e8me alternatif, r\u00e9v\u00e9l\u00e9 par les d\u00e9funts Napster et AudioGalaxy ou Kazaa, eDonkey, eMule et Bittorrent.<br \/>Ce courant id\u00e9aliste de la culture pseudo-gratuite a bien \u00e9t\u00e9 per\u00e7u par nombres d\u2019acteurs, qui luttent pour ramener l\u2019auditeur \u00e0 la raison capitale : Napster est d\u00e9sormais rentr\u00e9 dans le droit chemin du payant, Kazaa aussi ; on conna\u00eet le succ\u00e8s d\u2019Apple, puis Universal et maintenant Warner. On se demanderait m\u00eame o\u00f9 se trouvent Richard Branson et Virgin \u2013 une\u00a0<em>major<\/em>importante dans le paysage progressif ! Et \u00e0 la clef ? UME Digital cit\u00e9 par le New York Times d\u00e9clare que l\u2019artiste touchera 25% du prix de vente des albums et\u00a0<em>singles<\/em>, que son \u0153uvre demeure sa propri\u00e9t\u00e9 dont la licence est simplement et temporairement mise \u00e0 disposition du label, et que le fait de d\u00e9passer la barre des cinq mille copies permettra une sortie sur CD (<em>in : Journal du Net, 11\/2004<\/em>). Un pas vers la convergence entre le gentil audiophile et le vilain audiophage\u2026<\/p>\n<p style=\"margin-top: 10px; margin-bottom: 10px;\" align=\"justify\"><strong>La fin du Saint-Empire CD-Num\u00e9rique<\/strong><\/p>\n<p>Voil\u00e0, c\u2019est dit : le num\u00e9rique existe ind\u00e9pendamment du CD, le disque n\u2019est que l\u2019enveloppe temporelle de l\u2019\u00e2me musicale. Il y a d\u2019autres supports que le compact et le label est leur proph\u00e8te. Et puis ? Et puis Bronfman prit le CD, le rompit, et il dit en le foulant aux pieds, \u00ab prenez, et t\u00e9l\u00e9chargez-en tous car ceci est mon son, le son de l\u2019alliance nouvelle et \u00e9ternelle jusqu\u2019\u00e0 la prochaine r\u00e9volution, entre les artistes, les consommateurs finaux et nous. Vous ferez ceci dans un esprit proche de\u00a0<a href=\"http:\/\/philippe.daigremont.free.fr\/CreativeCommons\/BD\/les_differents_droits\/les_differents_droits.html\" target=\"_blank\" style=\"color: #000000; text-decoration: none;\"><span style=\"text-decoration: underline;\"><strong>Creative Commons<\/strong><\/span><\/a> mais on ne sait pas encore exactement en d\u00e9tail comment on va partager l\u2019argent \u00bb.\u00a0<\/p>\n<p>L\u2019implication \u00e9conomique de ce nouveau sch\u00e9ma replace l\u2019artiste dans son environnement (\u00ab mon \u0153uvre m\u2019appartient \u00bb), et c\u2019est une chose. Une autre, bien plus implicante \u00e9conomiquement, provient du fait que la pens\u00e9e de l\u2019artiste est refa\u00e7onn\u00e9e dans sa fa\u00e7on d\u2019appr\u00e9hender la livraison de son art.<\/p>\n<p>Souvenez-vous du\u00a0<em>cluster<\/em> : pas un album, pas un\u00a0<em>single<\/em>, quelque chose de plus mall\u00e9able entre les deux. Imaginons d\u00e9sormais qu\u2019un groupe comme Shadow Gallery souscrive au concept de\u00a0<em>cluster<\/em>. Plus besoin d\u2019attendre cinq ans entre deux albums ! Le groupe peut sortir trois titres au bout de huit mois et les vendre, deux autres deux ans plus tard, et cinq ensuite ! Le retour sur investissement pour l&rsquo;artiste peut d\u00e9sormais se produire plus rapidement, plus fr\u00e9quemment, et sur des sommes plus faibles : il n\u2019est plus n\u00e9cessaire d\u2019immobiliser un studio plusieurs semaines, avancer l\u2019argent, et esp\u00e9rer que tout ira bien. Quelques \u00e9conomies ? Hop, trois titres, vente, reconstitution de la tr\u00e9sorerie, retour en studio. Et pour f\u00eater l\u2019anniversaire de la premi\u00e8re sortie du titre, soyons cyniques ! On ressort tout en \u00e9dition sp\u00e9ciale, soit\u2026sous la forme d\u2019un album ! De m\u00eame, un label peut aussi d\u00e9sormais tester un groupe avec un investissement moindre \u2013 c\u2019est le cas du label Digital d\u2019Universal et ses cinq mille copies avant \u00e9dition CD \u2013 en sortant par exemple la moiti\u00e9 de ce qui, pr\u00e9c\u00e9demment, constituait l\u2019album. Finis les \u00ab j\u2019ai achet\u00e9 le disque parce que la chanson \u00e0 la radio m\u2019avait bien plus, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 bien d\u00e9\u00e7u ! \u00bb ? Peut-\u00eatre. Une autre vraie interrogation : que fera Steven Wilson, lui qui consid\u00e8re qu\u2019un disque est un ensemble homog\u00e8ne, le jour o\u00f9 cet album n\u2019existera plus ?<\/p>\n<p>La d\u00e9mat\u00e9rialisation permet l\u2019\u00e9mergence d\u2019un mod\u00e8le \u00e9conomique complet, dont WMG ne peut certes pas revendiquer la paternit\u00e9 : l\u2019id\u00e9e n\u2019est pas neuve. Mais le g\u00e9nie Bronfman r\u00e9side dans sa communication, dans l\u2019annonce de la suppression de la barri\u00e8re psychologique li\u00e9e au support et la nouvelle souplesse ainsi apport\u00e9e au sch\u00e9ma. L\u00e0 non plus rien de neuf : le th\u00e8me du \u00ab faites-vous-m\u00eame votre propre compilation \u00bb date de l\u2019\u00e9poque des cassettes audio, et on peut acheter ses titres \u00e0 l\u2019unit\u00e9 depuis quelques ann\u00e9es d\u00e9sormais. Mais l\u2019alliance de ces deux id\u00e9es enfin revendiqu\u00e9e publiquement ouvre le chemin \u00e0 un mod\u00e8le qui, tout en \u00e9tant viable, pourrait enfin \u00eatre reconnu comme plus \u00e9thique s\u2019il n\u2019est pas perverti.<br \/>Si ce co\u00fbt de sortie r\u00e9duit permet de redistribuer plus au cr\u00e9ateur, et\/ou de publier de nouvelles cr\u00e9ations inconnues \u00e0 moindres frais, de creuser les march\u00e9s de niche, alors l\u2019industrie musicale sera bien engag\u00e9e dans la voie de la r\u00e9conciliation avec sa client\u00e8le et coupera avec bonne foi l\u2019herbe sous le pied de ses d\u00e9tracteurs. Peut-\u00eatre pourra-t-on m\u00eame cesser de parler des \u2018gentils pirates\u2019 qui emp\u00eachent les \u2018m\u00e9chantes\u00a0<em>majors<\/em>\u2019 d\u2019accumuler quelques milliards suppl\u00e9mentaires ! Par contre, s\u2019il s\u2019agit de continuer \u00e0 pourvoir au formatage standardis\u00e9 de succ\u00e8s \u00e9ph\u00e9m\u00e8res en augmentant simplement sa marge, alors il est facile d\u2019imaginer que dans un monde o\u00f9 le gendarme a toujours un temps de retard sur le brigand, la r\u00e9sistance s\u2019organisera. Encore.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Edgar Bronfman Jr., vous connaissez ? Non ? 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