{"id":22150,"date":"2007-11-19T00:00:00","date_gmt":"2007-11-18T23:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/chromatique.net\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/6767c644e621bf711f66aef95ed7fbae_XL.jpg"},"modified":"2007-11-19T00:00:00","modified_gmt":"2007-11-18T22:00:00","slug":"22150","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/2007\/11\/19\/22150\/","title":{"rendered":"&#8211; Rock in Opposition"},"content":{"rendered":"<table width=\"100%\" border=\"0\" cellspacing=\"0\" cellpadding=\"0\">\n<tr>\n<td class=\"tablecentre\">\n<h1>FESTIVAL : ROCK IN OPPOSITION<\/h1>\n<table width=\"100%\" border=\"0\" cellspacing=\"0\" cellpadding=\"0\">\n<tr>\n<td width=\"50%\" valign=\"top\"><img loading=\"lazy\" alt=\"\" src=\"\/images\/contenu\/articles\/old\/fest_carmaux_main.jpg\" width=\"220\" height=\"150\" border=\"1\"><\/td>\n<td width=\"3%\" valign=\"top\">&nbsp;<\/td>\n<td width=\"47%\" valign=\"top\" class=\"maintext\">              <b>Lieu :<\/b> Carmaux \u2013 Maison de la Musique (Cap D\u00e9couverte)<br \/> <b>Date :<\/b> 13-14-15 avril 2007                    <\/span>            <\/td>\n<\/tr>\n<\/table>\n<p align=\"justify\" class=\"dateconcert\"> <b>Parmi les infrastructures de l\u2019ancien site minier aujourd\u2019hui reconverti en parc de loisirs, la Maison de la Musique, grand complexe de deux salles de spectacles extr\u00eamement bien \u00e9quip\u00e9es et confortables : on ne pouvait r\u00eaver mieux pour un festival. Loin des concerts en plein air o\u00f9 le son file au gr\u00e9 des vents et o\u00f9 la pluie se fait un malin plaisir de s\u2019inviter, c\u2019est en spectateurs de luxe que nous avons assist\u00e9 \u00e0 trois jours de musique particuli\u00e8rement intenses.<\/b><\/p>\n<p>  <b>Jour 1<\/b><\/p>\n<p>  <b><i>Salle Gaveau<\/i><\/b><br \/> Le festival commen\u00e7ait par le groupe sans doute le plus atypique de la programmation, les Japonais de Salle Gaveau. Ce quintette piano-violon-guitare-accord\u00e9on-violoncelle est emmen\u00e9 par Natsuki Kido, guitariste du subtilement nomm\u00e9 Bondage Fruit et que l\u2019on n\u2019attendait pas forc\u00e9ment sur ce versant-l\u00e0 de la musique. Le groupe propose une musique \u00e9tonnante et gentiment d\u00e9jant\u00e9e, oscillant entre tango version Piazolla et jazz rock, s\u2019autorisant \u00e0 intervalle r\u00e9gulier des incursions en des terres plus audacieuses, martyrisant le tango avec jubilation : ces moments justifient \u00e0 eux seuls, par leur \u00e9tat d\u2019esprit, la pr\u00e9sence de Salle Gaveau sur la sc\u00e8ne d\u2019un festival Rock in Opposition.<br \/> <img loading=\"lazy\" alt=\"\" src=\"\/images\/contenu\/articles\/old\/fest_carmaux_2.jpg\" width=\"190\" height=\"143\" align=\"right\" border=\"1\"> D\u2019une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, l\u2019ex\u00e9cution de la plupart des morceaux de l\u2019album (notre chronique) est propre et irr\u00e9prochable, le violoniste Naoki Kita et Natsuki Kido se r\u00e9servant la part du lion, encha\u00eenant sans coup f\u00e9rir les <i>soli<\/i> virtuoses. Les rythmiques piano-contrebasse sont aff\u00fbt\u00e9es et la mise en place d\u2019ensemble est impressionnante. Tous les \u00ab&nbsp;plans&nbsp;\u00bb classiques du tango figurent \u00e0 l\u2019appel et sont parfaitement ma\u00eetris\u00e9s, et l\u2019aisance des instrumentistes est insolente.<br \/> On pourra cependant regretter que les compositions virent parfois \u00e0 l\u2019encha\u00eenement st\u00e9rile de <i>soli<\/i>, et que l\u2019ensemble reste un peu trop lisse, presque froid, comme c\u2019est malheureusement souvent le cas des formations japonaises. C\u2019est d\u2019autant plus dommage que le tango offre une palette de sonorit\u00e9s chaudes qui auraient d\u00fb permettre d\u2019\u00e9viter cet \u00e9cueil. Cependant, les morceaux les plus \u00e9crits laissent penser qu\u2019\u00e0 l\u2019avenir, Salle Gaveau saura brider ses enthousiasmes juv\u00e9niles et porter ses efforts sur la rigueur des compositions, domaine dans lequel ils ont d\u00e9j\u00e0 prouv\u00e9 qu\u2019ils pouvaient exceller.<br \/> Quoi qu\u2019il en soit, ce concert est aussi l\u2019occasion de mesurer combien le festival s\u2019annonce agr\u00e9able : apr\u00e8s deux morceaux o\u00f9 l\u2019on aura pu craindre un peu pour le son (trop de <i>mediums<\/i>, un violon noy\u00e9 dans la masse), la situation s\u2019am\u00e9liore et le son se stabilise : puissant et clair \u00e0 la fois, avec une qualit\u00e9 de diffusion en tous point parfaite. L\u2019\u00e9clairage est sobre et de bon aloi. Bref, voil\u00e0 qui commence de fort belle mani\u00e8re.<\/p>\n<p>  <b><i>Zao<\/i><\/b><br \/> <img loading=\"lazy\" alt=\"\" src=\"\/images\/contenu\/articles\/old\/fest_carmaux_3.jpg\" width=\"190\" height=\"143\" align=\"right\" border=\"1\"> Apr\u00e8s une courte pause, on change de g\u00e9n\u00e9ration avec les v\u00e9t\u00e9rans de Zao qui avaient fort \u00e0 faire, apr\u00e8s la rigueur et le soin extr\u00eame port\u00e9s \u00e0 la musique par les Japonais les ayant pr\u00e9c\u00e9d\u00e9s. Or, on sait que la pr\u00e9cision et le travail de construction ne sont pas toujours le point fort du groupe qui, de plus, monte sur sc\u00e8ne avec un lourd handicap. La chanteuse Cynthia Saint-Ville, dont le poids sur l\u2019int\u00e9r\u00eat des concerts de l\u2019actuelle formation de Zao est ind\u00e9niable, s\u2019\u00e9tant faite porter p\u00e2le, c\u2019est sous la forme d\u2019un quatuor instrumental que se pr\u00e9sentent Fran\u00e7ois \u00ab&nbsp;Faton&nbsp;\u00bb Cahen (piano), Yoshk\u2019o Seffer (saxophone), G\u00e9rard Pr\u00e9vost (basse) et Fran\u00e7ois Causse (batterie).<br \/> Dans ces conditions, difficile d\u2019appr\u00e9cier au mieux un groupe dont les pr\u00e9c\u00e9dentes prestations sc\u00e9niques ne nous avaient d\u00e9j\u00e0 pas enthousiasm\u00e9s. Et de fait, les musiciens, sans para\u00eetre r\u00e9ellement d\u00e9stabilis\u00e9s, ne sont manifestement pas tr\u00e8s \u00e0 l\u2019aise lors des premiers morceaux, m\u00eame s\u2019ils se d\u00e9tendront peu \u00e0 peu, \u00e0 l\u2019exception de Yoshk\u2019o Seffer, rest\u00e9 presque \u00ab&nbsp;en retrait&nbsp;\u00bb tout au long du <i>set<\/i> (un comble pour le musicien d\u2019ordinaire de loin le plus volubile du groupe). Comme \u00e0 son habitude, Faton Cahen parle beaucoup entre les morceaux, au risque de briser parfois la dynamique d\u2019un concert qui peine \u00e0 se mettre en place. Il raconte la reformation de Zao, chambre Seffer sur ses origines hongroises, en allusion \u00e0 un candidat qu\u2019il ne semble pas porter dans son c\u0153ur, r\u00e9sume l\u2019histoire de tel ou tel morceau, et le concert pi\u00e9tine, malgr\u00e9 certains moments o\u00f9 l\u2019on peut se laisser prendre (l\u2019encha\u00eenement \u00ab&nbsp;Free Folk&nbsp;\u00bb &#8211; \u00ab&nbsp;Isis&nbsp;\u00bb &#8211; \u00ab&nbsp;Atart&nbsp;\u00bb). Les mises en places sont parfois un peu h\u00e9sitantes, et l\u2019on sent clairement que le groupe n\u2019est pas \u00e0 son avantage. Il ne semble d\u2019ailleurs pas r\u00e9ellement convaincre le public, dont une partie quitte les lieux au cours du <i>set<\/i> : dure r\u00e8gle des festivals o\u00f9 il faut convaincre une salle qui n\u2019est pas toujours acquise.<br \/> Le rappel offre un petit sursaut, avec l\u2019entr\u00e9e en sc\u00e8ne de Naoki Kita, le violoniste de Salle Gaveau, qui apporte un peu de pr\u00e9sence et de densit\u00e9 au groupe, malgr\u00e9 les probl\u00e8mes inh\u00e9rents \u00e0 ce type d\u2019exercice (le groupe l\u2019ayant rencontr\u00e9 48 heures auparavant et n\u2019ayant jamais r\u00e9p\u00e9t\u00e9 avec lui) : m\u00e9sententes lors des encha\u00eenements de <i>soli<\/i>, etc.<br \/> Ce concert, finalement peu enthousiasmant, aura occup\u00e9 une fin de soir\u00e9e, pas bien violente, et permis de se m\u00e9nager les oreilles avant la d\u00e9ferlante des deux jours suivants\u2026 <\/p>\n<p>   <b>Jour 2<\/b><\/p>\n<p>  <b><i>Nebelnest <\/i><\/b><br \/> Les jeunes Fran\u00e7ais de Nebelnest avaient la lourde t\u00e2che d\u2019ouvrir la seconde journ\u00e9e de ce festival, deux fois plus charg\u00e9e que la veille. A 14 heures, la salle est encore peu remplie (\u00e0 la fin du <i>set<\/i> de Nebelnest, environ la moiti\u00e9 des si\u00e8ges sont occup\u00e9s), et le groupe attaque une prestation qui laissera une partie du public dubitatif. Encha\u00eenant sans un mot et dans le plus grand statisme des morceaux qu\u2019il devient \u00e0 la longue de plus en plus difficile de distinguer, entrecoup\u00e9s de longs blancs qui font parfois se demander si le groupe se souvient qu\u2019il a un public face \u00e0 lui, projetant derri\u00e8re lui des images souvent gla\u00e7antes et jouant sur l\u2019impression de malaise qu\u2019elles suscitent, Nebelnest ne caresse pas v\u00e9ritablement l\u2019audience dans le sens du poil.<br \/> Soit. Cela peut \u00eatre une attitude sc\u00e9nique et un choix artistique comme un autre. Mais l\u2019on peut se demander s\u2019il est vraiment pertinent. Autant les ambiances urbaines, m\u00e9talliques et glaciales que d\u00e9veloppait le groupe sur son premier album pouvaient avoir quelque chose d\u2019attirant, autant ses derni\u00e8res orientations peuvent laisser dubitatif, lorsqu\u2019il ne subsiste plus le moindre th\u00e8me identifiable auquel se raccrocher, et o\u00f9 l\u2019on se demande quelle est la raison imp\u00e9rieuse qui fait que ce morceau se termine \u00e0 ce moment-l\u00e0, alors qu\u2019il aurait pu finir cinq minutes plus t\u00f4t\u2026 ou plus tard, sans qu\u2019une r\u00e9elle diff\u00e9rence n\u2019apparaisse tant les encha\u00eenements de rythmiques semblent al\u00e9atoires.<br \/> Cette prestation de Nebelnest aura donc laiss\u00e9 de marbre bien des gens, qui se demandaient \u00e0 la sortie de la salle si les morceaux \u00e9taient r\u00e9ellement finis, et quelle pouvait bien \u00eatre la n\u00e9cessit\u00e9 de ces compositions. Il est dommage qu\u2019un groupe qui laissait entrevoir des choses bien plus int\u00e9ressantes \u00e0 ses d\u00e9buts persiste dans cette orientation, s\u2019enfermant tant sur lui-m\u00eame qu\u2019il laisse m\u00eame son public de c\u00f4t\u00e9.<\/p>\n<p>  <b><i>Present (version acoustique) <\/i><\/b><br \/> Avec cette cr\u00e9ation acoustique de Present, on passe d\u2019un coup dans la cour des tr\u00e8s grands. Disons-le tout net : c\u2019est de tr\u00e8s loin la meilleure prestation du jour, et peut-\u00eatre du festival !<\/p>\n<p>  Les musiciens du groupe ont travaill\u00e9 d\u2019arrache-pied pour proposer \u00e0 l\u2019occasion du festival une cr\u00e9ation mondiale aux airs de d\u00e9fi : interpr\u00e9ter \u00ab&nbsp;Souls for Sale&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;Vertiges&nbsp;\u00bb et le chef d\u2019\u0153uvre de Roger Trigaux, \u00ab&nbsp;Promenade au fond d\u2019un canal&nbsp;\u00bb dans une formation in\u00e9dite (cinq percussionnistes \u2013 Dave Kerman, mais aussi Roger et R\u00e9ginald Trigaux, Keith Macksoud et Matthieu Safatly \u2013 et deux pianos, Pierre Chevalier et Ward de Vleeschhouwer).<br \/> <img loading=\"lazy\" alt=\"\" src=\"\/images\/contenu\/articles\/old\/fest_carmaux_4.jpg\" width=\"143\" height=\"190\" align=\"left\" border=\"1\"> Les musiciens entrent discr\u00e8tement sur sc\u00e8ne, noir sur fond noir. Et tout \u00e0 coup, sans pr\u00e9venir, surgissent des bruits, respirations et r\u00e2les d\u2019un mourant, et l\u2019on plonge peu \u00e0 peu dans les climats qui font les meilleures heures de Present. Des sons d\u00e9pouill\u00e9s, froids et claquants, des cris, des grincements, de longues boucles r\u00e9p\u00e9titives, surmont\u00e9s par deux pianos presque m\u00e9talliques\u2026 L\u2019envo\u00fbtement gagne peu \u00e0 peu, et l\u2019on s\u2019enfonce lentement dans une gangue noire et humide, sans doute vaguement putride. Lorsque Mathieu Safatly quitte discr\u00e8tement la sc\u00e8ne et se prom\u00e8ne dans la salle, puis s\u2019assied au beau milieu d\u2019un public en plein voyage, hurlant les fant\u00f4mes qui peuplent l\u2019univers de Trigaux, l\u2019\u00e9chine se h\u00e9risse et ressurgissent des instincts depuis longtemps enfouis. Le groupe parvient \u00e0 installer un climat si puissant et \u00e0 emmener le public si loin qu\u2019\u00e0 la fin du morceau, plusieurs secondes de silence pr\u00e9c\u00e8dent les applaudissements, le temps sans doute de revenir un peu au r\u00e9el.<br \/> \u00ab&nbsp;Vertiges&nbsp;\u00bb, titre encore in\u00e9dit (mais jusqu\u2019\u00e0 la fin de l\u2019ann\u00e9e seulement, si tout va bien) plonge encore un peu plus loin dans ces ambiance industrielles. La musique suinte l\u2019usine, le laminoir est proche, et l\u2019on est proprement \u00e9berlu\u00e9 qu\u2019autant de puissance puisse \u00e9maner d\u2019une formation purement acoustique ! La ma\u00eetrise est insolente, comme sur le lent <i>accelerando<\/i> final, \u00e0 trois percussionnistes en homorythmie, qui laisse bouche b\u00e9e de pr\u00e9cision. Et ces arrangements d\u00e9pouill\u00e9s de tout effet \u00e9lectrique laissent ressortir la complexit\u00e9 de l\u2019\u00e9criture \u00ab&nbsp;pr\u00e9sente&nbsp;\u00bb.<br \/> Roger Trigaux ne produit presque aucun son, mais veille sur ses hommes. Il dirige le plus souvent l\u2019ensemble de quelques gestes \u00e9tranges de ses longs bras d\u00e9charn\u00e9s. L\u2019imagination se laisse porter par la puissance d\u2019\u00e9vocation musicale, et du chef d\u2019orchestre quasi catatonique na\u00eet un sorcier mal\u00e9fique lan\u00e7ant ses impr\u00e9cations sur le monde.<br \/> Vient ensuite le morceau de bravoure du groupe, v\u00e9ritable chef d\u2019\u0153uvre du Rock in Opposition toutes tendances confondues, \u00ab&nbsp;Promenade au fond d\u2019un canal&nbsp;\u00bb. Au moins aussi glaciale, angoissante et chaotique que dans sa version \u00e9lectrique, cette longue pi\u00e8ce cl\u00f4t ce moment magique. Sa structure implacable m\u00e8ne \u00e0 une fin in\u00e9luctable : il n\u2019\u00e9tait plus possible, apr\u00e8s cela, qu\u2019il exist\u00e2t encore un son. Seul le silence peut r\u00e9gner. Mais le public n\u2019en a que faire : il est debout et applaudit inlassablement.<br \/> Il est question que ce concert film\u00e9 fasse peut-\u00eatre l\u2019objet d\u2019un DVD qui serait joint au prochain album du groupe. Que ceux qui manqu\u00e8rent ce moment unique prient les divinit\u00e9s chtoniennes \u2013 et les autres : au diable l\u2019avarice ! \u2013 que ce projet puisse \u00eatre men\u00e9 \u00e0 bien, pour pouvoir se faire une petite id\u00e9e de l\u2019intensit\u00e9 de ce qui s\u2019est pass\u00e9 sur sc\u00e8ne ce jour-l\u00e0.<\/p>\n<p>  <b><i>Peter Blegvad Trio<\/i><\/b><br \/>  Encore tout estourbi du choc qu\u2019il vient de vivre avec Present, le public est balad\u00e9 sans m\u00e9nagement en des contr\u00e9es bien diff\u00e9rentes cette fois, lorsque montent sur sc\u00e8ne trois l\u00e9gendes du Rock in Opposition : Chris Cutler, John Greaves et Peter Blegvad. Ces trois \u00ab&nbsp;monstres&nbsp;\u00bb s\u2019\u00e9tant crois\u00e9s entre autres au sein du d\u00e9jant\u00e9 Henry Cow, on e\u00fbt pu s\u2019attendre \u00e0 un grand moment de prise de t\u00eate et de d\u00e9lire musical. Mais les orientations musicales r\u00e9centes de ces messieurs \u00e9tant ce qu\u2019elles sont, c\u2019est en fait \u00e0 une prestation parfois <i>pop<\/i>, parfois <i>bluesy<\/i> que l\u2019on assiste, et l\u2019on finit \u00e0 la longue par s\u2019ennuyer. Les morceaux sont courts, suivent une structure couplet-refrain des plus classiques et un plan harmonique toujours tr\u00e8s simple. Ils s\u2019encha\u00eenent bien souvent sans que l\u2019int\u00e9r\u00eat ne s\u2019\u00e9veille outre mesure, sauf lorsque John Greaves s\u2019installe seul au piano pour un moment plus \u00e9mouvant, ou que l\u2019un des comp\u00e8res fait une pitrerie.<br \/> En seconde partie du <i>set<\/i>, Bob Drake rejoint le trio, guitare en main. On esp\u00e8re un moment qu\u2019il apporte un peu de folie ou de complexit\u00e9 mais ce n\u2019est pas vraiment le cas. Quelques fr\u00e9missements plus tard, l\u2019attention retombe.<br \/> Les textes, tr\u00e8s \u00e9crits, sont manifestement truff\u00e9s de jeux de mots plus tir\u00e9s par les cheveux les uns que les autres et doivent \u00eatre assez hilarants. Mais entre l\u2019accent de Blegvad, le volume sonore (bien trop \u00e9lev\u00e9) et les faiblesses cong\u00e9nitales de l\u2019envoy\u00e9e de Progressia dans la ma\u00eetrise de l\u2019idiome employ\u00e9, il y avait de quoi passer \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du principal\u2026 ce qui fut sans doute le cas d\u2019une grande partie du public. Dommage&#8230;<\/p>\n<p>  <b><i>Faust <\/i><\/b><br \/> Le nihilisme musical peut produire de tr\u00e8s bonnes choses. Cela peut m\u00eame parfois \u00eatre le cas de Faust. Mais ce soir, M\u00e9phisto devait en avoir d\u00e9cid\u00e9 autrement.<br \/> Chez Faust, l\u2019aspect sc\u00e9nique est primordial. Ainsi, lorsque le public entre dans la salle, il d\u00e9couvre une sc\u00e8ne recouverte d\u2019une quincaillerie h\u00e9t\u00e9roclite : une b\u00e9tonni\u00e8re rouge, un immense stand de batterie surmont\u00e9 d\u2019une plaque de t\u00f4le en guise de cymbales, un f\u00fbt m\u00e9tallique rouill\u00e9, etc. Mais il ne reste plus r\u00e9ellement de place pour les musiciens et, partant, pour la musique.<br \/> <img loading=\"lazy\" alt=\"\" src=\"\/images\/contenu\/articles\/old\/fest_carmaux_5.jpg\" width=\"143\" height=\"190\" align=\"right\" border=\"1\"> Si on peut anticiper un concert potentiellement int\u00e9ressant, lorsque la trame pos\u00e9e dans les premi\u00e8res mesures, squelettique, se structure peu \u00e0 peu par l\u2019accumulation de boucles et que les textes se d\u00e9roulent, agr\u00e9ablement absurdes, rapidement, la lassitude s\u2019installe. Boucle apr\u00e8s boucle, on comprend mal o\u00f9 Faust cherche \u00e0 en venir. Secouer le spectateur, le sortir de sa torpeur de consommateur (<i>\u00ab&nbsp;En veux-tu des effets ? En voil\u00e0 ! Avale ! Crache !&nbsp;\u00bb<\/i> ? Bon\u2026 Encore faut-il le convaincre ! Mais apr\u00e8s tout, comme ils le disent si bien : <i>\u00ab&nbsp;On n\u2019attend rien de vous, n\u2019attendez rien de nous\u2026&nbsp;\u00bb<\/i>. Et Jean-Herv\u00e9 P\u00e9ron de l\u2019illustrer imm\u00e9diatement, attaquant \u00e0 la tron\u00e7onneuse un grand panneau de bois r\u00e9tro \u00e9clair\u00e9, l\u2019\u00e9ventrant pour y tracer un \u00ab&nbsp;RIEN&nbsp;\u00bb rageur.<br \/> D\u2019une loufoquerie industrielle \u00e0 l\u2019autre, de la tron\u00e7onneuse \u00e0 la planche \u00e0 repasser, Faust assure le spectacle, mais ne prend pas de grands risques artistiques. En revanche, le risque se trouve du c\u00f4t\u00e9 du public, et n\u2019a rien de musical : les premiers rangs sont asperg\u00e9s d\u2019escarbilles de m\u00e9tal chauff\u00e9 \u00e0 rouge lorsque l\u2019escogriffe sur sc\u00e8ne attaque le f\u00fbt \u00e0 la scie circulaire, et lorsque Jean-Herv\u00e9 P\u00e9ron parcourt les gradins en courant, tron\u00e7onneuse en marche brandie en avant, on se prend \u00e0 craindre pour l\u2019int\u00e9grit\u00e9 des spectateurs les plus proches.<br \/> Soit. Mais la musique, pendant ce temps ? A vrai dire, on l\u2019attend toujours. Au final, la provocation l\u2019emporte malheureusement sur le fond, et une fois l\u2019aspect grand-guignol \u00e9puis\u00e9, il ne reste que le long ennui des vingt minutes du dernier morceau, sur un m\u00eame accord, sans m\u00eame esquisser un renversement. Un pr\u00e9lude \u00e0 la nuit, quoi qu\u2019un peu bruyant.<\/p>\n<p>  <b>Jour 3<\/b><\/p>\n<p> <b><i>Guapo <\/i><\/b><br \/> <img loading=\"lazy\" alt=\"\" src=\"\/images\/contenu\/articles\/old\/fest_carmaux_6.jpg\" width=\"190\" height=\"143\" align=\"right\" border=\"1\"> En plus d\u2019une heure de concert, Guapo propose trois morceaux \u00e0 un public qui, en partie, ne les conna\u00eet pas, mais se montre n\u00e9anmoins, dans sa tr\u00e8s grande majorit\u00e9, conquis par \u00ab&nbsp;Black Oni&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;King Lindorm&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;Five Suns&nbsp;\u00bb. Et, de fait, ces trois titres constituent une progression sc\u00e9nique, musicale et \u00e9motionnelle \u00e0 laquelle il faudrait \u00eatre bien insensible pour r\u00e9sister.<br \/> Quatre gaillards filiformes, v\u00eatus de noir, au look et aux attitudes parfois proche d\u2019un The Cure moins le maquillage (Kavus Torabi, singuli\u00e8rement), habill\u00e9s d\u2019un \u00e9clairage minimaliste, cherchant peu la communication avec le public, et s\u2019agitant en faisant beaucoup de bruit : voil\u00e0 qui, de premier abord, pourrait rebuter. Surtout lorsque le groupe entame \u00ab&nbsp;Black Oni&nbsp;\u00bb, \u00e0 deux heures de l\u2019apr\u00e8s-midi, devant un amas de festivaliers aux yeux encore un tantinet coll\u00e9s. Cette pi\u00e8ce est l\u2019une des plus rugueuses et d\u00e9structur\u00e9es de leur r\u00e9pertoire, particuli\u00e8rement sombre et \u00e2pre, tirant fr\u00e9quemment vers un style plus <i>noisy<\/i> qu\u2019autre chose, o\u00f9 claviers \u00e9pileptiques et basse ultra compress\u00e9e tissent pour une guitare hargneuse un tapis fort r\u00e2peux, \u00e0 peine adouci par le son du Fender Rhodes. Apr\u00e8s ce premier contact d\u2019une violence telle qu\u2019on se demande, au fond, si l\u2019on appr\u00e9cie vraiment ce groupe, \u00ab&nbsp;King Lindorm&nbsp;\u00bb apporte un peu de calme et fait monter l\u2019attention, et le merveilleux \u00ab&nbsp;Five Suns&nbsp;\u00bb, aux climats oniriques plus prenants encore que sur album, finissent de renverser la vapeur et s\u00e9duisent irr\u00e9m\u00e9diablement. Autour d\u2019une boucle cristalline, le groupe tisse des ambiances qui se nouent et s\u2019encha\u00eenent, avan\u00e7ant sans cesse vers le climat suivant, et l\u2019auditeur voyage, s\u2019envolant, surtout lorsque M\u00e9lodica et petits tams s\u2019en m\u00ealent, alors que les musiciens, ayant quitt\u00e9 la sc\u00e8ne, entourent le public et l\u2019emm\u00e8nent bien loin.<br \/> Le final d\u2019un \u00ab&nbsp;Five Suns&nbsp;\u00bb d\u2019une demi-heure est proprement dantesque, dans un esprit furieusement zeuhl, notamment gr\u00e2ce aux rythmiques assur\u00e9es par Daniel O\u2019Sullivan au Rhodes et aux lignes de basse obs\u00e9dantes de James Sedwards, qui font osciller les t\u00eates d\u2019un auditoire tomb\u00e9 sous le charme. Ainsi, en ce d\u00e9but d\u2019une longue journ\u00e9e de festival, Guapo sera pour beaucoup une d\u00e9couverte sc\u00e9nique, un r\u00e9el choc \u00e9motionnel. Un de plus dans ce festival qui ne nous aura pas \u00e9pargn\u00e9s, pour le meilleur le plus souvent.<\/p>\n<p>  <b><i>Mats &#038; Morgan Band<\/i><\/b><br \/> Les deux comp\u00e8res inauguraient ce soir un nouveau bassiste, Gustav Hielm, transfuge de chez\u2026 Meshuggah ! Le ton est donn\u00e9 : malgr\u00e9 le fait que la formule soit un simple trio, ce sera un concert brutal. Dont acte, puisqu\u2019il commence par\u2026 un solo de batterie furieux de Morgan Agren, rejoint progressivement par ses petits camarades de jeu. Suit une bonne heure de pilonnage de tympans en r\u00e8gle, la basse et une batterie tellement compress\u00e9e qu\u2019on la prendrait parfois pour des <i>pads<\/i> \u00e9lectroniques assurant une rythmique ultra-rapide, sur laquelle Mats Oberg place des nappes, des boucles, des <i>soli<\/i>, en t\u00e2tonnant et en cherchant en permanence une voie musicale \u00e0 emprunter, de pr\u00e9f\u00e9rence aux antipodes de la pr\u00e9c\u00e9dente.<br \/>  <img loading=\"lazy\" alt=\"\" src=\"\/images\/contenu\/articles\/old\/fest_carmaux_7.jpg\" width=\"190\" height=\"143\" align=\"left\" border=\"1\"> Pour son deuxi\u00e8me concert avec le Mats &#038; Morgan Band, Gustav Hielm est impressionnant d\u2019aisance technique (et il en faut, pour suivre les deux fadas qui l\u2019entourent !), et s\u2019impose d\u2019un son puissant. Il trouve sa place sans difficult\u00e9s dans cette alternance de passages \u00e9crits et de tourneries rythmiques pendant lesquelles Mats cherche, et dont le r\u00e9sultat peut \u00eatre al\u00e9atoire en termes d\u2019int\u00e9r\u00eat. Et de fait, le groupe ne semble pas convaincre tout le monde : on constate un nombre assez importants de d\u00e9parts, principalement lors de ces phases improvis\u00e9es un peu erratiques, m\u00eame si le concert est structur\u00e9 par quelques morceau phares, plus abordables.<br \/> Les <i>gimmicks<\/i> habituels sont pr\u00e9sents : Mats qui tourne sur lui-m\u00eame \u00e0 toute vitesse, dans un \u00e9quilibre pr\u00e9caire (rappelons que l\u2019homme est aveugle), au risque de faire chuter tout son mat\u00e9riel, Morgan qui ne cesse de d\u00e9monter et remonter son mat\u00e9riel lorsqu\u2019il ne joue pas, Mats se lan\u00e7ant dans une improvisation vocale bruitiste simulant une bande pass\u00e9e \u00e0 l\u2019envers, etc. Soit. Mais sur la longueur, une certaine lassitude peut s\u2019installer : trop de technique, trop de d\u00e9cibels, trop vite, au d\u00e9triment de toute \u00e9motion, mais surtout de la folie inventive qui a pu \u00eatre la leur par le pass\u00e9 (Morgan Agren et Mats Oberg ayant fait leurs premiers pas dans le monde professionnel aux c\u00f4t\u00e9s de Frank Zappa).<br \/> Et c\u2019est un public partag\u00e9 qui salue le groupe : certains, qui ne sont pourtant pas sortis, semblent soulag\u00e9s, tandis que d\u2019autres, nombreux, ovationnent le trio, debout. Dans l\u2019ensemble, cette prestation, d\u2019un haut niveau technique, n\u2019est pas au niveau musical de ce que l\u2019on peut attendre de Morgan Agren et Mats Oberg. Et l\u2019on peut regretter, au vu des derniers concerts fran\u00e7ais du groupe, qu\u2019ils semblent s\u2019orienter de plus en plus dans cette voie.<\/p>\n<p>  <b><i>Present (version \u00e9lectrique) <\/i><\/b><br \/> Avant m\u00eame de regagner la salle, on sent que cette fois, les choses s\u00e9rieuses commencent. La foule amass\u00e9e aux portes d\u2019entr\u00e9e, bien avant l\u2019heure pr\u00e9vue, en t\u00e9moigne, et bruit d\u2019une f\u00e9brilit\u00e9 nouvelle en emplissant la salle jusqu\u2019au dernier si\u00e8ge ou presque. Les applaudissements retentissent d\u00e8s les lumi\u00e8res \u00e9teintes, et une v\u00e9ritable ovation accueille l\u2019entr\u00e9e en sc\u00e8ne des musiciens, qui attaquent d\u2019embl\u00e9e l\u2019une des pi\u00e8ces ma\u00eetresses du groupe, \u00ab&nbsp;Jack The Ripper&nbsp;\u00bb.<br \/> Dans cette version \u00e9lectrique, R\u00e9ginald Trigaux et Pierre Chevalier prennent de plus en plus d\u2019importance, au point que l\u2019on voit m\u00eame le fils diriger la formation, comme son p\u00e8re le faisait la veille. Mais si une nouvelle g\u00e9n\u00e9ration se profile, impression renforc\u00e9e depuis l\u2019arriv\u00e9e de Pierre Desassis au saxophone, l\u2019ambiance, elle, est immuable. Toute en noirceur, elle \u00e9mane de sons tendus, droits, parfois presque aigres lorsque le violoncelle et le <i>sopranino<\/i> s\u2019entrem\u00ealent et produisent des grincements angoissants. La puissance sonore est ph\u00e9nom\u00e9nale, surtout dans les acc\u00e9l\u00e9rations men\u00e9es de main de ma\u00eetre par Dave Kerman (batterie) et Keith Macksoud (basse), sous la direction d\u2019un Roger Trigaux envout\u00e9 : les gradins en tremblent litt\u00e9ralement, ne laissant pas d\u2019autre choix \u00e0 l\u2019auditeur que d\u2019entrer en communication directe avec cette musique tr\u00e9pidante.<br \/> Apr\u00e8s la brutalit\u00e9 de \u00ab&nbsp;Jack The Ripper&nbsp;\u00bb et le malaise distill\u00e9 par \u00ab&nbsp;The Limping Little Girl&nbsp;\u00bb aux fameux <i>\u00ab&nbsp;Didn\u2019t you hear what your mother said?&nbsp;\u00bb<\/i> anxiog\u00e8nes hurl\u00e9s par Dave Kerman, \u00ab&nbsp;A Last Drop&nbsp;\u00bb fait figure d\u2019accalmie, \u00e9voluant dans un style plus m\u00e9lodique, o\u00f9 le th\u00e8me circule sans rel\u00e2che du saxophone <i>alto<\/i> au clavier, menant \u00e0 un passage v\u00e9ritablement atmosph\u00e9rique, permettant au public, et sans doute aux musiciens, de souffler un instant.<br \/> <img loading=\"lazy\" alt=\"\" src=\"\/images\/contenu\/articles\/old\/fest_carmaux_8.jpg\" width=\"190\" height=\"143\" align=\"right\" border=\"1\"> Mais cette pause n\u2019est que de courte dur\u00e9e, puisque le niveau d\u2019adr\u00e9naline remonte aussit\u00f4t lorsque le groupe attaque \u00ab&nbsp;Ceux d\u2019En-Bas&nbsp;\u00bb, et que Roger Trigaux se lance dans des d\u00e9clamations virant parfois aux hurlements, tandis que les musiciens se livrent \u00e0 un passage sauvagement <i>free<\/i>, faisant la part belle au saxophone. L\u2019<i>accelerando<\/i> final est d\u00e9mentiel, et se termine extr\u00eamement progressivement, de mani\u00e8re tr\u00e8s ma\u00eetris\u00e9e, prouvant la coh\u00e9sion du groupe, sans doute renforc\u00e9e par sa r\u00e9cente r\u00e9sidence \u00e0 Carmaux. <br \/> Le <i>set<\/i> se poursuit par un \u00ab&nbsp;Vertiges&nbsp;\u00bb paradoxalement moins perturbant qu\u2019en acoustique, et sans doute plus \u00ab&nbsp;assis&nbsp;\u00bb, donnant moins cette impression de tournis et de malaise qui avait tant saisi le public la veille, puis se cl\u00f4t par la fameuse \u00ab&nbsp;Promenade au Fond d\u2019un Canal&nbsp;\u00bb, dont l\u2019introduction sonne de mani\u00e8re tr\u00e8s d\u00e9pouill\u00e9e. Roger Trigaux se l\u00e8ve, arpente la sc\u00e8ne, vient se placer dos au public, devant Dave Kerman, et le dirige. Le vieux sorcier r\u00e9appara\u00eet soudain, en \u00e9quilibre pr\u00e9caire, mais toujours irr\u00e9prochablement digne.<br \/> Comme \u00e0 l\u2019accoutum\u00e9e, lors des prestations \u00e9lectriques du groupe, un escogriffe au cr\u00e2ne ras\u00e9, v\u00eatu d\u2019un simple kilt, son torse nu enduit de charbon noir (ce qui, \u00e0 Carmaux, prend une certaine dimension) et le visage orn\u00e9 de peintures guerri\u00e8res, vient en avant-sc\u00e8ne massacrer avec application une barre de m\u00e9tal \u00e0 l\u2019aide d\u2019un \u00e9norme poin\u00e7on, tandis qu\u2019au point culminant du morceau, Roger Trigaux fracasse sa guitare (\u2026 et le rev\u00eatement de sc\u00e8ne par la m\u00eame occasion), qu\u2019il finit par jeter sur son clavier, tandis que son fils renverse son ampli.<br \/> Et le public de rester sonn\u00e9, abasourdi de tant de noirceur, de malaise, de fascination et de ferveur m\u00eal\u00e9s. On entrevoit m\u00eame quelques larmes, parmi tous ceux qui, unanimement debout, saluent Present. Le festival aurait presque pu s\u2019arr\u00eater l\u00e0, tant il semble difficile de faire, encore, de la musique, apr\u00e8s ce moment.<\/p>\n<p>  <b><i>Magma <\/i><\/b><br \/> Apr\u00e8s la d\u00e9ferlante d\u2019un Present ayant retrouv\u00e9 ses arcs \u00e9lectriques, Magma avait fort \u00e0 faire. Arriv\u00e9 au dernier moment pour clore le festival, il n\u2019\u00e9tait pas \u00e9vident que le groupe parvienne \u00e0 se placer dans l\u2019ambiance du moment, sans compter l\u2019\u00e9tat de fatigue d\u2019un public largement secou\u00e9 par trois jours de concerts. Devant un parterre comble, et o\u00f9 l\u2019on ne cesse de croiser des musiciens des groupes pr\u00e9c\u00e9dents, la sc\u00e8ne\u2026 reste vide. Magma aura donc \u00e9t\u00e9 le seul groupe du festival \u00e0 ne pas p\u00e9n\u00e9trer sur sc\u00e8ne \u00e0 l\u2019heure dite, ce qui peut para\u00eetre d\u2019autant plus aga\u00e7ant qu\u2019ils semblent les plus attendus, au vu de la vitesse \u00e0 laquelle la salle s&rsquo;est remplie. Les organisateurs du festival en profitent pour s\u2019adresser au public, visiblement \u00e9mus et combl\u00e9s du succ\u00e8s de cette premi\u00e8re \u00e9dition, et ont bien du mal \u00e0 parler, tant les spectateurs, debout, ne cessent de les applaudir.<br \/> <img loading=\"lazy\" alt=\"\" src=\"\/images\/contenu\/articles\/old\/fest_carmaux_9.jpg\" width=\"143\" height=\"190\" align=\"right\" border=\"1\"> Les \u00ab&nbsp;Musiciens du bord du monde&nbsp;\u00bb leur succ\u00e8dent enfin sur sc\u00e8ne, et sans un mot, attaquent un \u00ab&nbsp;K\u00f6hnt\u00e4rk\u00f6sz&nbsp;\u00bb donnant naissance \u00e0 une ambiance \u00e9trange. L\u2019impensable se produit en effet : le premier accord, massif, tombe assez peu ensemble. La suite se d\u00e9veloppe, suivant un <i>tempo<\/i> tr\u00e8s lent, d\u2019ordinaire pr\u00e9lude \u00e0 un d\u00e9cha\u00eenement d\u2019\u00e9nergie, mais ce soir, la densit\u00e9 manque \u00e9trangement. C\u2019est sans doute \u00e0 mettre sur le compte de manifestes probl\u00e8mes de son sur sc\u00e8ne\u2026 mais aussi en salle, o\u00f9 plusieurs \u00e9normes larsens interviennent. On peut d\u2019ailleurs se demander pourquoi, alors m\u00eame que tous les groupes du festival ont b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 d\u2019un son excellent, y compris lors des passages les plus extr\u00eames de Faust, Magma a encore une fois souffert de probl\u00e8mes de sonorisation indignes d\u2019un groupe de cette trempe.<br \/> Sentant peut-\u00eatre le malaise, lors du premier passage instrumental, Christian Vander d\u00e9cide subitement d\u2019envoyer toute sa puissance, alors qu\u2019il jouait jusque l\u00e0 de mani\u00e8re tr\u00e8s retenue. Une fois la batterie d\u00e9brid\u00e9e, l\u2019ensemble de l\u2019effectif instrumental suit et entre peu \u00e0 peu en transe, et il faudra tout le soutien du vibraphone pour que Stella Vander puisse \u00eatre audible lors du retour du chant, tant l\u2019\u00e9nergie sonore d\u00e9velopp\u00e9e est impressionnante. Ainsi, \u00ab&nbsp;K\u00f6hnt\u00e4rk\u00f6sz&nbsp;\u00bb se termine bien mieux qu\u2019il n\u2019avait commenc\u00e9, et peut laisser la place \u00e0 son successeur, \u00ab&nbsp;\u00cbment\u00ebht-R\u00eb&nbsp;\u00bb.<br \/> Comme d\u00e9j\u00e0 maintes fois pr\u00e9cis\u00e9 en ces pages, \u00ab&nbsp;\u00cbment\u00ebht-R\u00eb&nbsp;\u00bb est la nouvelle suite de Magma, longue de pr\u00e8s d\u2019une heure, qui constituera le prochain album du groupe, en cours d\u2019enregistrement. La version donn\u00e9e \u00e0 Carmaux, de quarante-cinq minutes environ, ne contenait pas encore le final d\u00e9voil\u00e9 au public lors du festival des Tritonales 2007 (<a href=\"http:\/\/www.progressia.net\/index.php4?rub=dossiers&#038;iddossier=17\" target=\"_blank\">cf. notre dossier<\/a>), dans lequel les chanteurs utilisent \u00e0 tour de r\u00f4le puis ensemble des tams. C\u2019est donc sur la partie vocale tr\u00e8s complexe et toute en <i>crescendo<\/i> qui pr\u00e9c\u00e8de que se termine le titre, dont la majeure partie est d\u00e9sormais une affaire qui roule. Cette partie vocale \u00e9tait elle-m\u00eame jou\u00e9e pour la premi\u00e8re fois en public \u00e0 Carmaux, et il faut attendre quelques instants, une fois le dernier accord \u00e9teint, pour que le public, un peu sonn\u00e9, r\u00e9agisse. <br \/> En guise d\u2019unique rappel de ce festival, puisque c\u2019\u00e9tait bien le seul groupe \u00e0 n\u2019\u00eatre pas tenu par des contraintes horaires, Magma \u00e9vite l\u2019in\u00e9narrable hymne \u00ab&nbsp;Koba\u00efa&nbsp;\u00bb et propose \u00ab&nbsp;La ballade&nbsp;\u00bb (ce morceau conna\u00eetra vraisemblablement un jour un autre titre, mais dans l\u2019imm\u00e9diat, c\u2019est ainsi qu\u2019il est d\u00e9sign\u00e9), avec un Christian Vander impressionnant au chant, comme toujours profond\u00e9ment habit\u00e9, malgr\u00e9 quelques faiblesses vocales lors des premi\u00e8res mesures.<br \/> On mettra donc sur le compte de la fatigue de trois jours de festival que les spectateurs se l\u00e8vent plus lentement et moins spontan\u00e9ment pour saluer le groupe\u2026 Quoi qu\u2019il en soit, le public une fois debout aura beau tr\u00e9pigner, le groupe ne reviendra pas pour un second rappel, longtemps demand\u00e9.<br \/> Au final, Magma n\u2019a pas d\u00e9livr\u00e9 une mauvaise prestation, et n\u2019est pas non plus pass\u00e9 \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de son propos. Apr\u00e8s un d\u00e9but poussif, le groupe a su redresser la barre et finir sur une belle intensit\u00e9. De plus, l\u2019int\u00e9gration du vibraphone de Beno\u00eet Alziary \u2013 pass\u00e9 la surprise de la d\u00e9couverte \u2013 est d\u00e9cid\u00e9ment une tr\u00e8s bonne id\u00e9e, et le solo qu\u2019il propose dans la partie instrumentale de \u00ab&nbsp;Hha\u00ef&nbsp;\u00bb est de haute vol\u00e9e. Mais le groupe a sans doute prouv\u00e9, une nouvelle fois, qu\u2019une t\u00eate d\u2019affiche de festival dans une grande salle n\u2019est sans doute pas la formule la plus adapt\u00e9e \u00e0 sa musique, m\u00eame si elle lui permet, incontestablement, de gagner chaque fois de nouveaux adeptes.<\/p>\n<p>  <b>Et puisque tout a une fin\u2026<\/b><br \/> Il convient de saluer avec force l\u2019immense travail de passionn\u00e9s accompli par Roger Trigaux et Michel Besset, pour l\u2019organisation de ce festival, qui a, semble-t-il, d\u00e9pass\u00e9 les attentes en termes de public, et qui, en tout \u00e9tat de cause, a rassembl\u00e9, pour leur plus grand plaisir, tout ce que la France \u2013 et parfois l\u2019Europe et le reste du monde \u2013 compte de passionn\u00e9s, dans une ancienne cit\u00e9 mini\u00e8re charg\u00e9e d\u2019histoire.<br \/> L\u2019organisation au quotidien, jusque dans les plus petits aspects, la configuration des lieux (grande salle de concert, petite salle type \u00ab&nbsp;convention du disque progressif&nbsp;\u00bb et mezzanine o\u00f9 les groupes peuvent rencontrer le public), la qualit\u00e9 d\u2019accueil, une ponctualit\u00e9 remarquable : tout \u00e9tait r\u00e9uni pour faire de ces trois jours un moment de perfection, laissant \u00e0 chacun toute libert\u00e9 pour profiter au mieux des concerts, et se laisser aller aux moments de v\u00e9ritable communion musicale offerts par les musiciens.<br \/> Il ne reste plus qu\u2019\u00e0 souhaiter que la seconde \u00e9dition du festival, en 2008, se d\u00e9roule sous d\u2019aussi bons auspices (et avec une m\u00e9t\u00e9o un peu plus cl\u00e9mente, qui sait) et que ce premier \u00e9v\u00e9nement soit le d\u00e9but d\u2019une longue s\u00e9rie. Des rumeurs courent sur une plus grande ouverture musicale l\u2019an prochain, vers la musique contemporaine \u00e9ventuellement : voil\u00e0 qui serait une excellente id\u00e9e.<\/p>\n<p> Et quand, en retrouvant ses p\u00e9nates, fourbu mais heureux, le public parle d\u00e9j\u00e0 de revenir, c\u2019est que le pari est gagn\u00e9, non ?<\/p>\n<p align=\"right\" class=\"dateconcert\"><strong>Fanny Layani<\/strong><br \/> <i>Photos : Bruno Dottin<\/i><\/p>\n<p align=\"center\" class=\"dateconcert\"><strong><a href=\"http:\/\/http:\/\/www.chromatique.net\/index.php?option=com_k2&#038;view=itemlist&#038;layout=category&#038;task=category&#038;id=2&#038;Itemid=4\"><font color=\"#CA0B4E\"><font color=\"#157175\">retour          au sommaire<\/font><\/font><\/a><\/strong><\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<\/table>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>FESTIVAL : ROCK IN OPPOSITION &nbsp; Lieu : Carmaux \u2013 Maison de la Musique (Cap&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":11,"featured_media":22151,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[6],"tags":[],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/22150"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/11"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=22150"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/22150\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/22151"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=22150"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=22150"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chromatique.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=22150"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}